Compléments alimentaires: «Prendre de la mélatonine pour mieux dormir, ça n'est pas un geste anodin»

SOMMEIL Il existe aujourd'hui plusieurs compléments à base de mélatonine destinés à lutter contre l'insomnie. Si la plupart sont efficaces, il ne faut pas pour autant les prendre à la légère...

Propos recueillis par Hakima Bounemoura

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Les compléments alimentaires à base de mélatonine sont notamment utilisés pour soigner les troubles du sommeil.
Les compléments alimentaires à base de mélatonine sont notamment utilisés pour soigner les troubles du sommeil. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Vertiges, somnolence, maux de tête, cauchemars, irritabilité… L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) met en garde contre les effets secondaires liés à la consommation de mélatonine. Dans une étude publiée ce mercredi, l’Anses appelle à la plus grande vigilance concernant l’utilisation de cette molécule consommée en France sous forme de compléments alimentaires (Melatonyl, Melatonine Valériane, Somni’phyt…)

Aussi appelée « hormone du sommeil », la mélatonine sert principalement à lutter contre les troubles du sommeil. Mais elle possède également d’autres propriétés comme la « modulation de l’humeur et du système immunitaire, la régulation de la température corporelle et de la motricité intestinale », prévient l’Anses. La professeure Irène Margaritis, chef de l’unité d’évaluation des risques liés à la nutrition à l’Anses, explique à 20 Minutes les risques liés à la consommation de ces compléments alimentaires.

Quels sont les principaux risques ou effets secondaires liés à l’absorption de cette molécule ?

La consommation de compléments alimentaires à base de mélatonine peut, dans certaines conditions ou lors d’interaction avec d’autres substances, conduire à l’apparition d’effets indésirables. Cela peut être des symptômes dits « généraux » comme des céphalées, des vertiges, de la somnolence, des cauchemars, un sentiment d’irritabilité, ou des troubles neurologiques comme des tremblements ou des migraines… Mais aussi des troubles gastro-entérologiques : nausées, vomissements, douleurs abdominales…

Les personnes les plus vulnérables sont les femmes enceintes, les enfants et les adolescents, les personnes souffrant de maladies inflammatoires, auto-immunes, d’épilepsie, d’asthme, de troubles de l’humeur, du comportement ou de la personnalité, ainsi que des personnes suivant un traitement médicamenteux.

L’organisation professionnelle des compléments alimentaires, Synadiet, estime que les Français en achètent 1,4 million de boîtes par an. Y a-t-il un danger sanitaire ?

Nous n’en sommes pas là. L’Anses a reçu 90 déclarations d’effets indésirables liées à ces produits entre 2009 et 2017. Un chiffre suffisant pour lancer une évaluation des risques liés à la consommation, mais qui ne nous permet pas de faire d’autres conclusions pour l’instant. Nous savons bien évidemment que de nombreux cas ne sont pas déclarés, soit parce que le patient ne va pas consulter  son médecin, soit parce que ce dernier n’interroge pas le patient sur la prise de compléments alimentaires. Il faudrait entreprendre de nouvelles études, d’autres recherches plus poussées et plus complètes dans ce domaine. Ce qui est dommage, c’est qu’on analyse souvent les bénéfices et les bienfaits des compléments alimentaires, mais très rarement leurs risques, contrairement à ce que l’on fait pour les médicaments

Dans plusieurs pays européens, la mélatonine est exclusivement considérée comme un médicament. Certains parlent d’un « laxisme commercial » en France…

Je n’irai pas jusque-là. Il est vrai que dans plusieurs pays européens, comme le Danemark, la Grande-Bretagne ou la Suisse, la mélatonine est classée dans la famille des médicaments. À Chypre, en Croatie, en Espagne, en Grèce, en Italie ou en Pologne, elle est autorisée dans les compléments alimentaires, mais seulement jusqu’à la dose d’un milligramme par prise et par jour. En France, c’est deux milligrammes. Il faudrait remettre tout ça à plat et définir une réglementation commune. L’Anses estime nécessaire qu’un cadre réglementaire harmonisé soit défini au niveau européen.

Que conseillez-vous aux gens qui ont l’habitude de consommer ces compléments alimentaires ?

Avant de consommer de la mélatonine, il faudrait d’abord chercher les causes du trouble du sommeil. Cela provient très souvent du mode de vie de la personne : stress, manque d’activité physique, exposition aux écrans, manque d’exposition à la luminosité naturelle… Il est indispensable de comprendre la cause du dérèglement de notre horloge biologique. En général, l’insomnie est l’arbre qui cache la forêt. Il faut donc se poser les bonnes questions, et ne pas céder à la facilité en consommant ce genre de produits.

L’étude de l’Anses publiée ce mercredi va-t-elle faire évoluer la réglementation ?

J’ai beaucoup de mal à anticiper tout cela. Il faut voir comment cette étude va être accueillie par la Direction générale de la Santé, par les acteurs économiques de la filière, et surtout par les consommateurs… Ce qui compte, c’est aujourd’hui de multiplier les études pour pouvoir disposer de quelques cas bien documentés, et ainsi mettre en évidence les effets indésirables de ces compliments alimentaires sur la santé.