Chirurgie: Des implants mammaires responsables de cancer rares du système immunitaire

RISQUE Un lien a clairement été établi entre le port de prothèses mammaires et la survenue d'un type très rare de cancer du système immunitaire...

Anissa Boumediene

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Des cas de cancers rares ont été dépistés en France chez des femmes porteuses d'implants mammaires, mais aucun retrait préventif n'a été conseillé par les autorités sanitaires
Des cas de cancers rares ont été dépistés en France chez des femmes porteuses d'implants mammaires, mais aucun retrait préventif n'a été conseillé par les autorités sanitaires — Miguel Medina AFP
  • Il existe un lien clairement établi entre la survenue du lymphome anaplasique à grandes cellules (LAGC) et le port d’implants mammaires.
  • Il s’agit d’un cancer très rare du système immunitaire, dont la survenue serait liée à la texture extérieure de l’implant.
  • Environ 500 cas ont été recencés aux Etats-Unis, contre une trentaine de cas en France.

Y a-t-il un lien entre implants mammaires et cancer ? Aux Etats-Unis comme en France, des femmes portant des implants mammaires ont développé un cancer très rare du système immunitaire : le lymphome anaplasique à grandes cellules (LAGC). Plusieurs centaines de femmes à travers le monde seraient concernées par cette maladie directement liée aux prothèses mammaires.

Une trentaine de cas en France

Aujourd’hui, on estime à 10 millions le nombre de femmes dans le monde portant des implants mammaires. Et pour la quasi-totalité d’entre elles, tout se passe pour le mieux. Cependant, dans de très rares cas, le port de ces prothèses a déclenché chez certaines l’apparition d’un lymphome anaplasique à grandes cellules, un cancer du système immunitaire. Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration (FDA) vient de tirer la sonnette d’alarme, relève le New York Times. A l’occasion d’une mise à jour fin mars de son site internet, l’agence de santé américaine a indiqué l’existence d’un lien entre des implants mammaires et un risque de lymphome anaplasique à larges cellules. Plusieurs centaines de femmes porteuses d’implants mammaires dans le monde auraient ainsi développé cette maladie rare et maligne du système immunitaire.

En l’espace d’un an, selon la FDA, 55 nouveaux cas de LAGC causés par des prothèses mammaires ont été recensés aux États-Unis et dans d’autres pays. Une maladie qui a coûté la vie à neuf femmes, ajoute l’agence de santé, qui rappelle toutefois que ces chiffres en augmentation pourraient s’expliquer par une meilleure sensibilisation et un meilleur dépistage de la maladie.

En France, l'Institut national contre le cancer (INCa) a réuni en 2015 un groupe d’experts chargés d’étudier la question. Ils ont conclu qu’il existe «  un lien clairement établi entre la survenue de lymphome anaplasique à grandes cellules et le port d’un implant mammaire », explique l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). A ce jour en France, 29 cas de LAGC ont été recensés chez des femmes portant des prothèses mammaires, alors que l’ANSM « estime à 400.000 le nombre d’implants mammaires vendus en France entre 2007 et 2014 ».

L’apparition du cancer liée à la texture de la prothèse

Mais comment une prothèse mammaire peut-elle déclencher l’apparition d’un cancer chez sa porteuse ? « Ce serait lié à la texture même de la prothèse », explique le Dr Vladimir Mitz, chirurgien esthétique à Paris et auteur de Chirurgie esthétique, Pour ou contre!* (éd. Flammarion). Les prothèses mammaires, ce sont un peu comme des œufs : « il y a une membrane extérieure qui forme une sorte de coquille protectrice, et l’intérieur, qui est composé de gel de silicone, illustre le praticien. Ces vingt dernières années, de gros progrès ont été accomplis sur les qualités techniques des prothèses. Au départ, les fabricants n’utilisaient pas un gel de silicone pur, et il y avait des cas de fuites au travers de la membrane de l’implant, qui était trop fine », raconte le Dr Mitz.

Aujourd’hui, ce temps est révolu, « les prothèses sont bien plus sûres », insiste le chirurgien esthétique. Mais le risque zéro n’existe pas, et « des réactions de rejet peuvent être observées chez des patientes, poursuit le Dr Mitz. Il arrive qu’une coque de tissu cicatriciel se forme autour de l’implant, ce qui en modifie la forme et cause inconfort et douleur à la patiente, au point que le retrait de la prothèse est indiqué ». Pour contrer ce risque, la recherche s’est portée sur la texture de la membrane extérieure de la prothèse. Ainsi, aujourd’hui, il existe plusieurs types de membranes extérieures pour les implants mammaires : « il y a les prothèses qui ont une surface texturée, un peu rugueuse, à l’instar des prothèses de la marque américaine Allergan, l’un des leaders mondiaux du marché et dont le modèle d’implants texturés est mis en cause dans les cas de LAGC recensés. Elles ont la cote parce qu’elle permettrait un rendu pus esthétique et un meilleur maintien de l’implant. Il y a celles qui ont une surface microtexturée et veloutée, que j’utilise pour mes patientes, et celles qui ont une surface lisse », détaille le chirurgien.

Or, la surface rugueuse des implants texturés « pourrait avoir un effet irritant chez certaines femmes, provoquant une réaction inflammatoire qui peut conduire, dans des cas rarissimes, à l’apparition d’un lymphome », expose le Dr Mitz. Une autre théorie avancée par les chercheurs dispose que la texture rugueuse de ce type d’implants pourrait piéger les bactéries, occasionnant une infection chronique qui pourrait également, à terme, provoquer le cancer, comme le rapporte le New York Times. Pour l’American Society for Aesthetic Plastic Surgery, le lymphome anaplasique à grandes cellules « semble actuellement se développer exclusivement chez les femmes porteuses d’implants texturés ». Mais la FDA, prudente, attend de disposer d’informations complémentaires sur la texture des implants chez les patientes ayant développé un LAGC.

S’informer sur ses implants et surveiller l’apparition de symptômes

S’il n’est pas question de basculer dans la psychose, il est important pour les femmes portant des implants mammaires de surveiller l’apparition éventuelle de symptômes du LAGC. « Le plus commun et le plus facile à repérer est un gonflement anormal du sein, autour de l’implant, avertit le Dr Mitz. Ce gonflement peut apparaître des années après la pose des prothèses, même près de trente ans après ». Dès lors, « il faut immédiatement aller consulter son chirurgien et passer des examens médicaux : échographie et mammographie ». Si le diagnostic est précoce, le retrait des implants et du tissu cicatriciel permettra la guérison totale de la patiente. Dans les cas les plus graves, un traitement par chimiothérapie et la radiothérapie peut également être prescrit.

D’où l’importance d’une information de qualité dispensée aux patientes. « Chaque femme portant des implants ou désireuse de s’en faire poser patiente doit bénéficier d’une information claire et complète de la part de son chirurgien, martèle le Dr Mitz. Elle doit impérativement se voir remettre par son chirurgien la fiche signalétique du modèle d’implants choisi, sur laquelle figurent la marque, la date de fabrication et le numéro de série des implants et leur durée. Et conserver ce document ». Les experts réunis par l’INCa préconisent ainsi « la remise d’une fiche d’information aux femmes, avant la pose d’un implant mammaire, sur le risque de LAGC et les signes cliniques qui doivent les inciter à consulter ». Le comité d’experts rappelle par ailleurs « l’importance d’un suivi régulier » pour les femmes porteuses d’implants, « même en l’absence de symptôme particulier, afin notamment de vérifier que l’implant ne se dégrade pas ».

Chirurgie esthétique, Pour ou contre !, éditions Flammarion, en librairies.