Souffrance des étudiants en santé: Que prévoit le plan du gouvernement?

EDUCATION Le gouvernement présentait ce mardi quinze pistes pour lutter contre la souffrance des étudiants en médecine...

Oihana Gabriel

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Les étudiants en médecine mardi 27 juin 2017 lors d'une manifestation devant le ministère de l'Enseignement
Les étudiants en médecine mardi 27 juin 2017 lors d'une manifestation devant le ministère de l'Enseignement — R.LESCURIEUX
  • Ce mardi, la psychiatre Donata Marra rendait son rapport au gouvernement sur la Qualité de vie des étudiants en santé. 
  • La ministre de la Santé et la ministre de l'Enseignement supérieur ont dévoilé dans la foulée quinze mesures pour améliorer les bien-être des étudiants en santé.
  • Mieux encadrer les stages, faire de la prévention, créer un centre national d'appui... Voici les principales pistes pour lutter contre les souffrances avérées des futurs soignants. 

Comment soigner avec bienveillance quand on est soumis à un stress, des angoisses, des remontrances, voire une maltraitance ? Il y a moins d’un an, les syndicats d'étudiants en médecine pointaient la grande souffrance des apprentis soignants. Ce mardi, la ministre de la Santé  Agnès Buzyn, et de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, ont présenté ce mardi quinze mesures contre la souffrance des étudiants en santé.

Un plan large, ambitieux et un poil flou qui suscite la satisfaction des associations d’étudiants en médecine… toutefois prudentes.

C’est la psychiatre Donata Marra, qui a planché sur le sujet et remis sa copie ce mardi. Quels sont les principaux engagements annoncés ?

Un centre national d’appui

Principale innovation, souhaitée par Donata Marra, la création d’un centre national d’appui en lien avec les associations étudiantes. Objectif ? Organiser la formation pour les enseignants et les étudiants, identifier les facteurs de risques psycho-sociaux propres aux étudiants, proposer un site d’informations et de formations.

«Le centre national d’appui, chargé de coordonner les actions et de suivre l’évolution de la situation ne devra pas se limiter à un simple rôle d’observatoire, nuance dans un communiqué l'ISNAR-IMG (InterSyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale). Il devra également être une ressource, un soutien, et surtout une référence en termes de recherche en pédagogie.»

« On y met beaucoup d’attente, complète Yanis Merad, président de l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF). Aujourd’hui, la formation de nos enseignants à la pédagogie et à l’encadrement manque vraiment, ce qui mène à des situations difficiles en stage. On espère que ce centre pourra faire des propositions pour améliorer les maquettes pédagogiques, servira de baromètre actualisé et général sur la souffrance des étudiants en santé. »

Faciliter la prévention

Pour aider les étudiants qui ont besoin de soutien, chaque faculté de santé sera dotée d’une « structure d’accompagnement » pour faciliter le « dépistage des signes de souffrance mentale » et « l’obtention d’un avis psychiatrique », selon le communiqué du ministère de la Santé. L’ensemble des formations en santé devront par ailleurs inclure « un module transversal concernant les risques psycho-sociaux et la gestion du stress ».

Des « structures régionales » seront en outre créées « en lien avec les associations étudiantes » afin de trancher les « difficultés non résolues localement, notamment pour les internes ». Enfin, Santé Publique France s’appuiera sur les associations étudiantes, qui connaissent bien le sujet, pour réaliser un clip sur les risques des maladies psychiques.

Encadrer mieux les stages

Les conditions de travail des stagiaires seront aussi au programme, avec des objectifs comme le « respect strict du repos de sécurité » et la « limitation à 48 heures du temps de travail hebdomadaire ». Un préalable nécessaire pour Yanis Merad. « Quand on a une garde la veille d’un partiel, on ne fait pas le fier ! », résume le président de l’ANEMF. Qui nuance : « on salue cette volonté de respecter mieux le repos de garde et le temps de travail. Mais il faudrait aussi parler de l’intérêt, du contenu du stage, alors que les tâches administratives sont de plus en plus nombreuses. »

Une question qui pourrait peut être être abordée lors « d’une évaluation systématique par les étudiants, et ce, dans toutes les filières des stages », dévoilée ce matin par Agnès Buzyn. Ces évaluations devront permettre, le cas échéant, de déclencher une procédure de réexamen de l’agrément ou des conventions des terrains de stage.

Repenser les études de médecine

Mais ces mesures abordent plus largement la philosophie des études de médecines. Le plan prévoit de « repenser les cursus » pour « sortir d’une logique de compétition », en particulier lors des épreuves classantes nationales (ECN), qui déterminent la spécialité des futurs internes en médecine et dont les ministres souhaitent la « disparition dans sa forme actuelle ».

Le statut d’enseignant, problème oublié ?

Des formulations assez vagues pour le moment… Si l’ANEMF applaudit des deux mains la prise de conscience au plus haut niveau des souffrances de ces futurs soignants, elle souligne qu’une question clef a été survolée : le statut des enseignants.

« Aujourd’hui, de plus en plus de médecins se détournent de l’enseignement, souligne Yanis Merad. Car les hospitalo-universitaires partagent leur temps entre patients, cours et recherche. Souvent, la pédagogie est reléguée au dernier plan. Il faut séparer les missions pour avoir des gens qui font uniquement de la pédagogie et valoriser ce choix. Aujourd’hui, tout le monde fait mal un peu de tout alors qu’on peut dans une équipe se répartir les missions. C’est dommage que cette question, le nerf de la guerre pour nous, n’ait pas été abordée… »

Autre regret : « pratiquer sur des mannequins, favoriser les jeux de rôle, échanger avec des patients-experts sont des façons de limiter le stress, reprend le président de l’ANEMF. Or, on a du mal à financer des centres de simulation qui devraient être proposés dans tous les CHU ».

Mais plus largement, les étudiants attendent de voir comment ces annonces vont se concrétiser. « Il faut que tout le monde s’implique dans ces mesures, conclut Yanis Merad. Il y a des choses à améliorer sur le plan législatif, mais il faudrait surtout valoriser une bienveillance des formateurs par rapport aux étudiants, des stagiaires entre eux. Et par extension aux patients. »