Autisme: Comment le centre Tedybear accompagne les enfants vers la scolarisation

REPORTAGE Alors que le gouvernement présente ce vendredi son plan autisme, «20 Minutes» a rencontré enfants, parents et professionnels d'un centre privé innovant dans la prise en charge de l'autisme...

Oihana Gabriel

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Au centre Tedybear, dans le 13e arrondissement de Paris, une soixantaine d'enfants peuvent être accompagnés avec des ateliers pensés sur mesure pour les aider à être scolarisés.
Au centre Tedybear, dans le 13e arrondissement de Paris, une soixantaine d'enfants peuvent être accompagnés avec des ateliers pensés sur mesure pour les aider à être scolarisés. — Centre Tedybear
  • Au centre Tedybear, à Paris 13e, les enfants sont sollicités par le jeu et un accompagnement pluridisciplinaire où les familles ont toute leur place. 
  • La Secrétaire d'Etat aux personnes handicapées doit annoncer le 4e plan Autisme vendredi. 
  • Manque d'AVS, de centres spécifiques semblables à celui-ci, de formation des enseignants, de places en maternelle... Les familles espèrent beaucoup de ce plan notamment sur l'insertion des enfants autistes. 

Au centre Tedybear, les enfants apprennent à déposer leur manteau et chaussures dans deux vestiaires. Pourquoi ? Parce que dans ce centre médico-social privé du 13e arrondissement de Paris, tout est organisé et réfléchi pour un meilleur développement des enfants avec autisme. En effet, beaucoup sont hypersensibles au bruit. Dans ce contexte, autant éviter de les accueillir dans un brouhaha épuisant. Alors que le gouvernement doit dévoiler ce vendredi son quatrième plan pour l’autisme, 20 Minutes s’est rendu dans ce centre expérimental.

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Du sur-mesure et du ludique

Comment précisément ? En misant sur le jeu, le sur-mesure, les succès, l’individualisation du parcours. Et en respectant ainsi les dernières recommandations de la Haute autorité de santé. Chaque enfant après une évaluation va pouvoir suivre une feuille de retour personnelle, co-construite par l’équipe de psychologues du centre et les parents. « Souvent, on récupère des parents et enfants démotivés, souligne Inès Thoze, la fondatrice de deux centres Tedybear, l’un à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) et son petit frère ouvert en septembre 2017 à Paris. Retrouver confiance et plaisir favorise l’apprentissage de l’enfant. Quand à six ans, vous n’arrivez pas à tenir un stylo, on ne vous a pas beaucoup félicité… Ici, les enfants gagnent toujours ! » Et l’équipe met en avant chaque succès de l’enfant.

« On filme beaucoup les enfants et grâce à un iPad, les parents des enfants qui ne parlent pas peuvent les voir peindre, et ainsi comprendre qu’ils sont capables de faire bien des choses. Tous ces enfants ont des capacités, mais il faut trouver le chemin pour les exprimer. Et ici, personne ne fait à leur place. » Avec pour but ultime : trouver ou retrouver le chemin d’une scolarisation épanouie. « Il faut que ces enfants apprennent ce qu’est un binôme avant de se retrouver dans une classe avec 25 camarades ! », synthétise Inès Thoze.

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C’est pourquoi tout se fait progressivement. « Ces enfants ont beaucoup de mal à communiquer avec leurs pairs, alors on passe d’une séance où l’enfant est seul avec un psychologue, à un atelier en binôme, puis avec quatre enfants… jusqu’au goûter d’anniversaire à dix, qui reste un exercice ! Et au spectacle de fin d’année, j’ai vu des mères pleurer. »

Une salle par activité

Dans les couloirs de ce centre original de 550 m2, chaque activité a sa salle. Un code couleur aide les enfants à se repérer : bleu pour repos et repas, vert pour les loisirs, jaune pour le mouvement.

Dans ce centre privé pour enfants avec autisme, un code couleur aide les enfants à se repérer et chaque activité a sa salle.
Dans ce centre privé pour enfants avec autisme, un code couleur aide les enfants à se repérer et chaque activité a sa salle. - O. Gabriel / 20 Minutes

 

Dans les salles, des stores spécifiques filtrent les rayons du soleil car beaucoup d’enfants avec autisme sont hypersensibles à la lumière. Et comme la stéréotypie, la répétition d’un geste sans but utile, est une des caractéristiques de l’autisme et un frein à leur apprentissage, aucun interrupteur ne se trouve aux murs « pour éviter que l’enfant passe dix minutes à éteindre et allumer la lumière », explique Elsa Walwer, chef de projet du centre.

Dans la salle sensorielle, les psychologues proposent ce plateau tactile pour que les enfants avec autisme puissent tester plusieurs matières, plus ou moins agréables.
Dans la salle sensorielle, les psychologues proposent ce plateau tactile pour que les enfants avec autisme puissent tester plusieurs matières, plus ou moins agréables. - O. Gabriel / 20 Minutes

 

Miser sur les nouvelles technologies

L’autre grand problème, c’est la difficulté pour ces enfants avec autisme à interagir. Et le centre mise sur les nouvelles technologies pour accompagner ces enfants. Dans une des salles, une petite fille concentrée joue ainsi à la kinect, avec pour objectif de voir son reflet attraper des pots de peinture. « Tu vois ton bras droit ? », l’interroge Gäel, docteur en psychologie et responsable des nouvelles technologies au centre. « Cela permet de travailler sur la représentation de son corps et la coordination des mouvements », souligne Elsa.

« Certains ne se reconnaissent pas dans la glace et s’intéressent davantage aux personnes en vidéo ou photo qu’aux liens réels », reprend Gaël. Il va donc proposer à deux enfants de reconstituer une photo en puzzle sur un tableau numérique.

Gaël, docteur en psychologie aide les enfants avec autisme à interagir et s'entraider grâce à un tableau numérique.
Gaël, docteur en psychologie aide les enfants avec autisme à interagir et s'entraider grâce à un tableau numérique. - O. Gabriel / 20 Minutes

« Petit à petit, l’enfant regarde ce que fait l’autre, copie, et enfin ils s’entraident, reprend le psychologue. Pour un binôme, ça a pris six mois… Il faut beaucoup de patience et d’adaptation pour aider ces enfants, mais parfois en trois mois on les voit changer radicalement, une fois que le déclic se fait, il n’y a pas de retour en arrière. »

« Plus qu’un centre, pour moi, c’est une famille »

Constat partagé par Sophia, la mère de Médine, 3 ans, pris en charge dans ce centre Tedybear depuis la rentrée 2017. En quelques mois, Sophia a constaté des progrès spectaculaires. « Aujourd’hui, je le trouve plus grandi, il commence à dire quelques mots, arrive à s’asseoir et donc à se concentrer sur un puzzle… A côté, Médine va à la maternelle trois matinées par semaine, mais c’est beaucoup plus compliqué », regrette-t-elle.

Dans ce centre privé, qui coûte jusqu’à 500 euros par mois aux familles, en fonction de l’aide de l’Etat octroyée, parents et fratrie sont bienvenus. Ils peuvent s’installer quelques heures dans une cafétéria, travailler, boire un café… et admirer les progrès de leurs enfants, frère ou sœur. « Plus qu’un centre, pour moi, c’est une famille, reprend Sophia. Au delà d’un accompagnement pour mon fils, c’est une écoute, des conseils, des épaules pour moi. Je n’aurais pas pu espérer mieux. Ce genre de démarche innovante devrait être aidé par l’Etat pour qu’un centre semblable fleurisse dans chaque département. »

« Aujourd’hui, on est devant un mur : sur les 150.000 enfants avec autisme en France, seulement la moitié sont pris en charge, déplore Inès Thoze. J’ai mis neuf mois à monter mon centre privé alors que construire un Institut médico-éducatif public prend entre trois et quatre ans ». D’où sa conviction profonde : « L’offre publique doit être complétée par le privé, comme ça s’est passé pour les crèches, les maisons de retraite… »