Plan prévention: A Angers, on teste le service sanitaire depuis deux ans

PREVENTION La service sanitaire, que tous les étudiants en santé vont faire à partir de la rentrée prend exemple sur une expérimentation de l'université d'Angers (Maine-et-Loire)...

Oihana Gabriel

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Nicole Belloubet, Edouard PHILIPPE et Agnès Buzyn à l’Assemblée Nationale, le 11 Octobre 2017.
Nicole Belloubet, Edouard PHILIPPE et Agnès Buzyn à l’Assemblée Nationale, le 11 Octobre 2017. — SIPA
  • Le gouvernement a dévoilé lundi le volet prévention de sa stratégie santé.
  • Parmi les 25 mesures, le Premier ministre et la ministre de la Santé ont détaillé les ambitions du service sanitaire des étudiants en santé. 
  • Une initiative qui s'appuie sur l'expérimentation de l'université d'Angers (Maine-et-Loire) qui teste depuis deux ans des interventions en établissements scolaires d'étudiants en santé. 

A la faculté d’Angers, cela fait deux ans que des binômes d’étudiants en santé, volontaires, font de la prévention dans des collèges et lycées. Une initiative qui a servi d’exemple pour le service sanitaire, détaillé ce lundi par le Premier ministre et la ministre de la Santé, et qui sera lancé à la rentrée prochaine. Comment s’est déroulée cette expérimentation ?

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Jeux, quiz et vidéos pour faire passer le message

Depuis début 2017, à l’initiative de quelques étudiants en médecine, pharmacie et soins infirmiers, des actions de prévention sont menées dans six établissements scolaires du Maine-et-Loire. La première année, quinze étudiants se sont portés volontaires, en septembre 2017, 85 ont rempli cette mission. Et c’est par binôme, mêlant ainsi professions et regards, que les étudiants interviennent dans des zones sensibles pour parler addictions et sexualité.

Marine Couvé, une étudiante en pharmacie à l’université d’Angers s’est ainsi retrouvée devant une classe de Première de Saumur avec une collègue étudiante infirmière. Premier temps de l’échange : le binôme se présente et propose un questionnaire pour vérifier connaissances et attentes du public. Lors de trois interventions, pendant une heure trente, les deux étudiantes évoquent contraception, MST,… Présentent aussi tous les contraceptifs qui existent… et comment ils fonctionnent. « Ce n’est pas un cours avec diapositives, on intervient avec des jeux, des quiz et des vidéos », explique Marine.

« Ils vont plus facilement se confier »

Et pour elle, cette initiative, c’est du gagnant-gagnant. « On n’est pas des profs, on a un âge proche de ces adolescents, donc ils vont plus facilement se confier, nous poser toutes les questions qui leur tiennent en cœur. On évite le ton moralisateur. Ils savent que fumer, c’est mauvais, mais pas forcément quels sont les risques pour leur santé mais aussi celle des autres, comment s’en sortir, quels sont les interlocuteurs à contacter. Peut-être que dans dix ans, ils se souviendront de cette intervention et sauront que nous sommes à leur écoute. »

D’autant qu’un questionnaire à la fin des quatre interventions vient confirmer l’importance de la prévention. « Cela leur a permis d’apprendre des choses et ils ont apprécié nos mots simples et nos techniques ludiques, reprend l’étudiante. Par exemple, certains pensaient que la pilule se prenait un jour sur deux ou uniquement quand on a des rapports sexuels. Il faut aller à l’essentiel et de façon ludique pour faire passer le message. »

Apprendre à travailler avec d’autres pro de la santé

Et elle voit cet engagement volontaire comme un plus dans sa carrière. « C’est intéressant de travailler en binôme pour que chacune apporte des connaissances et compétences différentes. Ce qui nous servira plus tard, pour mieux communiquer avec les autres professionnels de santé », analyse cette étudiante de 21 ans.

Cette approche pédagogique et ludique, ces jeunes étudiantes l’ont apprise aux côtés de Céline Maudet-Rioual, infirmière et coordinatrice de l’éducation sexuelle à l’Université d’Angers. Pendant deux jours, les étudiants volontaires ont suivi une formation à la fois théorique et pratique pour savoir « comment avoir un échange sans être culpabilisant ou moralisateur. Comment utiliser des outils pédagogiques que j’adapte ou que je construis », dévoile celle qui a formé ces deux promotions et prépare le futur service sanitaire.

C’est pourquoi Céline organise des mises en situation pour que les étudiants soient préparés à réagir devant la classe. Mais qu’ils sachent aussi vers qui renvoyer les jeunes réellement en difficulté : médecins, infirmières scolaires, addictologues… La coordinatrice a mis au point un kit pédagogique avec des cartes vrai/faux, un jeu de l’oie… « Ils débattent ainsi des idées reçues (certains demandent ainsi "mettre deux préservatifs, c’est plus sûr ?"), on passe par le jeu pour les aider à prendre conscience des prises de risque. »

Un service sanitaire élargi

Elargir ce service sanitaire à tous les étudiants en santé et à toute la France ? Une bonne idée selon ces deux observatrices aux premières loges.

« Proposer cette prévention aux classes primaires, aux Ehpad, aux entreprises, cela permet d’avoir un public différent, des personnes qu’on aura plus tard au comptoir », rappelle Marine, future pharmacienne. Si certains étudiants et syndicats regrettent que ce service sanitaire ne soit pas rémunéré, Marine se félicite que ces trois mois soient inclus dans les cursus, pour elle en cinquième année d’études de pharmacie.

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Céline Maudet-Rioual, infirmière, applaudit également cette initiative. Mais rappelle qu’une formation adaptée est indispensable. « Les étudiants vont être plus nombreux, ils devront traiter de thèmes supplémentaires (nutrition, activité physique) et les lieux d’intervention seront aussi plus variés (Ehpad, entreprises…), rappelle la spécialiste. D’où un soin à apporter aux messages à faire passer et aux méthodes pour communiquer : « la prévention ne touche son public que quand elle est adaptée ».