Plan de prévention santé: A quoi va ressembler le service sanitaire?

PREVENTION Ce lundi, le Premier ministre et la ministre de la Santé présentaient 25 mesures pour améliorer la prévention, notamment un service sanitaire pour tous les étudiants en santé...

Oihana Gabriel

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La ministre de la Santé Agnès Buzyn lors du point presse après le comité inter-ministériel sur le plan de prévention santé lundi 26 mars 2018.
La ministre de la Santé Agnès Buzyn lors du point presse après le comité inter-ministériel sur le plan de prévention santé lundi 26 mars 2018. — AFP
  • Le gouvernement a dévoilé ce lundi le volet prévention de sa stratégie santé.
  • Parmi les 25 mesures, le Premier ministre et la ministre de la Santé ont détaillé les ambitions du service sanitaire des étudiants en santé. 
  • Durée, bénéficiaires, rémunération... 20 Minutes fait le tour de six questions sur cette innovation pour la statégie de prévention.

C’était un engagement du candidat Macron un stage pour tous les étudiants en santé et pas seulement les futurs médecins pour promouvoir la prévention dans les écoles, entreprises, maisons de retraite…

Une idée qui a depuis pris forme. Fin février, le professeur Loïc Vaillant a rendu un rapport sur la mise en place de ce service sanitaire. Ce lundi matin, Edouard Philippe et Agnès Buzyn ont officialisé sa création dans le cadre du volet prévention de la stratégie santé du gouvernement. Qui, à partir de la rentrée prochaine, devra participer à un service sanitaire. Comment ce service va-t-il s’inscrire dans leur cursus et avec quel objectif ? 20 Minutes fait de tour de six questions pour y voir plus clair.

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Qui va faire le service sanitaire ?

Dès la rentrée prochaine, tous les étudiants en médecine, pharmacie, soins dentaires, futurs sages-femmes, infirmiers et kinésithérapeutes, soit 47.000 personnes par an, devront conduire, dès la rentrée, des missions de prévention. Un service sanitaire obligatoire à l’obtention de leur diplôme. A partir de la rentrée 2019, le dispositif doit être étendu à l’ensemble des filières en santé (ergothérapie, orthophonie, etc), portant le total des troupes à 50.000 « ambassadeurs de santé » par an.

Quand ?

Pendant trois mois, de façon continue ou discontinue, ces étudiants organiseront des ateliers de prévention au cours de leur cursus. Ce service de trois mois devra toutefois intégrer une formation et une évaluation. Il se limitera donc en réalité à six semaines à temps partiel devant des élèves, des adolescents ou des séniors.

Mais le cadre se veut souple : ce sont les universités qui organiseront chacune ces services sanitaires en fonction de leurs obligations. Coordonner les emplois du temps d’étudiants en pharmacie, médecine et soins infirmiers risque de prendre des airs de casse-tête…

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Pour les futurs médecins, « les préconisations prévoient un stage à temps partiel pendant la 3e ou la 4e année », précise Yanis Merad, président de l’ANEMF, syndicat d’étudiants en médecine. Avec une différence de taille : s’il s’inscrit dans la 3e année, qui ne prévoit pas de stage pour le moment, ce service sanitaire ne sera pas rémunéré. Si en revanche il intervient en 4e année, il remplacera un des stages prévus à l’hôpital. « Nous sommes favorables à ne pas supprimer des stages cliniques, insiste Yanis Merad, tout en assurant que la rémunération d’un tel investissement serait nécessaire. « Les étudiants en santé ne sont pas censés devenir de la main-d’œuvre gratuite », critique le président du syndicat.

Comment les étudiants seront-ils formés ?

La formation, qui devrait s’étendre sur deux semaines, mêlera données théoriques, fournies notamment par Santé Publique France, et contenu pédagogique. Chaque étudiant devrait avoir un référent dans sa structure de formation et sur le lieu d’intervention. L'université d'Angers qui teste depuis deux ans ce genre de service sanitaire, sur la base du volontariat, organise par exemple cours théoriques, mais aussi jeux de rôles.

« On attend une formation théorique sur le tabagisme, les maladies sexuellement transmissibles, mais surtout des compétences pratiques pour savoir comment on retient l’attention d’une classe », reprend Yanis Merad de l’ANEMF. Céline Maudet-Rioual, infirmière et coordinatrice en éducation à la santé à l’Université d’Angers, a piloté la formation des étudiants depuis deux ans et participera également à l’encadrement du futur service sanitaire. Pour elle, pas de doute, une bonne formation est indispensable pour la réussite de cette initiative : « On sait que certains messages de prévention, par exemple ceux qui culpabilisent ou font peur, agissent moins bien. Puisque ce service sanitaire devient obligatoire, il faudra apporter beaucoup de soin à cette formation afin que les étudiants ne se sentent pas en difficulté face à une classe. »

Quel sera leur rôle ?

Selon le communiqué du ministère, qui précise ce lundi les deux phases de ce déploiement du service civique, « dans un premier temps, le service sanitaire s’effectuera auprès des élèves dans les collèges, les lycées et les universités. Mais le service sanitaire a également vocation à se déployer dans les EHPAD, les quartiers prioritaires de la politique de la ville, les prisons, les structures médico-sociales, les entreprises publiques et privées… »

Cinq thèmes « prioritaires » mais non « exclusifs » d’intervention ont pour l’heure été retenus : la bonne alimentation, l’activité physique, les addictions (alcool, tabac, etc.), la sexualité et la contraception.

Parler MST, bienfaits du sport, alimentation saine pourrait être une stratégie gagnante des deux côtés. Pour les futurs professionnels de santé, savoir quels messages de prévention et comment les faire passer et se frotter au terrain dès leurs études semblent très intéressants. D’autant qu’ils devraient le faire par binôme, mêlant différentes professions. Du côté du public, des enfants et adolescents donc, « la proximité d’âge peut faciliter la prise de parole sans tabou », avance Céline Maudet-Rioual, infirmière et coordinatrice en éducation à la santé.

Quel coût ?

La réponse reste floue. Aucune rémunération n’est prévue pour ce nouveau module, mais « les frais de déplacement seront pris en charge par l’État », promet le gouvernement, sans en préciser le coût. Dans son rapport, Loïc Vaillant fournit une estimation à 6,75 millions d’euros.

A quelles conditions cela peut-il être utile ?

Le rapport Vaillant prévoit un dispositif d’évaluation embarquée, doté d’un financement de 400.000 euros, « qui permettra de recueillir nationalement les informations concernant la réalisation du service sanitaire et de mesurer les impacts éducationnels et sur la santé de la population ». Pour Marion Bauty, porte-parole de l’ Isnar-IMG, syndicat des internes en médecine générale, « sur le fond, c’est une bonne idée de nous former à la prévention. Sur la forme, il faudra être vigilant pour que ce service sanitaire soit bien encadré et avec un intérêt pédagogique. »

Une vision positive que partage l’ANEMF, syndicat des étudiants en médecine. Même si on y regrette que ce service sanitaire soit mis en place au pas de course dans des « délais impossibles à tenir » : « c’est pourquoi on appelle à un peu d’indulgence : peut-être qu’à la rentrée, toutes les facultés et tous les étudiants en médecine ne pourront pas participer à ce service sanitaire », assure Yanis Merad. Le syndicaliste étudiant regrette également que ce service soit obligatoire et non volontaire. « L’éducation par les pairs, ça marche très bien à condition que l’étudiant soit investi, si ce stage les dégoûte de la prévention, ce sera contre-productif », prévient-il.