Pollution à Fos-sur-Mer: Davantage de cancer, mais les autorités ne veulent pas faire le lien avec la pollution

POLLUTION Les autorités donnaient leurs conclusions de l’étude Fos Epseal publiée il y a un an, qui met en lumière le nombre important de cancer sur le bassin de Fos-sur-Mer…

Adrien Max

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29/09/2010 Activité pétro chimique du port autonome de Marseille autour de Martigues, Port de bouc et Fos sur Mer. Des pétroliers en attente dans la rade de Fos suite au blocage de la CGT
29/09/2010 Activité pétro chimique du port autonome de Marseille autour de Martigues, Port de bouc et Fos sur Mer. Des pétroliers en attente dans la rade de Fos suite au blocage de la CGT — P.MAGNIEN / 20 MINUTES
  • Le sous-préfet d’Istres, l’ARS, la Dreal et Santé publique France tenaient ce mardi une conférence de presse pour faire part de leurs conclusions quant à l’étude Fos Epseal, rendue publique il y a un an.
  • Ils considèrent cette étude comme non représentative, mais admettent qu’elle amène des nouvelles perspectives, comme des hypothèses de travail pour de futures études.
  • L’ARS et la Dreal ont conscience des problèmes de santé et de pollution environnementale dans le bassin de Fos-sur-Mer et prévoient des actions.

Plus d’un an après la publication de l'étude Fos Epseal, qui révélait un nombre de certains cancers supérieur à la moyenne nationale dans le bassin de Fos-sur-Mer ( Bouche-du-Rhône), le sous-préfet d’Istres, Jean-Marc Sénateur, l’Agence régionale de Santé (ARS), la Dreal et Santé publique France tenaient une conférence de presse ce mardi après-midi à Istres.

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Plus tôt, des élus du territoire et des adhérents du secrétariat permanent pour la prévention des pollutions (SPPPI) avaient été conviées pour leur présenter les conclusions sur cette étude. « Nous considérons les résultats de cette étude comme non représentatifs, même si elle apporte des avancées », a expliqué Mélina Le Barbier, chercheuse au sein de Santé publique France.

Des avancées

Elle critique notamment la constitution de l’échantillonnage, qui présente par exemple deux fois plus d’enfants sur la commune de Port-Saint-Louis alors qu’en réalité ils sont plus nombreux à Fos-sur-Mer. « Ils nous ont expliqué frapper à la porte d’un foyer sur cinq, alors qu’ils ont questionné 3.776 foyers sur 10.000. Nous ne savons pas comment ils ont choisi d’interroger telle personne plutôt que telle autre dans un foyer », précise-t-elle. Les catégories socioprofessionnelles n’ont pas non plus été assez prises en compte.

Pourtant, Santé Publique France, par la voix de son directeur, Sébastien Denys, a aussi reconnu des avancées.

« Il est très important d’avoir une approche complémentaire qui associe les riverains. Cela permet de mettre en évidence certains signaux qui n’étaient pas pris en compte. »

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Cette étude a donc le mérite de remettre la santé telle qu’elle est vécue par les citoyens au centre du dialogue. Les résultats pourront aussi servir d’hypothèses de travail pour de future étude.

Une surreprésentation de cancer chez les hommes

Si la méthodologie est critiquée, les résultats de l’étude semblent corroborer ceux de l’observatoire régional de la santé en Paca que préside Pierre Verger. Ils ont collecté dans des bases « médico-administratives » des données entre 2009 et 2013 sur le bassin de Fos-sur-Mer et de Port-Saint-Louis :

  • Il y a 19 % de décès prématurés chez les hommes de plus sur ce bassin que dans le reste de la région.
  • Il y a 31 % de cancer en plus chez les hommes que dans le reste de la région
  • Il y a 40 % de cancer du poumon en plus chez les hommes que dans le reste de la région
  • Ces différences ne sont pas présentes chez les femmes
  • Il n’y a pas de différence pour l’asthme.
  • Les maladies chroniques et la surmortalité liée au diabète sont surreprésentées environ de 22 % chez les hommes et 17 % chez les femmes en comparaison à la moyenne régionale.

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Pourtant, comme l’explique Pierre Verger, difficile de faire le lien direct entre ces maladies et la pollution.

« Les cancers sont liés à 40 % au comportement de santé (tabac, alcool, alimentation), 5 % aux causes professionnelles et de 4 à 8 % aux causes environnementales. »

Mais ceci reste une moyenne nationale, les variations locales ne sont pas connues, et les évolutions dans le temps restent floues. Si ces données étaient plus précises, les habitants, travailleurs, pourraient alors mener des actions en justice contre ces causes précises, et réclamer d’importants dédommagements.

Moins de pollution et plus d’offre de santé

En attendant, l’ARS et la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) Paca, bien conscientes des problèmes en matière de santé et d’environnement sur ce territoire ont prévu trois axes de travail : l’observation et la surveillance de la santé, développer l’offre de santé et mener des actions environnementales. « Nous allons prochainement prendre un arrêté préfectoral pour renforcer la surveillance d’émission de polluants dans l’environnement même s’ils ont chuté de 30 à 80 % ces dernières années », a promis Patrick Couturier de la Dreal.

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L’ARS va quant à elle financer des consultations de maladies professionnelles au centre hospitalier de Martigues et annonce la mise en place d’un contrat local de santé. Quant à de nouvelles études, l’observatoire Revela 13 collecte toutes les données sur les maladies professionneles liées à l'environnements dans le bassin de Fos-sur-Mer depuis avril 2012 et devrait annoncer ses résultats au premier trimestre 2019.