Sexualité, troubles gynécologiques: Pourquoi faut-il prendre soin de son microbiote vaginal?

FEMMES La flore vaginale est peuplée d’un ensemble de bactéries dont le rôle est de protéger ce milieu fragile, qui est bouleversé en cas de déséquilibre…

Anissa Boumediene

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Illustration d'une femme allongée dans un lit.
Illustration d'une femme allongée dans un lit. — J.FORD / Mood Bo/REX/SIPA
  • Le Dr Jean-Marc Bohbot, médecin infectiologue spécialiste des infections génito-urinaires, et Rica Etienne, journaliste santé, signent un ouvrage très utile qui ouvre les portes du Microbiote vaginal*
  • Le microbiote, ou flore vaginale, est peuplé de bonnes bactéries : les lactobascilles, dont il faut prendre soin.
  • Mais en cas de déséquilibre, c’est tout un petit écosstème intérieur qui est menacé, avec à la clé des infections génito-urinaires qui peuvent empoisonner la vie des femmes.

Dans la famille des microbiotes, la star, c’est le microbiote intestinal. Un nombre incalculable d’ouvrages lui sont désormais dédiés, et on sait aujourd’hui qu’un déséquilibre de ce microbiote favoriserait l’apparition de maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et de certains cancers. Bien moins connu, son cousin, le microbiote vaginal, ou flore vaginale, commence lui aussi à faire parler de lui. Ce mini-monde intérieur, peu de femmes lui prêtent attention, faute de connaître jusqu’à son existence.

Dans Microbiote vaginal, la révolution rose* (éd. Marabout), le Dr Jean-Marc Bohbot, médecin infectiologue spécialiste des infections génito-urinaires, et Rica Etienne, journaliste santé, ouvrent les portes de cette flore, peuplée de milliards de bonnes bactéries qui nous veulent du bien et assurent la protection de ce milieu fragile. Mais de nombreux facteurs risquent de bouleverser l’équilibre de ce microbiote, avec pour conséquence de multiples répercussions au quotidien pour les femmes. 20 Minutes vous révèle les secrets de cette flore bienfaitrice et les mesures simples qui permettent d’assurer son équilibre.

Le rôle protecteur des bonnes bactéries

Rares sont ceux qui le savent, mais un millilitre de sécrétions vaginales est constitué de 100 millions à 1 milliard de micro-organismes : des bactéries. Mais « ce sont à plus de 90% de bonnes bactéries, les lactobacilles: ils peuplent en majorité le microbiote vaginal et protègent le vagin des infections », explique Rica Etienne. "Et les lactobacilles ont également des propriétés immunitaires, ils jouent un rôle protecteur contre certains cancers, comme le cancer du col de l'utérus et contre des virus comme l'herpès ou le papillomavirus", ajoute le Dr Jean-Marc Bohbot.

Mais « la nature ayant horreur du vide, si le nombre de lactobacilles diminue, la fore vaginale est déséquilibrée et d'autres germes néfastes peuvent se développer, ce qui augmente les risques d’infections urinaires, de mycoses vaginales et autres vaginoses bactériennes, mais aussi les risques de contracter une infection sexuellement transmissible », prévient le Dr Bohbot. D’où la nécessité de prendre soin de cette flore bienfaitrice et d’éviter tout ce qui est susceptible de la bouleverser.

Mieux connaître le microbiote vaginal, son rôle protecteur et ce qui le menace « permet d’assurer la bonne santé du vagin, donc une vie sexuelle épanouie et la confiance en soi, et c’est pour cela que nous parlons de révolution rose, insiste Rica Etienne. Quand une femme souffre régulièrement de troubles gynécologiques dus à un déséquilibre de sa flore, cela pèse sur sa confiance en elle, sa vie intime et sa vie de couple ». Dès lors, savoir comment fonctionne ce microbiote vaginal "permet d'agir de manière plus physiologique contre ces infections et d'éviter les risques de récidives et la chronicité de certaines infections bactériennes, se réjouit le Dr Bohbot. Pour cela, la prescription de probiotiques par voie vaginale a une action à la fois curative et préventive, en renforçant les défenses naturelles de la flore vaginale".

L’action délétère des antibiotiques sur le microbiote vaginal

Parmi les facteurs de déséquilibre du microbiote, on retrouve les antibiotiques, prescrits pour éliminer les bactéries. « Les antibiotiques détruisent indifféremment sur les bonnes et les mauvaises bactéries, indiquent Rica Etienne et le Dr Jean-Marc Bohbot. Ils ont une action délétère sur le microbiote vaginal, en décimant aussi les lactobacilles. Mais pas question pour autant de bannir ces médicaments », clament-ils de concert. Il faut juste adapter le traitement. « Suivre en complément une cure de probiotiques par voie vaginale permettra de relancer la production de lactobacilles et de restaurer ainsi l’équilibre de la flore », préconise le Dr Bohbot.

Eviter l’excès d’hygiène intime

Entre envie de fraîcheur et crainte des odeurs, « nombre de femmes ont une hygiène intime inadaptée, ce qui peut entraîner un déséquilibre de la flore vaginale », souligne Rica Etienne. Or, « le vagin est un organe autonettoyant, complète le Dr Bohbot, il ne faut surtout pas tenter de laver cette cavité », proscrit-il en faisant référence à quelques modes saugrenues promues un temps par quelques personnalités dont Gwyneth Paltrow, vantant les mérites des douches vaginales et autres bains de vapeur intime.

Au quotidien, on évite les pratiques qui décapent la flore vaginale. « Aujourd’hui, on souffre d’un excès d’hygiène intime : une à deux toilettes intimes par jour suffisent, pas plus », prescrit Rica Etienne. Savon de Marseille, produits antiseptiques et gel douche classiques sont à bannir, « tout comme un simple lavage à l’eau claire, poursuit la journaliste, cela détruit le film hydrolipidique de la vulve, qui peut alors souffrir de sécheresse ». Un gel intime adapté assurera une bonne hydratation de cette zone, sans l’agresser.

Dans la même ligne, Rica Etienne et le Dr Bohbot mettent en garde contre «les dangers de l'épilation intégrale, qui augmente considérablement les risques de contracter une infection sexuellement transmissible, en plus d’assécher la vulve ». 

Le tabac et le stress : des poisons pour le microbiote vaginal

On le sait : fumer tue. Ce que l’on sait moins en revanche, c’est que le tabac tue aussi à petit feu le microbiote vaginal : « A partir de quatre cigarettes par jour, fumer perturbe durablement la flore et les risques de développer une infection bactérienne vaginale, comme une vaginose par exemple, sont multipliés par deux chez les fumeuses », avertit Rica Etienne. Pourquoi ? Parce que « des dérivés de la nicotine et d'autres substances contenues dans le tabac se retrouvent jusque dans le microbiote et asphyxient les cellules vaginales, qui produisent le glycogène, le carburant dont se nourrissent les lactobacilles chargés d’assurer l’équilibre protecteur du microbiote vaginal », explique le Dr Bohbot.

Ainsi, « quand on est sujette aux troubles gynécologiques à répétition, fumer aggrave encore plus la récurrence de ces mycoses ou infections urinaires chroniques. C’est une raison supplémentaire d’arrêter le tabac », conseille Rica Etienne.

Entretenir sa flore après une période d’abstinence

Autre conseil dispensé dans cet ouvrage : reprendre une vie sexuelle après une longue période d’abstinence ne s’improvise pas. « Cela concerne un nombre non négligeable de femmes, qui ont divorcé, se sont occupées de leurs enfants, mettant un temps leur vie intime de côté, illustre Rica Etienne. Or, à la préménopause, des troubles hormonaux peuvent apparaître, et après une longue période sans rapports sexuels, la paroi vaginale s’amincit ». Résultat : une sécheresse et un inconfort intimes risquent de gâcher la reprise des festivités. Dans ce cadre, un retour à la vie sexuelle se prépare et physiologiquement, « avec une cure locale d’œstrogènes, ou avec une cure de probiotiques, pour relancer la production de lactobacilles protecteurs et améliorer la souplesse du vagin », recommande la journaliste.

Autre moyen : « Même seule, une femme peut continuer à s’amuser avec un godemiché », conseille Rica Etienne. Outre le plaisir qu’elle en retirera, « l’utilisation d’un sex-toy permet d’entretenir la muqueuse vaginale, grâce à la lubrification liée à l’excitation sexuelle », explique le Dr Jean-Marc Bohbot.

* Microbiote vaginal, la révolution rose. Comment les nouvelles découvertes vont transformer votre santé intime, du Dr Jean-Marc Bohbot et Rica Étienne, éditions Marabout, en librairie.