Vendu comme une cigarette électronique, l'IQOS est-il moins nocif que le tabac?

TABAGISME Epinglé ce mardi pour publicité illégale dans Le Parisien, l’IQOS, sorte de cigarette électronique à base de tabac chauffé, et commercialisé par Philip Morris, serait aussi nocif pour la santé que la cigarette classique…

Anissa Boumediene

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Selon Philip Morris, l'IQOS est moins nocif pour la santé que la cigarette classique, mais l'argument est démenti par des pneumologues et par plusieurs autorités de santé.
Selon Philip Morris, l'IQOS est moins nocif pour la santé que la cigarette classique, mais l'argument est démenti par des pneumologues et par plusieurs autorités de santé. — Thomas Coex AFP
  • Le dispositif IQOS, commercialisé par le cigarettier Philip Morris International, ferait l’objet de publicités discrètes dans des établissements de la capitale, rapporte ce mardi Le Parisien.
  • La publicité des produits du tabac est pourtant formellement interdite par la loi.
  • Selon plusieurs éminents pneumologues, et plusieurs autorités de santé internationales, ces appareils qui chauffent le tabac au lieu de le brûler, comme c’est le cas pour une cigarette classique, ne sont pas pour autant moins nocifs pour la santé.

Des méthodes aussi discrètes qu’illégales. Alors que la loi Evin interdit toute publicité pour les produits du tabac, le cigarettier Philip Morris International (PMI) emploierait une armada de commerciaux chargés de promouvoir l’IQOS – un appareil électronique utilisant du vrai tabac – dans des bureaux de tabac et des restaurants, et aussi au cours de soirées semi-privées spécialement organisées pour séduire de nouveaux consommateurs, rapporte ce mardi Le Parisien. « C’est un mépris total de la loi », condamne le Pr Yves Martinet, chef du service de pneumologie au CHU de Nancy et président du Comité national contre le tabagisme.

Arrivé sur le marché français en mai dernier, l’IQOS, dans lequel PMI a investi 3 milliards de dollars ces dix dernières années, cherche à se faire une place entre la cigarette traditionnelle et sa version électronique, suivi en fin d’année par le géant sud-coréen KT & G, qui a lancé un modèle similaire. Des appareils conçus et lancés par les poids lourds mondiaux de l’industrie cigarettière, qui tentent ainsi de compenser la baisse des ventes de cigarettes classiques en proposant de nouveaux produits hybrides susceptibles de séduire les consommateurs.

Un dispositif à base de tabac chauffé

D’apparence, l’IQOS a tout d’une cigarette électronique, il est doté d’une batterie et d’un bouton on/off et doit être rechargé. Mais la comparaison s’arrête là. Ici, point de e-liquide utilisé pour recharger l’engin. L’IQOS requiert des sticks pour fonctionner. Simple différence de forme ? Non : ces petits tubes à insérer à la base de l’appareil sont composés d’un filtre et de tabac, soit une composition plus que semblable à celle d’une cigarette classique. L’usage d’un briquet laisse ici la place à une plaque chauffante intégrée dans le modèle électronique qui fait grimper la température du tabac contenu dans le stick entre 300 et 350 degrés, contre 850 à 900 degrés pour une cigarette fumée. Contacté par 20 Minutes, Philip Morris indique que « l’IQOS est un appareil électronique qui chauffe le tabac sans le brûler, générant une vapeur de tabac », qui sera inhalée par l’utilisateur du dispositif. Une technologie de chauffe dans laquelle « il n’y a pas de combustion », est-il d’ailleurs indiqué sur le site Internet. Ainsi, l’IQOS afficherait « des niveaux de composants nocifs qui sont en moyenne entre 90 et 95 % plus bas que ceux trouvés dans la fumée d’une cigarette conventionnelle », nous précise-t-on chez Philip Morris.

« Philip Morris met en avant un produit par lequel il n’y a plus combustion du tabac, puisqu’il est chauffé et non plus brûlé, mais la combustion en tant que telle ne pose pas de problème, explique le Pr Yves Martinet. La combustion complète entraîne la formation d’O2 et de H2O, soit de simples molécules de dioxygène et d’eau. En revanche, ce qui est nocif, c’est la pyrolyse induite par cet appareil. A la manière d’une tranche de pain laissée trop longtemps dans le grille-pain, la pyrolyse entraîne la formation de monoxyde de carbone et de goudron qui, eux, sont extrêmement dangereux pour la santé, expose le Pr Martinet. L’IQOS est une cigarette qui ne dit pas son nom, c’est tout aussi nocif que le tabac. »

Manque de preuves

Du côté de Philip Morris, on l’assure, « des recherches approfondies sont menées sur le profil de risque d’IQOS, y compris des études de laboratoire et cliniques ou encore la surveillance post-commercialisation ». Un travail « complété par un nombre croissant d’études de laboratoires indépendants et d’instituts de recherche gouvernementaux », et « l’ensemble de ces études indique clairement à ce jour qu’IQOS est un meilleur choix que le tabagisme, et que le fait d’utiliser IQOS est susceptible de présenter moins de risques que de continuer à fumer », indique le cigarettier à 20 Minutes. D’ailleurs, selon le géant du tabac, l’équivalent américain de l’Agence nationale du médicament (ANRS), « la Food and Drug Administration (FDA), est en train d’examiner les résultats de recherche sur IQOS pour permettre la commercialisation aux États-Unis en tant que produit à base de tabac à risque modifié (MRTP) », argue-t-on chez Philip Morris.

Ah bon ? Le dispositif IQOS serait donc moins risqué que la cigarette classique ? A priori non, à en croire le Committee on Toxicity of Chemicals in Food, Consumer Products and the Environment, un organisme consultatif indépendant, rattaché au gouvernement britannique, selon lequel les appareils de tabac chauffé, dont l’IQOS, « contiennent encore des produits chimiques nocifs pour la santé », rapportait The Guardian en décembre. Et, outre-Atlantique, une dizaine de sénateurs ont d’ailleurs expressément demandé début février à la FDA d’intervenir et de ne pas laisser Philip Morris véhiculer ce message de santé affirmant que l’IQOS serait moins nocif que le tabac classique.

Avant même le lancement de l’IQOS en France, le Pr Bertrand Dautzenberg, défenseur de la e-cigarette comme dispositif d’accompagnement dans l’arrêt du tabac, fustigeait cet appareil et rappelait qu’il ne bénéficiait d’aucune caution santé.