Nouveau carnet de santé: «C'est un outil pédagogique pour les parents et les pédiatres»

INTERVIEW Dr Brigitte Virey, pédiatre et présidente du Syndicat national des pédiatres français, revient sur les principaux changements apportés par le nouveau modèle de carnet de santé, qui sera distribué à compter du 1er avril prochain…

Propos recueillis par Anissa Boumediene
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Dans le nouveau carnet de santé, qui sera distribué à partir du 1er avril 2018, il est recommandé d'installer le lit du bébé dans la chambre parentale durant les 6 premiers mois de sa vie.
Dans le nouveau carnet de santé, qui sera distribué à partir du 1er avril 2018, il est recommandé d'installer le lit du bébé dans la chambre parentale durant les 6 premiers mois de sa vie. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • Le nouveau modèle de carnet de santé a été dévoilé lundi par le ministère de la Santé.
  • Il sera distribué à compter du 1er avril prochain.
  • Il est à jour du nouveau calendrier vaccinal, qui prévoit désormais 11 vaccins obligatoires pour les enfants, et comporte tout un éventail de conseils et mesures de bon sens et de sécurité adressés aux parents.

Il va y avoir du changement dans les carnets de santé des bébés à naître. Le ministère de la Santé a publié lundi le nouveau modèle du carnet de santé, qui intègre les 11 vaccinations aujourd’hui obligatoires pour les enfants, ainsi qu’un éventail de nouvelles recommandations destinées aux parents de nouveau-nés. Parmi elles, il est conseillé aux parents de faire dormir leur bébé dans leur chambre durant les six premiers mois de sa vie, afin de prévenir les risques de mort subite du nourrisson. Et il est désormais prévu noir sur blanc une consultation pédiatrique dans les premiers jours de vie du bébé.

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Ce carnet, gratuit et traditionnellement remis par la maternité ou un médecin, succédera le 1er avril au modèle distribué depuis 2006. Son objectif : « tenir compte des avancées scientifiques et des attentes des professionnels de santé et des familles », a indiqué le ministère dans un communiqué. « C’est un outil pédagogique à destination des parents, plus intégré à chaque étape du développement de leur enfant, mais aussi à destination des pédiatres », explique le Dr Brigitte Virey, pédiatre et présidente du Syndicat national des pédiatres français (SNPF), qui revient pour 20 Minutes sur les nouveautés de ce carnet de santé revu et corrigé.

Quelles sont les nouveautés de ce carnet de santé ?

Le principal changement est la mise à jour du calendrier de vaccination, qui prévoit pour les enfants nés depuis le 1er janvier onze vaccins obligatoires, contre trois auparavant.

Le nouveau modèle a également mis à jour les courbes de croissance, poids et taille. Jusqu’à présent, ce sont les courbes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui étaient utilisées. Or, ces courbes étaient les mêmes pour les bébés du monde entier, filles et garçons, indifféremment du sexe et de l’endroit du globe. Une étude, réalisée « à partir de la surveillance de 261.000 enfants » avec le concours de l’Association française des pédiatres ambulatoires (AFPA) qui a extrait les données de notre logiciel, a permis de calculer des courbes plus justes, en fonction des spécificités des différentes régions françaises, de la taille des villes, etc. Ce sera un outil plus adapté pour le suivi de la croissance, le repérage des pubertés précoces et le calcul de l’IMC.

Déjà en 2009, l’Institut de veille sanitaire préconisait l’actualisation des messages de prévention figurant dans le carnet de santé sur les risques de mort subite du nourrisson. C’est aujourd’hui chose faite, mais ce travail de pédagogie est-il encore nécessaire aujourd’hui ?

Malheureusement, des parents font aujourd’hui encore dormir leur bébé dans le lit parental, ce qui induit un risque d’étouffement du bébé s’ils s’endorment. Il est très important de faire dormir le nourrisson dans la chambre parentale, cela permet une meilleure surveillance du nourrisson, cela facilite la vigilance des parents, qui entendent mieux s’il y a le moindre souci avec l’enfant. Mais il doit cependant dormir seul, dans son propre lit doté d’un matelas ferme. Et le lit doit être épuré au maximum : pas de peluches, doudous, couvertures ni tour de lit, que le bébé pourrait ramener à son visage, et qui, là encore, constitue un risque important d’étouffement.

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Par ailleurs, certains parents font dormir leur bébé sur le ventre, or les études montrent que la mortalité inattendue du nourrisson a réduit depuis les recommandations selon lesquelles il faut faire dormir le bébé sur le dos.

Passée la période cruciale des six premiers mois de vie, il est préférable de faire dormir le bébé dans sa propre chambre.

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C’est à cette période-là que ses rythmes de sommeil commencent à se mettre en place, avec des phases de sommeil plus léger, qui font que le bébé sera alors plus sensible au bruit et se réveillera plus facilement.

Ce carnet de santé 2018 permet également la mise en place d’une consultation qui n’existait pas auparavant. Laquelle ?

Jusqu’à présent, une consultation était prévue pour le bébé dans son premier mois de vie. Mais des recommandations de la Haute autorité de santé prescrivaient un rendez-vous bien plus précoce. C’est désormais le cas puisqu’il est prévu dans ce nouveau carnet de santé une consultation pédiatrique dans la deuxième semaine de vie (de 6 à 10 jours après la naissance), notamment justifiée par le fait qu’il y a de plus en plus de sorties précoces de la maternité. Or, le retour à la maison est une période de vulnérabilité de l’enfant et des parents, en particulier de la mère, qui du fait de l’éclatement des familles, peut parfois se retrouver isolée et un peu perdue. Cette consultation vise ainsi à accompagner les mamans, à les rassurer et répondre aux questions qu’elles peuvent se poser. Elle évite ainsi qu’elles aillent à la pêche aux (fausses) informations sur Internet, grande source de stress pour elles, et permet de repérer les situations de fragilité, comme des dépressions post-partum.

Cette consultation a également pour objet de repérer d’éventuelles pathologies chez le nourrisson : des maladies peuvent se développer dans les premiers jours de vie, une fois que la famille a quitté la maternité. Voir un pédiatre dans cette courte fenêtre permet de repérer d’éventuelles malformations pas encore détectables quelques jours plus tôt.

Enfin, cette consultation pédiatrique a aussi vocation à accompagner les mamans qui font le choix d’allaiter et qui ne savent pas toujours comment appréhender l’allaitement.