Cash enquête de nouveau sur les pesticides: La viticulture girondine pointée du doigt

SANTE Ce mardi à 22 h 35, un nouvel épisode de Cash Impact intitulée « Pesticides, notre santé en danger » a été diffusé sur France 2, deux ans après la première émission sur le sujet qui avait fait grand bruit en Gironde, l’un des départements les plus consommateurs de pesticides en France…

Elsa Provenzano

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A Bordeaux le 14 février 2016, marche blanche organisée contre les pesticides à l'appel de plusieurs associations et collectifs locaux.
A Bordeaux le 14 février 2016, marche blanche organisée contre les pesticides à l'appel de plusieurs associations et collectifs locaux. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Deux ans après sa première émission sur les pesticides, Cash Impact revient en Gironde pour voir ce qui a changé dans ce département viticole, très gourmand en traitements chimiques.
  • L’équipe de Cash Impact estime qu’il est toujours difficile de parler pesticides dans le Bordelais et qu’il reste beaucoup de chemin à faire.
  • Si certains viticulteurs réduisent leurs recours aux pesticides les plus dangereux, il n’y a pas de contrôle sur leurs traitements ni de transparence sur les types et quantité de molécules utilisés.

Il y a deux ans, après la diffusion d’une émission de Cash Investigation sur France 2 dédiée aux pesticides, utilisés en grande quantité dans la viticulture Bordelaise, une marche blanche réunissant plusieurs centaines de personnes avait été organisée dans les rues de Bordeaux.

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La population avait été secouée par les révélations sur les pratiques viticoles et la profession sommée de se positionner face à ce problème de santé publique. Cash Impact est retourné en Gironde pour voir si les choses avaient changé et a diffusé ce mardi « Pesticides, notre santé en danger » à 22 h 35 sur France 2. 20 Minutes a pu visionner l’enquête réalisée par Elizabeth Drevillon et présentée par Elise Lucet, en amont.

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Lors de sa première émission, l’équipe de Cash avait présenté une carte de la consommation des pesticides en France et la Gironde figurait en noir, parmi les départements les plus exposés. Elle ouvre sa seconde émission sur le sujet, en s’invitant dans une manifestation organisée par le collectif Info Médoc Pesticides à Listrac-Médoc réunissant 250 personnes qui demandent « justice pour les victimes des pesticides ». Dans le cortège, Sylvie Berger, une ancienne ouvrière viticole de 45 ans, qui a développé une maladie de Parkinson, reconnue maladie professionnelle en 2016. Elle raconte qu’elle a travaillé sur des parcelles qui venaient juste d’être traitées et a ressenti, avec d’autres salariés, des symptômes d’irritations assez marqués, avant que sa pathologie soit diagnostiquée.

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Impossible de ne pas traiter contre le mildiou en Bordelais

Guidée par le directeur de communication du conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), l’équipe rend visite à une viticultrice de Sauveterre qui explique qu’elle a eu « une prise de conscience » sur la nocivité des pesticides il y a 12 ans, alors qu’elle attendait un enfant. Elle a installé une station météo dans le but de réduire le plus possible les traitements de ses vignes mais elle le dit tout net : en Bordelais, il est impossible de se passer complètement de traitements contre le mildiou car cela mettrait les récoltes en péril. Interrogée sur les pesticides les plus toxiques, ceux qui sont cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR), elle répond que « l’homologation de produits » relève du rôle de l’État et pas de celui des viticulteurs.

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Le CIVB renvoie lui aussi la balle dans le camp du gouvernement. « À terme, on veut sortir complètement des pesticides, assure Allan Sichel, président de l’interprofession. Mais le CIVB n’a pas de missions de contrôles ». Interrogé, le ministre de l’agriculture Stéphane Travert assure également préparer « un plan de sortie des pesticides » alors qu’entre 2009 et 2016 l’équipe de Cash Impact parle d’une augmentation de 6 % des ventes de pesticides en France (68.000 tonnes ont été vendues en 2016).

Et les écoles situées près des vignes ?

Le collectif Info Médoc Pesticides et l’association Eva pour la vie ont commandé des analyses sur des poussières récoltées chez des riverains et dans une école du Médoc et les résultats montrent la présence de résidus de pesticides dont certains sont interdits depuis plusieurs années. « Il faut des mesures coercitives contre les tricheurs, a réagi Allan Sichel. La filière n’accepte pas les comportements illégaux ». Les mesures prises par arrêté préfectoral pour protéger les écoles proches des vignes (132 en Gironde) sont jugées dérisoires par Marie Lys Bibeyran, qui a créé le collectif Info Médoc Pesticides : « les filets n’empêchent pas l’air de circuler », ironise-t-elle devant l’école d’Arcins, dans le Médoc.

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Si des initiatives ont été engagées individuellement ou collectivement par des viticulteurs pour réduire l’usage des pesticides, l’enquête pointe qu’il n’y a pas de contrôle extérieur des pratiques. Et, les informations concernant les types et les quantités de molécules chimiques employés ne sont pas accessibles au public alors même que les autorités ont fait vœu de transparence. Cash conclut que les grands gagnants dans cette histoire sont les six grandes firmes qui fabriquent ces fongicides et herbicides et réalisent des profits colossaux.

L’équipe de Cash Impact regrette au passage le refus de Nicolas Hulot, ministre de l’écologie, d’intervenir dans l’émission. Nul doute qu’il aurait été interrogé sur son recul face à la sortie du glyphosate.