Fruits et légumes contaminés aux pesticides: Comment éviter de s’empoisonner?

ALIMENTATION Selon un rapport publié ce mardi par l'ONG Générations futures, les trois quarts des fruits et 41% des légumes que l'on trouve sur les étals français sont contaminés aux pesticides...

Anissa Boumediene

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Près de trois-quarts des fruits et 41% des légumes non bio portent des traces de pesticides quantifiables, les plus touchés étant le raisin et le céleri branche, selon un rapport publié mardi par l'ONG Générations futures.
Près de trois-quarts des fruits et 41% des légumes non bio portent des traces de pesticides quantifiables, les plus touchés étant le raisin et le céleri branche, selon un rapport publié mardi par l'ONG Générations futures. — POUZET/SIPA
  • Une majorité de fruits et légumes non bios vendus en France sont contaminés aux pesticides, selon un rapport publié ce mardi par l’ONG Générations futures.
  • Pour le toxicologue André Cicolella, président du Réseau environnement santé, la seule manière de se protéger des pesticides et de leurs effets est de passer au bio.
  • Selon lui, c’est surtout durant la grossesse et la petite enfance qu’il est primordial de se protéger contre les perturbateurs endocriniens.

« Mangez cinq fruits et légumes par jour » pour être en bonne santé. Vraiment ? Selon un rapport publié ce mardi par l’ONG Générations futures, près de  trois-quarts des fruits et 41 % des légumes non bios portent des traces de pesticides quantifiables. Parmi les produits frais les plus touchés, on retrouve le raisin et le céleri branche. L’association, qui milite contre les pesticides, se base sur des données de la Direction générale de la répression des fraudes (DGCCRF) sur la période 2012-2016 et a retenu 19 fruits et 33 légumes pour lesquels les échantillons étaient représentatifs. Faut-il paniquer ? Doit-on passer au bio ? Et quelles sont les alternatives si on n’en a pas les moyens ?

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« Ce n’est pas la dose qui fait le poison »

« Les termes de "résidus" et de "traces" ne veulent rien dire, commente André Cicolella, toxicologue, président et porte-parole du Réseau environnement santé (RES). Les pesticides ont un effet de perturbateurs endocriniens (PE). Or les PE ne fonctionnent pas selon un paradigme usuel : ce n’est pas la dose qui fait le poison. Il y a l’effet cocktail, avec une dose qui s’ajoute à d’autres doses, et une exposition au stade fœtal n’aura pas les mêmes effets qu’à l’âge adulte. »

Pour autant, « il n’est pas question de basculer dans l’alarmisme, rassure le toxicologue : on n’est pas dans le domaine du risque aigu. Mais il faut changer notre grille de lecture et éliminer les PE de notre environnement, comme nous avons su le faire avec l’interdiction des biberons contenant du Bisphénol A ».

De son côté, le gouvernement a prévu un plan d’action pour réduire les produits phytopharmaceutiques dans l’agriculture, après l’échec d’une première série de mesures. Des producteurs maraîchers et arboriculteurs veulent lancer de leur côté un label « zéro résidu de pesticides », différent du bio. Chaque produit devra présenter moins de 0,01 mg de pesticide au kilo. Pour Générations futures, cette solution n’est pas satisfaisante car « ces offres ne garantissent pas une absence d’utilisation de pesticides » et elles ne « suppriment pas les pollutions environnementales ».

« Passer au bio »

« Je ne m’occupe absolument pas de toutes ces informations plus ou moins vraies, qui se contredisent sans arrêt, relativise Thérèse. Je n’achète pas non plus de bio car je n’en ai pas les moyens, et je me porte très bien ! » Mais, s’il entend l’argument économique, « pour éviter au maximum les pesticides et leurs effets de perturbateurs endocriniens, il n’y a pas de mystère : il faut passer au bio, préconise le toxicologue André Cicolella, surtout durant la grossesse et la petite enfance, qui sont des périodes de vulnérabilité face aux PE. La protection des mamans et des enfants à naître représente ainsi un gain de santé considérable », insiste-t-il.

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Un conseil suivi par de nombreux lecteurs de 20 Minutes, qui sont passés au bio sans casser la tirelire. « Il y a des alternatives, le bio devient abordable, estime Séverine, une internaute. C’est souvent moins cher que toutes les cochonneries de plats industriels. C’est sûr, c’est plus de travail la cuisine maison mais au final on s’y retrouve. » Face à toutes les polémiques liées aux pesticides, Valérie a décidé elle aussi de changer ses habitudes, tout en préservant son budget. « Nous avons décidé de passer au bio », raconte celle qui fait ses courses dans les rayons bios de l’enseigne phare du hard-discount : « C’est parfait et sain. » Christian, lui, appelle à « prendre exemple sur les anciens », déplorant au passage le gaspillage alimentaire. « Mon père a toujours cultivé sans pesticides et pratiqué les cultures associées, pour favoriser la résistance aux maladies et attaques parasitaires. »

Pour Hélène, une lectrice qui « vi [t] en milieu rural avec pléthore de maraîchers et d’éleveurs bio, on ne paye pas tellement plus cher et on cuisine beaucoup au lieu d’acheter du tout prêt, même les produits laitiers. C’est à nous, consommateurs, de faire bouger les choses, pousser les grandes surfaces à s’adapter à ces nouvelles exigences ». Un point de vue partagé par le toxicologue André Cicolella : « Il ne s’agit pas de verser dans la communication anxiogène, mais de souligner que chaque consommateur peut agir et obtenir ainsi des résultats sur l’amélioration des produits qu’il consomme au quotidien. »