États généraux de la bioéthique: la PMA pour tous, à quel coût ?

DÉBATS Une rencontre citoyenne sur la procréation médicalement assistée (PMA) a eu lieu samedi à Rennes... 

B.C. avec AFP

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GPA, PMA, don d'ovocytes: D'un pays à l'autre, la législation diffère.
GPA, PMA, don d'ovocytes: D'un pays à l'autre, la législation diffère. — DURAND FLORENCE/SIPA

La Procréation médicalement assistée (PMA) pour tous, à quels coûts financier, social, humain et psychologique : telles ont été quelques-unes des questions soulevées samedi à Rennes lors d’une rencontre citoyenne dans le cadre des États généraux de la bioéthique. Devant un amphithéâtre bondé de 250 places, les réflexions souvent antagonistes, les doutes se sont exprimés dans une ambiance courtoise. L’intervenant est resté le plus souvent anonyme.

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Le débat avait été ouvert par trois experts, cadrant les aspects médicaux, juridiques et philosophiques de la PMA. La question de la « priorité » est revenue à plusieurs reprises : quand certains n’ont plus les moyens de se faire soigner, n’est-ce pas ça la priorité, a déclaré en substance un intervenant, pointant le coût élevé pour la collectivité des traitements de PMA.

« Ce qu’on nous propose de traiter, c’est le mal-être lié à un besoin d’enfant », a dit un autre. « Mais on peut mettre ce mal-être en parallèle avec celui des chômeurs, des agriculteurs et leurs nombreux suicides. (…) Au niveau d’une société, il faut choisir ses priorités. »

Des doutes et des craintes

La « marchandisation du corps » a également été évoquée. « Derrière les enjeux médicaux, il y a des enjeux financiers énormes » dont subissent le prix « les plus faibles » dans le monde, parfois aux mains de « réseaux mafieux », a insisté un homme.

Les questions de filiation et d’identité ont également été largement débattues, tant du côté de l’enfant que des donneurs de gamètes. Comment répondre à un enfant en quête de ses origines ? L’anonymat, prévu par la loi française, est-il la bonne solution alors que le développement de nouvelles technologies le fragilise, semblant permettre à un enfant de retrouver son géniteur des années plus tard ?

Un psychiatre à la retraite a aussi attiré l’attention sur les donneurs : « 10 % des donneurs ont ensuite des difficultés psychologiques, a-t-il assuré. ça posera aussi des problèmes aux propres enfants biologiques de celui qui a donné son sperme. »

Référendum ou temps de la réflexion

« Pour remédier à la souffrance que constitue le fait de ne pas avoir d’enfants, il ne faut pas risquer de créer d’autres souffrances » chez les enfants à naître par la PMA ou la GPA (gestation pour autrui), a estimé un intervenant.

Plusieurs voix ont demandé une pause afin de faire l’inventaire des progrès réalisés depuis près de 40 ans. « Le train va de plus en plus vite. Qui veut-on servir ? », s’est interrogé un homme « associatif et syndicaliste ».

Un scepticisme sur la finalité de ces États généraux voulus par le gouvernement s’est également exprimé. « Est-ce qu’il ne serait pas possible d’avoir un référendum ? », a demandé une femme.

Lancés en janvier, les États généraux de la bioéthique dureront 5 mois, avec des débats dans toute la France, autour de l’intelligence artificielle, la génétique ou les neurosciences.

Ces débats doivent permettre de faire remonter les avis exprimés au Comité consultatif national d’éthique (CCNE) pour son rapport censé éclairer les parlementaires.