Lyon : Un chagrin d’amour aussi douloureux qu’un infarctus? Des médecins décryptent le syndrome du cœur brisé

MEDECINE En cette semaine de Saint-Valentin, des médecins lyonnais nous expliquent à quoi ressemble le syndrome du cœur brisé, douloureux, mais bien moins grave qu'un infarctus...

Dylan Munoz

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Michèle Telle, victime du Tako-Tsubo, et Eric Bonnefoy Cudraz chef des urgences cardiologiques Louis-Pradel à Bron.
Michèle Telle, victime du Tako-Tsubo, et Eric Bonnefoy Cudraz chef des urgences cardiologiques Louis-Pradel à Bron. — Dylan Munoz
  • Le syndrome provoque une douleur thoracique qui laisse penser à un infarctus… mais c’est en réalité beaucoup moins grave.
  • À l’hôpital cardiologique de Bron, une cinquantaine de patients souffrant de cette pathologie sont accueillis chaque année.
  • En France, les femmes sont plus fréquemment touchées que les hommes.

La douleur thoracique qu’il provoque laisse penser à un infarctus mais il n’en est rien. Le syndrome du cœur brisé (Tako-Tsubo), découvert par les Japonais dans les années 90, toucherait 2,2 % de la population mondiale et ferait de plus en plus de victimes.

En cette semaine de Saint-Valentin, Eric Bonnefoy Cudraz, chef des urgences cardiologiques Louis-Pradel à Bron, près de Lyon, a souhaité expliquer cette pathologie, connue depuis une vingtaine d’années, mais descellée facilement seulement depuis cinq ans. Un syndrome sans grande gravité mais qui nécessite d’être pris en charge rapidement pour éviter toute complication.

Un choc émotionnel et une douleur violente dans le thorax

Michèle Telle, 66 ans, a été victime de ce syndrome du cœur brisé. « Pendant une fête de famille, une de mes filles qui vit en Australie est revenue pour me faire une surprise. J’ai sauté de joie. Puis, j’ai eu une douleur à la poitrine. Comme des couteaux plantés dans le dos », confie cette sexagénaire, qui fait partie des 50 patients accueillis chaque année pour cette pathologie à l’hôpital cardiologique. Sensation d’oppression, douleur thoracique, difficultés respiratoires. Cette dernière décide alors de se rendre aux urgences.

« Une émotion trop intense, une surprise ou un choc physique peuvent être le départ du phénomène », explique le professeur Bonnefoy Cudraz. Des explications corroborées par des études réalisées notamment aux Etats-Unis sur 1.750 patients de 1998 à 2014. Ces dernières ont confirmé qu’environ « 30 % des cas résultent d’une origine émotionnelle, le reste provenant d’un stress physique ».

Rupture, licenciement, bagarre…

Une déception amoureuse, un licenciement, une bagarre peuvent entraîner « une sidération ventriculaire. Une partie du cœur va s’arrêter. Le cerveau va alors donner une information au cœur qui déclenchera un phénomène de panique », ajoute le professeur. Le cœur va commencer à se contracter de manière anormale, le ventricule gauche va s’immobiliser et gonfler. Ce qui donne une forme particulière au muscle, celui du piège à poulpe (traduit par Tako-Tsubo en japonais). « Ce sont les 2/3 du cœur qui vont se mettre à dysfonctionner », précise Eric Bonnefoy Cudraz.

Michèle se souvient avoir eu aussi une vraie difficulté à respirer. « Pour moi, c’était un infarctus, rien d’autre ». Mais la différence est importante. L’infarctus se caractérise par « les artères coronaires qui se bouchent empêchant l’irrigation du sang dans le cœur ». Le syndrome du cœur brisé provient lui d’un « flux d’adrénaline et de noradrénaline dans le muscle de façon soudaine et violente. La partie du cœur qui s’arrête dispose de nombreux récepteur à l’adrénaline », raconte le professeur.

Les femmes de plus de 50 ans plus sujettes au cœur brisé

En France, « neuf femmes pour un homme en sont victimes » et dans 80 % des cas les patientes sont âgées de plus de 50 ans. Un détail étonnant car au Japon, ce sont les hommes qui souffrent le plus du syndrome du cœur brisé.

Selon les spécialistes, les femmes seraient davantage victimes de leurs émotions (rupture, licenciement, la fête surprise ou amour retrouvé). Les hommes sont le plus souvent touchés suite à des chocs physiques (agression, crise épileptique, accident…). « Les femmes sont peut-être plus sensibles que les hommes », plaisante le médecin.

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Une prise en charge de mieux en mieux adaptée

A l’hôpital de Bron, la maladie est de plus en plus diagnostiquée et la prise en charge des patients s’est clairement améliorée ces dernières années grâce aux avancées médicales. Avant, les médecins ne voyaient rien, en auscultant le malade, qui pouvait supposer un infarctus. Alors les patients étaient « rangés dans un groupe qu’on appelait « les infarctus à artère coronaires seines » », indique le spécialiste.

Depuis, la prise en charge est rodée. A son arrivée à l’hôpital cardio, Michèle a « tout de suite été examinée comme s’il s’agissait d’un infarctus ». « C’est une fois l’IRM passée et en voyant que les artères coronaires sont normales qu’on se penche sur un Tako-Tsubo », ajoute Eric Bonnefoy Cudraz. L’hypothèse de l’infarctus écartée, il faut simplement du repos.

Remis sur pied rapidement

« On peut donner de l’aspirine ou des bêtabloquants pour soutenir la restauration de la fonction cardiaque, mais on peut tout à fait guérir sans eux ». Généralement les personnes, souvent admises aux soins intensifs par mesure de précaution, se remettent sur pied en quinze jours. À condition, bien sûr, d’éviter toute situation de stress ou d’émotion intense.

Si le risque de rechute est assez faible, « des complications surviennent cependant dans 20 % des cas avec une chute brutale de la pression artérielle. Suivies, par exemple, d’œdème pulmonaire ou d’une arythmie cardiaque », conclut Eric Bonnefoy Cudraz. On estime qu’1 % des patients hospitalisés après un cœur brisé décèdent.