Strasbourg: Le salaire du directeur du centre Paul Strauss peut-il «jeter le discrédit sur la lutte contre le cancer»?

SANTE Après les révélations sur le salaire (de 300.000 euros par an) du nouveau directeur du centre Paul Strauss de Strasbourg, certains acteurs de ce domaine craignent de voir l'image de la lutte contre le cancer écornée...

Bruno Poussard

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Strasbourg: Le directeur du centre anti-cancer gagne 300.000 euros par an, oui mais «la ville est très chère» (Archives)
Strasbourg: Le directeur du centre anti-cancer gagne 300.000 euros par an, oui mais «la ville est très chère» (Archives) — G . VARELA / 20 MINUTES
  • Le Canard enchaîné a dévoilé la semaine passé le salaire de 26.000 euros par mois du nouveau directeur du centre Paul Strauss de Strasbourg.
  • Une somme qui serait largement supérieure à celle de ses prédécesseurs et qui fait craindre à certains pour l'image de la lutte contre le cancer.

Sans compter son indemnité logement, le nouveau directeur du centre de lutte contre le cancer Paul Strauss touche plus de 300.000 euros par an à Strasbourg. Soit 26.000 euros net par mois. C’est ce qu’a révélé mercredi 7 février Le Canard enchaîné, un peu moins de trois mois après la nomination de Xavier Pivot par la ministre de la Santé.

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Dans une lettre relayée par les Dernières Nouvelles d’Alsace, ce dernier s’est justifié par ses « quatre sources de rémunération » liées à ses activités de directeur du centre et du futur Institut régional du cancer, de praticien hospitalier et de professeur des universités. Des missions qui seraient pourtant identiques à celles de ses prédécesseurs, dont les salaires auraient été moindres.

Le salaire plus de deux fois moindre d’un prédécesseur

Après avoir sollicité le centre Paul Strauss, 20 Minutes n’a, à cette heure, pas obtenu de réponse de Xavier Pivot. Mais un directeur qui l’a précédé (entre 2014 et 2015) a accepté d’échanger. « Avec ces quatre activités, je percevais entre 11.000 et 12.000 euros par mois », précise Pascal Piedbois, désormais directeur du laboratoire pharmaceutique Boehringer Ingelheim en Belgique.

« Et ce n’est pas un mauvais salaire ! Il est supérieur à celui d’un professeur universitaire à la tête d’un service dans un hôpital. Auparavant, j’ai été chef de service d’oncologie médicale [de l’hôpital parisien Henri Mondor] et je recevais alors entre 8.000 et 9.000 euros par mois de l’Assistance publique des hôpitaux de Paris. »

Quand il travaillait en Alsace - qu’il a dû quitter pour des raisons personnelles -, Pascal Piedbois ajoute que sa famille vivait à Paris, mais qu’il n’a jamais eu de remboursement par ses employeurs de son loyer (de 900 euros pour un appartement de 85m2 à proximité de la cathédrale), ni de ses allers-retours en direction de la capitale.

Des révélations qui font grincer des dents

Avec moins de 150.000 euros par an, la somme perçue par Pascal Piedbois au centre Paul Strauss semble d’ailleurs dans la moyenne des salaires des directeurs de centres français du domaine. « Outre l’Institut Gustave Roussy qui a une stature internationale, ils sont à ma connaissance plutôt dans ces eaux-là », confirme l’ex-responsable.

C’est pour cela que le salaire - que l’Agence régionale de santé dans le Grand Est n’a pas souhaité commenter - de celui qui est l’ex-chef de pôle de cancérologie à l’hôpital régional de Besançon et l’ex-directeur médical de l’Institut régional fédératif du cancer de Franche Comté fait grincer des dents dans le milieu de la lutte contre le cancer.

Serait-ce son parcours qui justifierait un tel montant ? « C’est un collègue de valeur, reconnu pour le très bon travail qu’il a fait à Besançon, en tant que médecin et gestionnaire, répond Pascal Piedbois. Sa nomination à Strasbourg ne m’a surpris. Mais son parcours est un peu le même que tous ceux qui ont des fonctions similaires. »

« Des questions pas essentielles à la lutte contre le cancer »

En fait, ce dernier s’inquiète surtout pour la cause pour laquelle il s’est battu : « J’ai appris son salaire avec une part d’étonnement, mais je crains que ça jette un peu sur le discrédit sur la lutte contre le cancer, une préoccupation nationale pour laquelle de nombreuses personnes ont un dévouement quotidien. Y compris à Strasbourg. »

Au sein de l’association L'Alsace contre le cancer, les révélations ont animé de nombreuses discussions. « Avec l’écho médiatique de ce salaire démesuré, ça induit des questions qui ne sont pas essentielles à la lutte contre le cancer, regrette Pierre-Alain Mendler, le président. Les patients et ceux qui les aident passent au second plan. »

D’autant que le contexte ne serait en ce moment pas simple, avec le regroupement du centre Paul Strauss et du CHU de Strasbourg. « Le mariage n’est déjà pas facile à gérer, mais ces révélations pourraient encore compliquer le travail de M. Pivot », prévient le président de l’association qui effectue des dons de matériel aux deux organisations.