Elisabeth Revol, qui souffre de gelures, est prise en charge à l'hôpital de Sallanches (Haute-Savoie), spécialisé en médecine de montagne.
Elisabeth Revol, qui souffre de gelures, est prise en charge à l'hôpital de Sallanches (Haute-Savoie), spécialisé en médecine de montagne. — P. DESMAZES

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Hypothermie, gelures… Quelles sont les pathologies auxquelles s’exposent les alpinistes de l’extrême?

Elisabeth Revol, l'alpiniste française secourue dans l'Himalaya, est hospitalisée pour de graves gelures, l'une des nombreuses pathologies liées au froid et à l'altitude... 

  • Sauvée le week-end dernier dans l'Himalaya, l'alpiniste française Elisabeth Revol a été rapatriée en France mardi.
  • Depuis, elle est soignée pour des gelures dans un hôpital spécialisé de Haute-Savoie.
  • Comme tout sportif de l'extrême, elle encourrait des pathologies liées au froid et à l'altitude pouvant être mortelles. 
  • Le Dr Frédéric Champly, qui soigne la rescapée, revient sur ces maladies et leurs traitements.

L’aventure, le drame, le sauvetage, et désormais les soins. Depuis son retour en France, mardi soir, Elisabeth Revol, la « rescapée du Nanga Parbat », dans l’Himalaya, est prise en charge par les hôpitaux du Pays du Mont-Blanc, à Sallanches (Haute-Savoie). Dans cet établissement spécialisé en médecine de montagne, l’alpiniste drômoise de 37 ans est traitée pour de graves gelures aux deux mains et au pied gauche consécutives à son ascension du 9e plus haut sommet du monde. Mais cette sportive de l’extrême encourait d’autres pathologies liées au froid et à l’altitude.

De l’hypothermie à l’arrêt cardiaque

Chef du pôle urgence de l’hôpital de Sallanches, le Dr Frédéric Champly évoque en premier lieu l’hypothermie, ce refroidissement du corps qui peut être plus ou moins sévère. Trois stades la caractérisent : elle est jugée légère quand la température du corps se situe entre 35 °C et 32 °C, modérée quand elle est estimée entre 32 °C et 28 °C, et profonde lorsqu’elle descend en dessous de 28 °C. « La disparition des frissons, qui arrive en dessous de 32 °C, sert d’indicateur aux non-spécialistes, comme aux médecins, pour déterminer le degré de gravité de l’hypothermie », souligne Frédéric Champly. Lorsque cette dernière n’intervient pas brutalement, comme après une chute dans un lac gelé, le corps peut mettre en place des mécanismes d’acclimatation au froid. La personne sera « comme au ralenti, aura les yeux dilatés et tiendra des propos incohérents », précise-t-il. Ce sont les symptômes de troubles neurologiques pouvant aller jusqu’au coma.

Dans tous les cas, la prise en charge devra être faite par des spécialistes : l’hypothermie, à son stade le plus sévère, peut provoquer un arrêt cardiaque. Le problème, relève le spécialiste, c’est que « les thérapies classiques pour relancer le cœur, comme l’utilisation d’adrénaline, par exemple, ne fonctionnent pas immédiatement sur les patients hypothermes. Elles ne seront efficaces qu’une fois le sang réchauffé grâce à une circulation extra-corporelle ».

Un protocole de recherches européen

Elisabeth Revol, elle, souffre de gelures, soit « un refroidissement progressif et segmentaire des extrémités ». Elles apparaissent sur un terrain hypotherme : « Pour préserver ses organes nobles (cœur, poumons…), le corps ferme la circulation sanguine périphérique, celle au niveau des extrémités (mains et pieds). N’étant plus vascularisés, les tissus meurent », indique Frédéric Champly. Les médecins doivent alors privilégier le réchauffement du corps avant celui des parties gelées.

Dans le traitement des gelures, dont les plus graves peuvent mener à l’amputation, différents dispositifs existent. Depuis deux ans, les hôpitaux du Pays du Montblanc suivent avec les hôpitaux universitaires de Genève (Suisse) un protocole de recherches européen (Interreg SOS Gelures) visant à « évaluer l’intérêt de l’oxygénothérapie hyperbare dans la prise en charge des gelures sévères ». L’alpiniste française a pu être incluse dans ce programme de 20 places. Ainsi, chaque jour, « elle est véhiculée jusqu’à Genève pour suivre une séance de trois heures en caisson hyperbare », annonce le Dr Frédéric Champly.

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D’autres grands maux peuvent atteindre les alpinistes de haute montagne, comme l’hypoxie (un manque d’oxygénation lié à l’altitude), un œdème pulmonaire et/ou cérébral de haute altitude, le mal aigu des montagnes (qui se manifeste par des maux de tête, des vomissements, etc.). « Le seul traitement qui vaille est la redescente », insiste Frédéric Champly. Pour ce qui est des hallucinations provoquées par l’altitude, Elisabeth Revol, qui y avait toujours échappé, a confié à l’Agence France Presse en avoir été victime. Elle a en effet imaginé qu’on venait lui « apporter un thé chaud » et que, « pour remercier, il fallait donner une chaussure ». Elle passera le pied à l’air pendant cinq heures.

« Sa psychothérapie, elle la suivra en montagne »

Aujourd’hui, l’alpiniste doit récupérer, mais, lors dans son entretien avec l’AFP, elle reconnaissait avoir « besoin » de repartir en montagne. Un discours qui peut paraître étonnant pour le commun des mortels. La « montagne tueuse », comme est surnommé le Naga Parbat, a gardé avec elle son compagnon de cordée, le Polonais Tomek Mackiewicz. Or, en 2009, la grimpeuse avait déjà perdu en coéquipier, le Tchèque Martin Minarik, alors qu’elle descendait le massif de l’Annapurna (Népal). « Qu’on se le dise, ces grands alpinistes ont des profils psychologiques particuliers, insiste Frédéric Champly. Ils sont habités par une passion qui nous dépasse et n’ont pas la même approche de la mort que nous. » Le médecin, qui est en contact direct avec la rescapée, assure que « l’expérience traumatisante qu’elle a vécue l’affecte profondément ». Mais, il en est certain, « sa psychothérapie, elle la suivra en montagne ».