Cancer: Démêler le vrai du faux et tordre le cou aux idées reçues

SANTE A la veille de la journée mondiale de lutte contre le cancer, des médecins de l’Institut de Cancérologie des Hospices Civils de Lyon font le point sur les idées reçues. Et «20 Minutes» démêle le vrai du faux...

Caroline Girardon
— 
A la veille de la journée mondiale de lutte contre le cancer, 20 Minutes démêle le vrai du faux.
A la veille de la journée mondiale de lutte contre le cancer, 20 Minutes démêle le vrai du faux. — DURAND FLORENCE/SIPA
  • A la veille de la journée mondiale de lutte contre le cancer (4 février) «20 Minutes» tord le cou aux idées reçues, à l'aide de médecins de Lyon.
  • « On entend dire et on lit beaucoup de choses sur le cancer. Alors comment savoir ce que l’on peut croire ? », s'interrogent-ils.

« Jetez vos déodorants à la poubelle », « Ne mangez plus de viande rouge » ou « évitez le sucre pour ne pas avoir de cancer ». Pas facile de démêler aujourd’hui le vrai du faux tant les messages se multiplient.

À la veille de la Journée mondiale contre le cancer, qui se déroulera dimanche 4 février, les médecins de l’Institut de Cancérologie des Hospices civils de Lyon proposent de tordre le cou aux idées reçues au travers d’ un questionnaire mis en ligne sur le site internet du CHU de Lyon. « On entend dire et on lit beaucoup de choses sur le cancer. Alors comment savoir ce que l’on peut croire ? » énoncent-ils en préambule. 20 Minutes fait le tri et démêle le vrai du faux.

Les tumeurs sont toutes cancéreuses

FAUX. « Dans le cas du développement d’un cancer, il se produit une lésion au niveau d’un gène situé dans la cellule entraînant sa mutation. La cellule anormale se multiplie alors de manière anarchique pour donner naissance à des cellules identiques porteuses des mêmes anomalies : des cellules cancéreuses », expose Benoît You, cancérologue à l’hôpital Lyon-Sud. Ces dernières se multiplient pour former ensuite un amas appelé tumeur. Mais toutes les tumeurs ne sont pas cancéreuses.

Certaines sont bénignes et « peuvent être détruites en cours de croissance par les mécanismes du corps », poursuit l’oncologue. « Elles ne nécessitent pas forcément de traitement ». Les autres sont appelées tumeurs malignes. Ce sont les plus agressives. C’est à partir de là que l’on parle de cancer. « Les tumeurs malignes vont venir détruire les organes dans lesquels elles sont localisées. Elles peuvent ensuite circuler dans le sang pour muter ailleurs. »

On peut guérir définitivement d’un cancer.

VRAI. Même si le discours des oncologues est de dire qu’on ne guérit jamais d’un cancer car le risque de récidive ne peut pas être nul, dans les faits, certains patients ne rechutent jamais. « À l’échelle individuelle, il est difficile de dire à un patient qu’il est définitivement guéri », admet Claire Falandry, oncogériatre à Lyon-Sud. « Mais lorsque l’on regarde le taux de récidive à l’échelle de la population, on constate qu’il est limité, passé un certain délai ». En résumé, on parle de guérison lorsque plus aucun signe de maladie n’est détecté à l’issue d’une période de 5 ans (10 ans pour certains cancers) de suivi après la fin des traitements.

Aujourd’hui, un cancer sur deux se guérit, selon les médecins. Les meilleurs pronostics concernent les mélanomes, les cancers de la thyroïde, des reins, de la prostate mais aussi des ovaires, des glandes salivaires, du sein et de l’utérus. En revanche, les pronostics restent toujours mauvais lorsqu’il s’agit de cancer du poumon, du pancréas, du foie ou les Glioblastome (tumeur du cerveau). Dans ces cas-là, la survie du patient à cinq ans est aujourd’hui inférieure à 33 %.

Si ma mère et ma grand-mère ont eu un cancer du sein, j’en aurai forcément un

FAUX. « 90 % des cancers du sein ne sont pas liés à un mécanisme héréditaire. Ils surviennent au hasard », précise Benoît You. Même deux fois dans une même famille. Plus globalement, seuls à 5 à 10 % des cancers diagnostiqués résultent d’une prédisposition héréditaire.

Lorsque la même maladie frappe plusieurs personnes d’une même famille, le médecin peut proposer au patient de participer à une recherche de mutation génétique. Mais avoir le gène ne signifie pas forcément que l’on sera frappé d’un cancer. « Les statistiques font état d’un risque allant de 40 à 70 %, sur toute une vie, de développer un cancer », ajoute Marion Cortet, gynécologue.

L’utilisation de déodorants ou le port de soutien-gorge peut favoriser le cancer du sein

FAUX. Aucune preuve n’a pu être apportée permettant d’établir  un lien entre les deux. Des études réalisées auprès de souris avaient pourtant permis d’émettre des doutes. Mais « les études épidémiologiques menées chez l’homme, n’ont jamais montré de lien significatif entre l’utilisation de déodorants et l’apparition d’un cancer », assure formellement Benoît You. Même chose concernant l’utilisation de soutien-gorge, de boxer pour les hommes. « Ce sont des idées reçues totalement démenties aujourd’hui », conclut le professeur.

Certains régimes peuvent guérir le cancer

FAUX. Depuis quelques années, le jeûne et les régimes apparentés suscitent un réel engouement de la part du grand public. On entend dire qu’ils participent à la prévention de l’apparition d’un cancer ou aident le patient à mieux supporter leurs traitements. Mais là encore, les oncologues sont formels. « Il n’y a pas de preuves scientifiques », insiste Benoît You. Des études menées auprès des animaux ont montré des « résultats hétérogènes ». « Ils ne peuvent pas être extrapolés chez l’homme », poursuit le médecin.

Des études prospectives, qui consistent à étudier l’impact des régimes sur la modification des traitements et sur l’évolution de la maladie, n’ont pas permis de trancher. Sur les neuf déjà réalisées, quatre n’établissent aucun lien, trois laissent entrevoir le contraire et deux autres n’ont pas permis d’y voir plus clair.

En résumé, le chocolat, les sucres, les graisses et la viande rouge ne doivent pas être bannis de l’alimentation. Les jeûnes complets, les restrictions caloriques ou protéiques sont à proscrire. « Le danger avec ces régimes est d’engendrer une dénutrition », alerte Claire Falandry. « Les patients peuvent faire des infections, ce qui accélérera l’évolution du cancer. Au final, les régimes ont un effet contre-productif. » « L’essentiel est de manger équilibré et de manger de tout », ajoute Benoît You. Et de conclure : « Dans le cas contraire, la prise de poids peut en revanche induire un risque de rechute après un cancer. »

Le tabac est le premier facteur de risque évitable de cancer.

VRAI. Aujourd’hui le tabac est responsable de plus de 5 millions de morts par an. « Soit un décès toutes les six secondes », rappelle Benoît You. « En France, on déplore 73.000 décès par an liés au tabac. Soit autant que l’alcool, les accidents de la route, le sida, les suicides, les drogues et homicides réunis ». Le tabac engendre des cancers du poumon mais pas seulement. Il est également responsable des cancers de la gorge de certains cancers de la vessie. Il serait impliqué dans les cancers du foie, du colon, de l’ovaire et certaines leucémies. « En France, on considère que 54 % des hommes et 29 % des femmes qui décèdent d’un cancer meurent d’un cancer lié au tabac ».

Faire du sport permet de mieux lutter contre le cancer.

VRAI. « Durant de nombreuses années, on déconseillait aux malades de porter des choses lourdes ou de faire des efforts physique mais la pratique d’une activité physique permet de garder une bonne condition pour mieux supporter les traitements », explique Claire Falandry.

« Les patients ont tendance à arrêter le sport au début d’un traitement mais il ne faut pas », ajoute-t-elle. Au contraire, l’activité physique, que ce soit marcher ou monter des escaliers, allonge l’espérance de vie d’un malade et réduit le risque de récidive après la fin des traitements.

Participer à une étude clinique, c’est un peu accepter d’être un cobaye

FAUX. Longtemps perçu comme le « traitement de la dernière chance », l’essai clinique est aujourd’hui parfois préconisé en début de protocole. « Il doit être considéré comme une chance car il permet de bénéficier de médicaments qui n’ont pas les mêmes mécanismes d’actions que la chimio ou la radiothérapie », précise Benoît You.

« Il est souvent proposé en plus pour augmenter l’efficacité des traitements de référence. En aucun cas, cela signifie que le patient a moins de chance de s’en sortir », ajoute Marion Cortet, rappelant que les « essais cliniques sont encadrés et menés dans des conditions de sécurité strictes ».

On peut soigner le cancer avec des comprimés.

VRAI. Ils sont souvent plus confortables que les chimiothérapies administrées sous forme de perfusion, et mieux tolérer. D’ici 2020, les chimios sous formes de cachets représenteront probablement la moitié des traitements. « L’efficacité est la même », affirme Benoît You.

Chez le patient âgé, il y a moins d’urgence à traiter le patient.

FAUX. Là encore, l’idée qui consiste à croire que les personnes âgées développent un cancer plus lentement que les personnes jeunes, est erronée. « À dynamique de cancer équivalente, le retentissement sur l’organisme est plus important chez un patient âgé fragilisé par le vieillissement », explique Claire Falandry. D’autant que l’apparition de la maladie est souvent détectée plus tardivement. « Une personne âgée qui fait de l’anémie ou qui est constipée ne va pas penser immédiatement à un cancer. Son entourage non plus. Ni même le médecin traitant. Du coup, le diagnostic s’en trouve retardé. »