La pollution de l'air, un serial killer qui tue à petit feu

ENVIRONNEMENT Ce mardi, Nicolas Hulot était convoqué à Bruxelles car la France, comme huit autres pays de l'Union européenne, ne respecte par les limitations de la pollution de l'air...

Oihana Gabriel

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Face à un nouveau pic de pollution durable, Paris, Lyon ou encore Grenoble ont adopté des mesures de restrictions de circulation.
Face à un nouveau pic de pollution durable, Paris, Lyon ou encore Grenoble ont adopté des mesures de restrictions de circulation. — P. DESMAZES / AFP
  • On parle souvent de 400.000 à 500.000 morts dus à la pollution atmosphérique en Europe, mais quels sont les chiffres pour la France ?
  • Les particules fines, inférieures à 2,5 microns, concentrent les préoccupations des chercheurs quant à leur impact sur la santé.
  • Si la pollution atmosphérique est responsable de milliers de morts, elle pourrait aussi avoir des effets sur l’autisme, le diabète…

Dernière chance pour les cancres. La Commission européenne convoque ce mardi un sommet à Bruxelles réunissant les ministres de l’Environnement de neuf pays, dont la France, qui fait partie des mauvais élèves de l’Union européenne sur la question de la pollution de l’air.

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La France a pourtant été prévenue : la première mise en demeure de la Commission pour cause de non-respect des limitations date de 2009… « Depuis des années la France est rappelée à l’ordre parce qu’elle ne respecte pas la réglementation européenne sur la pollution atmosphérique, analyse Rémy Slama, chercheur à l'Inserm, responsable de l’équipe « Epidémiologie environnementale appliquée à la reproduction et à la santé respiratoire ». Mais en réalité, cette limitation est peu protectrice : les valeurs limites sont 2,5 fois celles recommandées par l’Organisation mondiale de la Santé ! »

Près de 488.000 morts dans l'Union européenne

Et pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes. La pollution de l’air serait ainsi responsable selon les dernières études de 3,2 millions de morts prématurées par an...

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L’Union européenne paie un lourd tribut : 487.600 citoyens décèdent chaque année pour cause de pollution atmosphérique selon le rapport 2017 de l’Agence européenne de l’environnement (AEE).
Et pour la France ? Elle serait le cinquième pays le plus touché par cette mortalité. « En général, on dit que 48.000 décès en France sont attribuables à la pollution aux particules fines, répond Rémy Slama. Plusieurs polluants ont un effet sanitaire : dioxyde d'azote, dioxyde de soufre... Mais ce sont les particules fines qui représentent le polluant le plus préoccupant. »

Ce qui se cache derrière ce chiffre

Comment arrive-t-on à ce chiffre de 48.000 décès ? "Ces particules fines quand elles entrent dans l’organisme créent une inflammation et un stress oxydatif à l’origine de nombreuses maladies : cancer, pathologies cardio-vasculaires et respiratoires, reprend Rémy Slama. Les 4/5 des décès causés par la pollution sont liés à des pathologies cardio-vasculaires. » 

Car ces particules fines, de différentes tailles (de 0 à 2,5 microns) « pénètrent dans les voies aériennes, arrivent aux poumons et comme elles sont très fines, franchissent la barrière des alvéoles et se retrouvent dans le sang, explique Isabella Annesi-Maesano, chercheuse à l’Inserm et enseignante à l’Université de La Sorbonne. Et de ce fait arrivent au coeur, au cerveau. Donc elles peuvent provoquer des AVC en plus des pathologies respiratoires ».

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Mais au-delà de ce nombre de décès, il y a toute une série d’effets néfastes sur la santé qui sont à l’étude… et ne peuvent donc pas être comptabilisés… « Il y a aussi des effets de morbidité, ces pathologies non mortelles, qui sont pour le moment moins bien établis : un impact sur le diabète, sur le développement de l’autisme, sur la croissance du fœtus », complète Rémy Slama.

« La pollution est un tueur qui ne s’attaque pas qu’aux faibles, on fait tous partie de cette population sensible. »

« C’est l’exposition chronique qui tue »

Les populations les plus fragiles sont les nourrissons, les personnes âgées, les patients immunodéprimés, asthmatiques, cardiaques… « Il est clair qu’une personne qui a des problèmes cardio-vasculaires doit être particulièrement surveillée ou prudente lors d’un pic de pollution, reprend le chercheur de l’Inserm. On parle souvent des populations vulnérables, mais ces effets sanitaires concernent tous les âges ! Le drame, c’est que la pollution a aussi des effets sur le long terme et concerne des personnes en bonne santé, non fumeuses, qui ne présentent pas de facteur de risque et peuvent à long terme développer un cancer du poumon du simple fait qu’ils vivent à Paris à Lyon. La pollution est un tueur qui ne s’attaque pas qu’aux faibles, on fait tous partie de cette population sensible. »

« D’autant que les pics concentrent l’attention, mais c’est l’exposition chronique qui tue », renchérit sa collègue de l’Inserm. Mauvaise nouvelle : s’installer au milieu des champs n’est pas la solution ultime. Selon une étude de Santé Publique France de 2016 si votre espérance de vie est plus réduite dans les grosses villes polluées (en moyenne, une perte de 15 mois d’espérance de vie à 30 ans), à la campagne, les citoyens perdent tout de même 9 mois d’espérance de vie à cause de ces fameuses particules fines.

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Pour Rémy Slama, il y a donc urgence : « La pollution atmosphérique est un des tueurs majeurs de notre environnement avec le tabac (de 70.000 à 80.000 morts par an) et l’alcool (de 40.000 à 50.000 décès). En France, il y a une progressive amélioration de la qualité de l’air de quelques pourcentages par an, mais qui reste insuffisante pour diminuer rapidement ce risque sanitaire. C’est un véritable fardeau pour la population actuelle en termes de décès, mais aussi de coût pour la société : autour 100 milliards par an. Comme si on payait un impôt de plusieurs milliers d’euros pour chaque foyer ! »