VIDEO. Journée mondiale contre le cancer: Cinq conseils pour ménager sa reprise du travail après la maladie

CANCER A l'occasion de la Journée mondiale contre le cancer, dimanche 4 février, deux spécialistes livrent leurs suggestions pour reprendre son emploi sans s'angoisser...

Oihana Gabriel

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Comment préparer sa reprise au travail après un long congé maladie? Plusieurs spécialistes livrent leurs conseils.
Comment préparer sa reprise au travail après un long congé maladie? Plusieurs spécialistes livrent leurs conseils. — Pixabay
  • De plus en plus de personnes reprennent un emploi après avoir traversé l’épreuve du cancer.
  • Mais le maladie restant tabou dans le monde de l’entreprise, ce retour angoisse souvent.
  • Communiquer, anticiper, reprendre confiance en soi : deux spécialistes proposent quelques pistes pour faciliter sa reprise.

« Mon manager était prévenu que j’avais un cancer du sein un quart d’heure après mon mari ! ». Anne-Sophie Tuszynski, ancienne patiente, a décidé de faire partager son expertise de la maladie et de l’entreprise avec son association cancer@work. Chaque jour, 1.000 personnes découvrent qu’elles souffrent d’un cancer. Grâce aux progrès thérapeutiques, de plus en plus de patients retrouveront un emploi après les traitements.

Mais après trois, six, douze mois d’absence, retrouver l’open space bruyant, le rythme harassant, les réunions interminables donnent souvent des cauchemars. A l'occason de la Journée mondiale contre le cancer, 20 Minutes a demandé quelques conseils à Anne-Sophie Tuszynski, auteure de Cancer et travail, J’ai (re) trouvé ma place !* et à Géraldine Magnier, qui vient de publier Après la maladie, le travail** pour reprendre le chemin du bureau avec sérénité.

1. Anticiper

Préambule nécessaire : chaque situation reste unique, il n’y aura donc pas de recette magique généralisable dans cet article, mais quelques pistes à adapter. La reprise ne s’organise pas la semaine précédente, mais tout au long de la maladie. Des questions concrètes vont se poser : dans quelles conditions reprendre ? « Plusieurs dispositifs sont à explorer : le mi-temps thérapeutique, qui peut être progressif, souligne l’experte du cancer au travail. Mais aussi la reconnaissance de travailleur handicapé pour avoir des aménagements de postes et d’horaires, qui est peu mobilisé. »

Pour calmer les angoisses, Géraldine Magnier conseille de visualiser étape par étape le jour J. En amont, « on peut voir le médecin traitant pour faire le point, organiser une visite de pré-reprise avec le médecin du travail, questionner d’autres anciens malades. » Anne-Sophie Tuszynski propose justement une hotline gratuite, Allo Alex (08.00.40.03.10), d’anciens patients formés et soutenus par des avocats, DRH, assistante sociale répondent aux questions des patients mais aussi des employeurs.

Illustration de Allo Alex, une hotline gratuite pour avoir des informations sur cancer et travail.
Illustration de Allo Alex, une hotline gratuite pour avoir des informations sur cancer et travail. - cancer@work

 

2. Revenir quand on est prêt...

Pas évident de savoir si on tiendra le coup. Car pour certains, les traitements sont encore d’actualité et les effets secondaires se font toujours sentir. C’est pourquoi Géraldine Magnier insiste sur le temps de la réflexion, quand c’est possible, pour « savoir si on est physiquement, mais aussi psychologiquement prêt. Juste après la fin des traitements, il peut y avoir un trou d’air. Souvent l’annonce de la maladie, c’est un gros coup de bambou. Ensuite on est embarqué dans un cycle de soins. Les personnes se posent des questions à la fin des traitements. Il vaut mieux attendre de passer cette période qui est normale, pas automatique, avant de retrouver son emploi. Chacun connaît son corps et doit être acteur de ce choix. »

D’autant que ce corps a pu changer. Reprendre confiance en soi, accepter ses cheveux courts, les quelques kilos en trop ou perdus est donc une étape importante pour pouvoir affronter le regard des collègues, des clients…

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3… Et être patient

« Il faut bien avoir en tête que l’enjeu, ce n’est pas la première semaine, mais la première année, voire plus, martèle Géraldine Magnier. Le premier jour, en général ils sont bien accueillis. Mais l’employeur ne comprend pas toujours pourquoi six mois après, la personne n’est pas aussi performante qu’avant. Il faut faire le point régulièrement avec le médecin du travail, les RH, le management. »

« Les psychologues expliquent que les décompensations psychiques liées à un surinvestissement interviennent un an ou deux après la fin des traitements, renchérit la créatrice de cancer@work qui étudie la question depuis six ans. Ce n’est pas un sprint, mais un marathon. »

4. Communiquer et trouver des alliés parmi les collègues

La coach propose de préparer le discours qu’on tiendra aux collègues. Car on n’a pas forcément envie de rentrer dans des détails douloureux, mais taire sa fatigue n’est pas forcément une stratégie gagnante. « Il n’y a aucune obligation légale de dire quoi que ce soit aux collègues, rappelle-t-elle. Mais pour couper court aux messes basses, mieux vaut avoir un discours préparé et commun à tout le monde. Pour éviter aussi des jalousies. » Car de petits aménagements, par exemple avoir une place de parking pour éviter des transports épuisants facilitent la reprise. Mais peuvent être vus comme un traitement de faveur.

Mais quand les choses sont claires, la reprise peut se faire en douceur. Surtout quand on peut compter sur quelques alliés, une RH bienveillante, un médecin du travail à l’écoute ou quelques collègues qui vont relire un dossier par exemple. « D’autant que les proches sont souvent là pendant la maladie, mais au moment du retour au travail, ils ont l’impression que c’est terminé et ont envie de passer à autre chose », analyse Géraldine Magnier.

5. Définir un parcours de réinsertion

Côté hiérarchie, le dialogue est aussi fondamental. « Si on maintient le lien pendant toute la durée de l’absence, votre chef saura où vous en êtes et vous saurez où en est l’entreprise, résume l’ancienne patiente devenue experte. Avant le retour, le patient, sa hiérarchie, les RH doivent évaluer les besoins et construire ensemble un parcours de réinsertion, fixer un calendrier avec des points d’étapes. »

Mais communication veut dire aussi exprimer ses besoins et ses limites. « Il faut être très clair avec le manager : mi-temps, c’est mi-tâche ! Faites l’inventaire de ce qui a changé…. Et de ce qui est comme avant, ça vous rassurera ! Vous pouvez prendre rendez-vous avec les personnes clefs qui vous briefent sur un dossier en cours, vous forment sur un logiciel, vous expliquent une nouvelle organisation. Comme pour une personne nouvelle dans l’équipe. L’entreprise, c’est un TGV lancé à 100 km/h et la personne doit remonter à bord. »

Mais Anne-Sophie, qui a réussi à reprendre le train en route, se veut optimiste : « J’ai croisé des personnes qui ont eu des expériences parfois douloureuses, mais aussi vu des situations où ça s’est bien passé. Je suis par exemple intervenu dans une entreprise à Bordeaux, c’était le meilleur séminaire de team building selon eux ! »

* Cancer et travail, J'ai (re)trouvé ma place ! Comment trouver la vôtre ?, Eyrolles, février 2017, 20 €.

** Après la maladie, le travail, Enrick B Editions, janvier 2018, 12,95 €.