Quelles précautions prendre pour éviter le choc toxique lié aux règles?

FEMMES Le bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) publié ce mardi s’est penché sur cinq cas de syndrome de choc toxique en Pays de la Loire...

Oihana Gabriel

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Illustration d'un tampon hygiénique.
Illustration d'un tampon hygiénique. — Pixabay
  • Une étude de Santé Publique France s’intéresse à cinq jeunes patientes qui ont souffert d’un syndrome du choc toxique.
  • Certaines avaient porté un tampon toute la nuit, alors que les spécialistes conseillent de changer toutes les quatre à huit heures.
  • Comment expliquer cette maladie ? Comment s’en prémunir ? Quels signes doivent alerter ? « 20 Minutes » fait le tour des principales questions.

C’est une maladie rare… qui fait froid dans le dos. Car un simple tampon peut vous envoyer aux urgences… Depuis quelques années, on entend parler du syndrome du choc toxique lié aux règles, notamment avec des témoignages effrayants  comme cette mannequin américaine qui a récemment dévoilé qu’elle allait perdre sa deuxième jambe à cause de cette maladie.

Le dernier bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de  Santé publique France, publié ce mardi, s’est intéressé à cinq jeunes filles de 12 à 21 ans hospitalisées en réanimation après un syndrome de choc toxique en Pays de la Loire en 2013 et 2016 pour tenter de tirer quelques enseignements sur cette maladie méconnue.

Une vingtaine de cas par an

Avec cette étude officielle, « cela montre bien que cette maladie existe toujours, même si elle était plus ou moins occultée, rappelle Gérard Lina, médecin au Centre national de référence des staphylocoques. Il y a eu une épidémie de ce syndrome du choc toxique lié aux règles (SCT) dans les années 1980 aux Etats-Unis avec un tampon particulier, nommé Rely, qui avait une composition nouvelle. Quand on a interdit la commercialisation de ce tampon, tout le monde pensait que cette maladie allait disparaître. Or, la suppression de ce tampon a provoqué une diminution importante du nombre de cas, mais pas sa disparition. »

De cinq patientes en 2004, la France est passée à 24 cas déclarés en 2017 en France. « Il y a une évolution, certes, mais on ne sait pas si c’est parce qu’il y a davantage de cas ou parce que cette maladie est mieux connue et donc surveillée, nuance le Pr Lina. Mais cette maladie reste exceptionnelle. » En revanche, ses conséquences peuvent s’avérer dramatiques : décès au pire, nécrose des extrémités et des séquelles moins visibles comme des atteintes cardiaques, au rein et même du cerveau. Les cinq jeunes filles, rapidement prises en charge en Pays de la Loire, vont bien.

Une infection liée à une toxine dans le corps… et non dans le tampon

« Le choc toxique lié aux règles est une maladie infectieuse liée à une toxine, qui ne se trouve pas dans le tampon, mais qui est produite par une bactérie, le staphylocoque doré, insiste le Dr Lina. Quand on utilise une protection hygiénique intravaginale, tampon ou coupe menstruelle, le sang reste coincé et sert de milieu de culture au staphylocoque doré, qui va se multiplier. Quand il arrive à une certaine concentration, il se met à produire la toxine du choc toxique staphylococcique. Elle a la capacité de passer à travers la paroi du vagin et créer une inflammation dans le sang. »

>> A lire aussi : Choc toxique lié aux règles: Pas de lien avec la composition des tampons 

Une mauvaise utilisation des tampons

Pourquoi ces cinq jeunes filles sont-elles tombées malades ? « L’investigation menée auprès des jeunes filles a mis en évidence une mauvaise utilisation de ces tampons », révèle cette étude. Certaines portaient un tampon une nuit entière alors qu’on conseille en général d’en changer toutes les quatre à huit heures. « La cinquième patiente en revanche, a eu ce choc toxique en portant un tampon pendant une durée normale, selon ses dires », explique Bruno Hubert, médecin et responsable d’une antenne régionale de Santé Publique France qui a conduit l’étude.

Autre information : ces patientes présentent un risque accru de récidive. « Leurs analyses sanguines ont révélé qu’elles n’avaient pas d’anticorps contre cette toxine », poursuit Bruno Hubert. Une information intéressante : 90 % des femmes ont naturellement des anticorps à cette toxine. Et le Dr Lina mène une étude pour voir si le microbiote vaginal pourrait expliquer pourquoi certaines femmes sont immunisées et pas d’autres.

Quelques précautions à prendre

Puisque ce n’est pas la composition du tampon qui est en cause, mais son mésusage, Santé Publique France rappelle quels sont les bons réflexes à avoir. D’abord, « on lit rarement les précautions d’emploi sur la notice », regrette le Dr Hubert, mais c’est utile. Notamment pour savoir combien de temps on peut garder tampon ou coupe menstruelle: pas plus de huit heures, donc éviter d'en porter la nuit. « On s’est rendu compte qu’une des jeunes filles portait un tampon avant ses règles, ce qui est déconseillé», reprend-il.

Enfin quelques mesures d’hygiène basiques : « il ne suffit pas de se laver les mains après avoir mis le tampon, mais il faut le faire avant. Car on peut avoir des bactéries sur la peau, notamment des staphylocoques dorés, qui sont souvent nombreux au niveau du nez. »

Comment reconnaître le choc toxique ?

Des rappels d’usage d’autant plus importants que reconnaître ce choc toxique n’est pas évident. « Les signes cliniques ne sont absolument pas gynécologiques, ce qui est un peu piège ! reconnaît le Pr Lina. Les premiers symptômes ressemblent soit à une gastro, soit à un syndrome grippal. Donc le premier réflexe à avoir si vous avez ces signaux, c’est de retirer votre tampon. Et de consulter si les symptômes persistent. Et le signe clinique qui ne trompe pas, c’est la survenue d’une éruption cutanée, la patiente devient toute rouge comme si elle avait un énorme coup de soleil. »

>> A lire aussi : Règles: Cinq idées pour échapper aux tampons toxiques