Santé: Les coraux, un espoir pour soigner des cancers incurables

CANCER Les puissantes molécules produites par les coraux pour se défendre pourraient tuer des tumeurs cancéreuses…

Mathilde Ceilles

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Des coraux. Illustration.
Des coraux. Illustration. — Marcel Mochet / AFP
  • Les coraux produisent des toxines nocives
  • Ces toxines intéressent les scientifiques
  • A Marseille, une société tente de les transformer en médicament contre certains cancers

En France, chaque année, près de 150.000 personnes décèdent des suites d’un cancer. Pour certains malades, atteints de cancers orphelins incurables, l’état de santé se dégrade en quelques mois. La médecine n’est en effet pas en mesure de fournir, pour l’heure, un traitement suffisamment fort pour leur faire espérer, un jour, une rémission.

Et si la solution pour aider ces personnes dans leur combat contre la maladie était… sous l’eau ? Depuis plusieurs années, les scientifiques s’intéressent en effet de près aux coraux, qui, derrière leurs milliers d’années d’existence, pourraient devenir d’ici plusieurs années de véritables médicaments en puissance.

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Des toxines nocives comme du poison

En effet, afin de se protéger des prédateurs, les coraux produisent des toxines nocives, dont l’effet s’apparente au poison. « Un animal quelconque, quand il est agressé, il fuit ou il se cache, analyse le professeur Denis Allemand, directeur du centre scientifique de Monaco et spécialiste de la question. Les coraux ne pouvant pas se cacher, ils ont développé d’autres systèmes de défense. »

De nombreux coraux sont cultivés dans un laboratoire marseillais, notamment à des fins médicales
De nombreux coraux sont cultivés dans un laboratoire marseillais, notamment à des fins médicales - Mathilde Ceilles / 20 Minutes

Or, la société marseillaise Coral Biome travaille actuellement à transformer la molécule produite par une espèce de corail bien précise en un traitement médicamenteux contre des cancers incurables à l’heure actuelle.

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Une rémission complète sur les animaux testés

« Cette toxine est connue depuis les années soixante, analyse Sandrine Courtès, associée de Coral Biome et directrice scientifique. On savait que c’était un poison, ou un anticancéreux qui s’attaquait aux cellules malades, mais elle était aussi toxique pour le reste de l’organisme. » La start-up marseillaise, qui cultive plusieurs espèces de coraux dans cinq bassins, a réalisé différents tests en laboratoire, dont les premiers résultats sont encourageants.

Les Marseillais prélèvent la molécule sur le corail cultivé par la structure, qui est ensuite diluée et injectée en infime quantité chez des animaux atteints de cancers incurables. Résultat : 75 % de ces mêmes animaux sont en rémission complète. La tumeur cancéreuse a tout simplement disparu. « On a aussi prélevé des tumeurs chez des humains, et, en culture, après avoir introduit la molécule, la tumeur est désintégrée », ajoute Frédéric Gault, cofondateur de la société.

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Le corail, un futur médicament ?

La jeune pousse marseillaise lance donc une levée de fonds de 5,5 millions d’euros, afin de procéder aux phases précliniques ​et envisager, un jour, un test sur l’homme. « Ce ne sera toutefois pas avant fin 2021, début 2022, si les résultats sont concluants », tempère Sandrine Courtès.

Les coraux ne seraient pas seulement d’intéressants anticancéreux. Récemment, le centre scientifique de Monaco a déposé un brevet, démontrant le potentiel du corail en cosmétologie. « Certaines molécules peuvent protéger la peau contre les agressions UV, explique le professeur Allemand. Les coraux pourraient également être utilisés pour diminuer le risque de rejet après une transplantation d’organes. Des chercheurs américains ont même indiqué avoir découvert un moyen d’utiliser le corail dans le traitement contre le sida.