Epidémie de grippe: «Cette année, le virus est très sévère et touche des patients plus jeunes»

INTERVIEW Alors que la France connaît actuellement une épidémie de grippe sur l’ensemble du territoire, le virus aurait déjà causé plus de 70 morts ces dernières semaines…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Illustration d'un bébé en train de se faire vacciner.
Illustration d'un bébé en train de se faire vacciner. — P.VERDY / AFP
  • L’ensemble du territoire est touché par l’épidémie de grippe qui sévit actuellement.
  • Le virus aurait pour l’heure coûté la vie à plus de 70 personnes.
  • Ce vendredi, un enfant de 9 ans est décédé des suites de la grippe.

La grippe est-elle particulièrement virulente cette année ? L’épidémie qui sévit actuellement tue cet hiver des patients plus jeunes que d’habitude, selon les dernières données publiées par Santé publique France. « Un excès de mortalité toutes causes est observé chez les 15-64 ans », décrit l’agence sanitaire dans son bulletin de surveillance hebdomadaire. Alors que les plus de 14.000 morts « attribuables à la grippe » de 2016-2017 étaient à 91 % âgés de 75 ans et plus, la répartition des décès parmi les « cas graves » observés depuis le 1er novembre est différente. « Parmi les cas admis en réanimation, 70 sont décédés : trois étaient âgés de moins de cinq ans, 29 de 15 à 64 ans et 38 de 65 ans et plus », a souligné Santé publique France.

Ce vendredi, à Lourdes, un petit garçon de 9 ans a succombé à la grippe. « Le système immunitaire des plus jeunes n’a pas beaucoup été exposé à la souche H1N1 du virus, qui circule majoritairement en ce moment », explique Vincent Enouf, virologue et directeur adjoint du Centre National de référence de la grippe à l’Institut Pasteur.

Le virus de la grippe est-il particulièrement virulent cette année ?

Chaque année, la grippe touche principalement les personnes les plus vulnérables, en particulier les plus âgées : les plus de 75 ans représentent ainsi plus de 90 % des 14.000 morts « attribuables à la grippe » durant l’hiver dernier.

Ce que l’on peut affirmer, c’est que la souche du virus de la grippe qui circule le plus cette année, le virus H1N1, du groupe A, a la particularité d’être très sévère, et touche des patients plus jeunes qu’à l’accoutumée. Ainsi, on observe cette année que le virus touche davantage d’enfants et de jeunes adultes en bonne santé.

Et la sévérité de cette souche se vérifie : c’est exactement le même virus qui a sévi à l’hiver 2009 et à l’époque, on avait également pu observer parmi les cas les plus graves que, si beaucoup de personnes âgées avaient été infectées par la grippe, le virus avait cette année-là touché plus d’enfants, d’adolescents et d’adultes en bonne santé : quelque chose dans ce virus H1N1 peut provoquer des réactions graves.

Un enfant de 9 ans est décédé des suites de la grippe ce vendredi à Lourdes. Comment expliquer qu’un enfant ou un jeune en bonne santé puisse mourir de ce virus ?

On ignore pour l’heure les causes exactes de la mort de cet enfant, s’il avait ou non d’autres problèmes de santé. Chez les personnes fragiles (âgées, immunodéprimées, etc.) ou souffrant d’une maladie chronique (diabète, insuffisance respiratoire ou obésité morbide), la grippe peut entraîner de graves complications, qui peuvent être mortelles.

Mais on sait par ailleurs que le système immunitaire des plus jeunes n’a pas beaucoup été exposé à la souche H1N1 du virus de la grippe, or la couverture vaccinale contre ce virus est moins bonne. Dans les cas les plus graves, la grippe peut mener à des maladies méningées, de type encéphalite, ou altérer la capacité respiratoire. En 2009, durant l’épidémie de grippe H1N1, c’est l’une des premières fois où l’on a vu mourir de jeunes personnes en bonne santé être emportées par ce virus très rapidement, en deux ou trois jours.

Pourquoi la grippe touche-t-elle encore aujourd’hui autant de patients ?

C’est directement le fait d’une couverture vaccinale insuffisante, qui ainsi ne parvient pas à former une barrière collective contre la propagation du virus. De gros progrès restent à faire sur ce terrain : aujourd’hui, chez les personnes à risques, pour qui l’injection est d’ailleurs prise en charge à 100 %, la couverture vaccinale n’est que de 46 %.

Et il ne faut pas oublier que la vaccination des femmes enceintes contre la grippe les protège contre le virus, mais protège également leur enfant à naître : un bébé ne peut pas être vacciné avant l’âge de six mois. Vaccinée durant la grossesse, la mère lui transmet ses anticorps contre la maladie.

Pour une protection optimale, il faut une vaccination massive au début de la saison, bien en amont de l’épidémie.

Est-ce à dire qu’il est trop tard aujourd’hui pour se faire vacciner contre la grippe ?

C’est difficile à dire. Ce qui est sûr, alors que le vaccin est particulièrement efficace cette année contre les souches du virus qui circulent, plus on attend pour le faire, plus on s’expose au risque de contracter la grippe. D’autant qu’à partir de l’injection, il faut 15 jours à l’organisme pour fabriquer les anticorps contre le virus.

En revanche, il faut rester vigilant sur les mesures d’hygiène pour enrayer la propagation du virus : lavage des mains et utilisation de mouchoirs à usage unique sont de rigueur.

Parmi les sceptiques face au vaccin contre la grippe, nombreux sont ceux qui avancent le fait qu’ils ont contracté le virus l’année où ils se sont fait vacciner. Est-ce possible ?

Tout d’abord, cela dépend du moment auquel ils ont été vaccinés : s’ils ont reçu l’injection en plein pic épidémique, il y a un risque accru de contracter la grippe entre ce moment et celui où le corps a eu le temps de produire les anticorps nécessaires à la protection de l’organisme contre le virus. Le meilleur réflexe est de se faire vacciner dès le lancement de la campagne saisonnière de vaccination, pas d’attendre que l’épidémie soit déjà déclarée.

Mais surtout, parmi ceux qui déclarent avoir eu la grippe malgré le vaccin, beaucoup pensent à tort l'avoir contractée. Il va souvent s’agir d’un autre virus respiratoire, qui a une « symptomatologie grippale » certes, mais qui n’est pas nécessairement la grippe.