Laits infantiles contaminés: Pourquoi le problème n’a-t-il pas été détecté à temps?

ALIMENTATION L’usine Lactalis incriminée est à l’arrêt depuis deux semaines…

Nicolas Raffin

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L'usine Lactalis de Craon (Mayenne).
L'usine Lactalis de Craon (Mayenne). — David Vincent/AP/SIPA
  • Une trentaine de bébés ont été intoxiqués par des salmonelles.
  • L’usine Lactalis de Craon  (Mayenne) semble être à l’origine de la contamination.
  • Les tests effectués depuis le début de l’année sur les produits finis n’avaient décelé aucun problème.

Comment des salmonelles ont-elles pu se retrouver, sans être détectées, dans des laits destinés aux bébés ? C’est la question centrale à laquelle doit répondre le géant mondial Lactalis. Après une première série de rappels début décembre, le groupe a annoncé ce jeudi qu’il rappelait par précaution «  la totalité de ses produits infantiles » fabriqués depuis février dernier dans l’usine de Craon (Mayenne), après la contamination d’une trentaine de nourrissons entre mi-août et début décembre.

Si certains bébés ont dû être brièvement hospitalisés, « tous sont sortis de l’hôpital et vont bien maintenant » indiquait mercredi Santé publique France. Le fait que la plupart de ces enfants aient consommé des produits issus du site de Craon a conduit Lactalis à stopper la production de l’usine dès le 8 décembre, avant que la préfecture ne lui demande de prendre des mesures « correctives ».

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« On se demande vraiment ce qui a pu se passer »

Pour l’instant, le groupe n’a donné aucune explication précise sur l’origine du problème. Dans un communiqué publié ce jeudi, Lactalis évoque « une contamination dispersée » qui se serait installée dans l’usine après des travaux réalisés début 2017. Des traces de salmonelles ont ensuite été détectées à deux reprises – août et novembre - sur du carrelage et sur « du petit matériel de nettoyage »… mais jamais dans les lots de laits.

« On se demande vraiment ce qui a pu se passer », reconnaît Jean Lalau-Keraly, médecin pédiatre et nutritionniste. Ce spécialiste a visité l’usine de Craon il y a quelques années et décrit un endroit très contrôlé : « Tout le monde porte des protections, les boîtes destinées aux bébés sont soumises à des contrôles draconiens. Les visiteurs peuvent observer les salles de production à travers une vitre, mais ont interdiction d’y entrer ».

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Deux plaintes déposées

« Dans le domaine de la microbiologie on n’est pas à l’abri d’un accident, poursuit Choreh Farrokh, responsable sécurité sanitaire du Cniel, l’interprofession de la filière laitière. Le lait est un produit très fragile, et c’est pour ça qu’il y a une réglementation très stricte. La dernière "épidémie" de salmonelle dans des produits laitiers remonte à 1995. Dans le cas de Lactalis, on pourrait presque dire qu’il s’agit d’un mauvais concours de circonstances ».

En attendant de plus amples explications, le groupe Lactalis devra sans doute bientôt répondre aux questions de la justice. L’association UFC-Que Choisir et le père d’un bébé de trois mois ayant consommé du lait contaminé ont en effet décidé de porter plainte contre l’entreprise, notamment pour « tromperie » et « mise en danger de la vie d’autrui ».

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