Santé: Les étudiants de médecine sont-ils en détresse psychologique?

ETUDES Une étudiante de médecine de Marseille s’est donné la mort en pleine période de concours…

Mathilde Ceilles

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Des étudiants marseillais en médecine en première année passant le concours en 2012
Des étudiants marseillais en médecine en première année passant le concours en 2012 — A.-C. Poujoulat / AFP
  • La fac de médecine de Marseille est sous le choc après ce suicide, et l’on ignore encore les causes exactes d’un tel geste.
  • Ce drame relance toutefois la question du mal-être des étudiants en médecine, notamment en première année.

« Vous êtes journaliste ? S’il vous plaît, ne parlez pas aux Paces. Certains ne savent pas. Ça va les traumatiser et ruiner leurs concours. Ils jouent leur vie là. Attendez la fin de la journée, s’il vous plaît » La tension est palpable devant la faculté de médecine de Marseille. Toute la semaine, les 3.000 étudiants de première année passent une partie du concours déterminant pour une éventuelle poursuite d’études dans cette voie.

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Mais l’une de ces étudiantes aspirant à devenir médecin ne s’est pas présentée aux épreuves qui ont démarré mardi. Cette jeune fille âgée de 18 ans, qui redoublait sa première année et préparait le concours de médecine pour la deuxième et dernière fois, s’est donné la mort dans son appartement près du campus, mardi dans l’après-midi.

Des étudiants « fragiles »

On ignore pour le moment les motivations exactes d’un tel geste, mais ce drame secoue les étudiants en médecine de Marseille. Ces derniers, engagés dans une voie psychologiquement difficile, sont déjà traumatisés par un autre drame récent, celui de la mort de Mauranne, étudiante de troisième année assassinée par un terroriste devant la gare Saint-Charles.

« Nous avons appris la nouvelle ce mercredi matin, une heure avant le début des épreuves, et nous avons préféré laisser continuer les épreuves afin de ne pas générer un stress supplémentaire aux étudiants », explique le doyen de la faculté de médecine Georges Leonetti. Devant les grilles du campus de La Timone, Julien le confesse : si cet élève en troisième année est venu en ce mercredi midi, c’est dans l’espoir de protéger ses collègues de première année passant le concours, « dans une bulle » et devant donner leur maximum dans ce contexte compliqué. « Ils sont particulièrement fragiles. Mais ça ne veut pas dire qu’on veut étouffer tout cela, ne pas parler de ce qui s’est passé. Il y a énormément de pression, il faut en discuter. »

Des « déchets humains »

Récemment, une étude menée par quatre syndicats d’étudiants en médecine révélait la souffrance psychologique des étudiants en médecine et jeunes internes. Ainsi, sur les 22.000 personnes ayant répondu à l’étude, 28 % ont souffert de dépression et 23,7 % ont déjà eu des idées suicidaires.

« Le concours tel qu’il est fait aujourd’hui génère une grosse pression, pression que les étudiants s’infligent eux-mêmes d’ailleurs, regrette Valentin Pedotti, étudiant en médecine en quatrième année et vice-président étudiant au sein de l'université Aix-Marseille. Le modèle de la Paces génère des déchets humains, puisqu’en raison du numerus claussus, sur les 3.000 inscrits environ en première année, seule 15 % passeront en deuxième année. »

« Ce serait normal de craquer »

Un phénomène qui n’est pas propre à la cité phocéenne. « Il y a très peu d’accompagnement dans les facs, déplore Emylie Lentzer, vice-président en charge de la santé mentale à l’association nationale des étudiants en médecine de France​. L’année de Paces est très difficile. Les étudiants sont un peu largués dans la masse. Il y a une grosse pression au niveau du travail demandé. Ils ne connaissent pas beaucoup de monde, ni parfois les outils. Il y a en plus la difficile transition entre le lycée et la fac.

Et de souligner : « C’est une année où l’on est assez souvent en souffrance, et ça s’est beaucoup banalisé. Ce serait normal de craquer, d’aller très loin dans les pensées suicidaires. Il faudrait faire plus de prévention, libérer la parole. Les futurs médecins doivent apprendre à prendre soin d’eux. »

Tutorat et médecins

Pour accompagner les étudiants de médecine à Marseille, un système de tutorat a été mis en place par les étudiants eux-mêmes, à travers l’association tutorat associatif marseillais. Des aides qui vont parfois au-delà du simple soutien scolaire. « Moi j’ai un tuté, c’est important, confie Julien. On veut être là pour les premières années, venir aux nouvelles, être présent ». « Surtout que la famille ne comprend pas toujours, ou que l’on ne veut pas toujours en parler aux parents pour ne pas les inquiéter », renchérit son amie Axelle.

« Il existe au sein de l’université d’Aix-Marseille un service interuniversitaire de médecine préventive et de promotion de la santé, tient à préciser Georges Leonetti. Et depuis quelques mois, la fac a mis en place un réseau de médecins généralistes qui peuvent être contactés par les étudiants, dont on sait qu’ils se prennent mal voire pas du tout en charge sur le plan de la santé. »

Et de se questionner : « Peut-être faut-il évoluer les modalités d’orientation des étudiants. Le système tel qu’on l’a n’est peut-être plus "supportable". Des expérimentations et une réflexion sont menées en ce sens sur le plan national. » Suite à ce suicide, une cellule psychologique a été mise en place dans l’infirmerie de la faculté, et tout étudiant qui le souhaite est invité à contacter le 04 91 24 34 00 ou le 04 91 24 34 07.