Exposition au Palais de la découverte: Louis Pasteur, le chercheur visionnaire à l’esprit start-up

EXPOSITION Ce jeudi au Palais de la découverte démarre l'exposition «Pasteur, l'expérimentateur», dédiée à l'inventeur de la pasteurisation et du vaccin contre la rage...

Anissa Boumediene

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Louis Pasteur a donné son nom à la pasteurisation, encore largement utilisée aujourd'hui.
Louis Pasteur a donné son nom à la pasteurisation, encore largement utilisée aujourd'hui. — Ph. Lévy, EPPDCSI
  • Le Palais de la découverte ouvre ce jeudi l'exposition Pasteur, l'expérimentateur.
  • L'exposition est consacrée au chercheur, à qui l'on doit notamment la pasteurisation et le vaccin contre la rage.
  • Outre les découvertes fondamentales de Pasteur en microbiologie, les visiteurs pourront découvrir l'approche très moderne du chercheur, tant dans sa façon de mener ses travaux que de les faire connaître au grand public.

Tout le monde connaît son nom, et l’institut de recherche qui porte son nom. Pour beaucoup, et à raison, Pasteur, c’est le vaccin contre la rage et la pasteurisation. Mais Louis Pasteur, c’est bien plus encore, comme le dévoile l’exposition Pasteur, l'expérimentateur*, qui démarre ce jeudi au Palais de la découverte. La vie et les travaux du scientifique y sont retracés, l’occasion aussi de découvrir d’autres facettes du personnage. D’une rare modernité pour son époque, Louis Pasteur a très tôt capté et utilisé les notions de communication et de mondialisation.

Des découvertes fondamentales

Considéré comme le père de la microbiologie, Louis Pasteur, chimiste de formation, s’intéresse très tôt aux micro-organismes et fera des découvertes fondamentales, qui révolutionneront la science dans de nombreux domaines allant de l’agroalimentaire à la médecine, de la conservation des aliments au vaccin antirabique. « Ce n’était pas quelqu’un doté d’un génie fulgurant, il a été entraîné d’une découverte à une autre au fil de ses recherches, relate l’historienne Annick Perrot, conservateur honoraire du musée Pasteur et coauteure de Louis Pasteur, le visionnaire(éd. La Martinière), le catalogue officiel de l’exposition. Mais tout au long de sa carrière, il a eu ce fil conducteur de la microbiologie : les microbes l’ont mené de la pasteurisation à la recherche animale, puis à la santé humaine et à la pose des bases de l’antisepsie à l’hôpital ».

Il accède à la notoriété avec un procédé toujours largement utilisé aujourd’hui : la pasteurisation. « Napoléon III fait appel à lui et d’autres chercheurs pour trouver un procédé qui empêche le vin, deuxième manne de l’économie française à l’époque, de tourner. En 1865, c’est lui qui trouve la solution : chauffer le vin, ce qui permet d’éliminer les germes et de le conserver longtemps, poursuit-elle. Des articles de l’époque rapportent que le vin pasteurisé avait une certaine rondeur, du velouté, cela n’altérait pas du tout son goût ».

La consécration

Son autre grande découverte, c’est le vaccin antirabique, qu’il met au point en 1 885. Après ses travaux sur les maladies infectieuses animales, Pasteur concentre ses travaux sur la rage, maladie mortelle qui terrifie ses contemporains. « À l’époque, il n’y a pas d’épidémie de rage, mais dans l’imaginaire, cette maladie est terrifiante, d’autant plus que si on la contracte, aujourd’hui encore, l’issue est fatale », souligne Annick Perrot. Il sauve Joseph Meister, un petit garçon contaminé par un chien enragé et condamné sans vaccin. Pour Pasteur, « méprisé par une partie de la communauté scientifique et médicale qui le traite de "chimiatre" », précise-t-elle, c’est la consécration internationale.

Enfin, sans Pasteur, la fièvre puerpérale, ou fièvre des accouchées, aurait continué à faire des ravages. A l’époque, une femme sur cinq perd la vie à l’accouchement. En cause, l’absence de règles d’hygiène à l’hôpital. « Les médecins passaient directement des salles d’autopsie aux salles d’accouchement sans se laver les mains, ils transmettaient ainsi des germes mortels qui emportaient en quelques heures de jeunes mères en bonne santé, détaille Annick Perrot. Lors d’une séance mémorable à l’Académie de médecine, Pasteur a exposé l’importance du lavage des mains des chirurgiens, de l’usage de matériel stérile et du nettoyage de toute zone à opérer », posant ainsi les bases de l’asepsie et de l’antisepsie. Portés sur la recherche fondamentale, « les travaux de Pasteur ont tous tôt ou tard débouché sur une application très pratique », relève l’historienne.

Pasteur, visionnaire à « l’esprit start-up »

Pour parvenir à de tels succès, « Pasteur a su détecter les domaines dans lesquels ses recherches auraient un fort retentissement, et dès ses débuts il s’est entouré, s’est constitué tout un réseau de collaborateurs, et il avait aussi de célèbres contradicteurs », rapporte Astrid Aron, commissaire de l’exposition. « Ce qui était très novateur dans sa façon de constituer les équipes qui l’entouraient, c’était son approche globale et pluridisciplinaire : il s’est entouré de chimistes, comme lui, mais aussi de médecins et de vétérinaires, confirme Annick Perrot. Et très tôt, il a compris l’importance des recherches in situ, emmenant ses étudiants sur le terrain », pour « aller au plus prêt des maladies », complète Astrid Aron.

Autre talent de Louis Pasteur : « exploiter ses découvertes et en faire la publicité, révèle la commissaire de l’exposition. Il avait un côté communicant et entrepreneur ; et il voulait que le public et la communauté scientifique connaissent et reconnaissent ses travaux. Il était très moderne dans sa façon de mettre en scène ses grandes démonstrations scientifiques faites en public. Il a mené de véritables campagnes de communication ». Moderne aussi dans sa façon de trouver des financements pour ses recherches. « Pour trouver les fonds nécessaires pour mener ses recherches et assurer son train de vie, il a déposé des brevets, dont un pour la fermentation de l’alcool et un pour la pasteurisation ». Il crée la Société des bières inaltérables, car c’est à lui que l’on doit le procédé permettant de produire de la bière à grande échelle. « Pasteur, c’est un peu l’esprit start-up avant l’heure, analyse Annick Perrot. Il a allié innovation, communication, marketing et mondialisation à l’heure où tous ces concepts n’avaient pas encore de nom ». Pour Astrid Aron, le chercheur « a eu ce côté entrepreneur plus présent chez les chimistes que chez d’autres scientifiques : les chimistes devaient inventer le matériel dont ils avaient besoin pour mener leurs travaux. Chaque découverte technique faisait ainsi l’objet d’un dépôt de brevet, rapporte Astrid Aron. Il avait cette notion de marketing, il était très soucieux de son image et ne donnait pas son aval très facilement pour que son nom soit apposé sur un produit ».

Pasteur et la recherche mondialisée

Avec le succès du vaccin antirabique, l’idée d’un institut de recherche dédié à la rage émerge : l’Institut Pasteur est inauguré en 1888 grâce à une souscription internationale et devient un centre de vaccination, de recherche et d’enseignement sur les maladies infectieuses. Dès lors, l’Institut Pasteur, reconnu d’utilité publique, devient une marque qui s’exporte, et Pasteur fait naître sans le savoir la recherche mondialisée. « L’Institut Pasteur s’est d’abord greffé et développé sur l’expansion coloniale, indique Astrid Aron. Il a envoyé quelques-uns de ses fidèles lieutenants à différents points du globe ».

C’est le médecin bactériologiste Albert Calmette qui crée la première antenne internationale de l’Institut Pasteur en Indochine, à Saïgon, où il mènera des campagnes de vaccination contre la variole et la rage. « Ç’a été la première des trois antennes de l’Institut Pasteur en Indochine, ajoute Annick Perrot. Au total, son compte aujourd’hui une trentaine d’Instituts Pasteur à travers le monde ».

* Exposition Pasteur, l’expérimentateur​, du 14 décembre 2017 au 19 août 2018 au Palais de la découverte à Paris.