Grippe saisonnière: Cela vaut-il la peine de se faire vacciner entre 20 et 60 ans quand on est en bonne santé?

VACCINATION Si la campagne annuelle de vaccination contre la grippe cible les plus de 65 ans et les personnes à risques, des adultes jeunes et en bonne santé font aussi le choix de se vacciner pour se prémunir de la grippe…

Anissa Boumediene

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Si la campagne annuelle de vaccination contre la grippe cible les plus de 65 ans et les personnes à risques, des adultes en bonne santé âgés de 20 à 60 ans font aussi le choix de se vacciner pour se prémunir du virus.
Si la campagne annuelle de vaccination contre la grippe cible les plus de 65 ans et les personnes à risques, des adultes en bonne santé âgés de 20 à 60 ans font aussi le choix de se vacciner pour se prémunir du virus. — SEBASTIEN SALOM GOMIS/SIPA
  • Chaque année, la grippe touche environ 2,5 millions de personnes et tue entre 4.000 et 6.000 personnes en France.
  • Si la campagne annuelle de vaccination contre la grippe cible les plus de 65 ans et les personnes à risques, des adultes en bonne santé âgés de 20 à 60 ans font aussi le choix de se vacciner pour se prémunir de la grippe.

Vaccinera, vaccinera pas ? Chaque année, une campagne nationale de vaccination contre la grippe est lancée à destination des personnes les plus à risques.

Dans le cadre de cette campagne, les plus de 65 ans et les patients immunodéprimés sont invités chaque année à recevoir gratuitement ce vaccin pour les protéger du virus qui peut être particulièrement virulent pour eux. Pour les autres, les adultes assez jeunes et en bonne santé, la stratégie vaccinale autour de la grippe ne les cible pas vraiment. Mais pour tous les 20-60 ans désireux de se prémunir contre la grippe, est-ce que ça vaut quand même la peine de se faire vacciner ?

Eviter de rester cloué au lit

Fièvre, douleurs musculaires, maux de tête, fatigue, nez qui coule ou encore toux sèche : les symptômes de la grippe, tout le monde les connaît et les redoute. Normal, personne n’a envie de rester cloué au lit d’une à deux semaines, d’avoir sa boîte de mouchoirs greffée à la main et de se traîner une fatigue sur plusieurs semaines. « J’ai eu la grippe une fois et j’ai été tellement malade que depuis je me vaccine tous les ans », confie Aurélien.

Chez les adultes en bonne santé n’ayant pas de facteurs de risques spécifiques, « la grippe n’est pas une maladie dangereuse, rappelle Sylvie Behillil, responsable adjointe du Centre National de référence de la grippe à l'Institut Pasteur. Mais il est tout à fait compréhensible que les 20-60 ans souhaitent éviter au maximum ce virus qui peut les incommoder fortement plusieurs jours durant et les empêcher de travailler », reconnaît-elle. C’est précisément pour éviter cela que Florian a sauté le pas. « Cette année, je me suis fait vacciner contre la grippe pour la première fois, indique le jeune homme de 29 ans. Faire ce vaccin ne coûte que quelques euros et ne prend que quelques minutes, alors que manquer le travail me coûterait bien plus », poursuit Florian, qui travaille dans le bâtiment.

Se méfier des complications

« Il est tout à fait légitime que, pour des raisons professionnelles notamment, de jeunes adultes en bonne santé prennent leurs précautions et optent pour la vaccination pour éviter la grippe, commente le Pr Daniel Floret, président du Comité technique des vaccinations. La stratégie vaccinale concernant la grippe en France, c’est d’éviter les formes graves du virus et les décès qu’il peut causer. Cela concerne prioritairement les personnes âgées et celles ayant des facteurs de risques », explique le Pr Daniel Floret. Chaque année, environ 2,5 millions de personnes contractent la grippe en France, et 4.000 à 6.000 personnes en succombent, selon les chiffres de Santé publique France.

La grippe, Laure ne s’en méfiait pas particulièrement avant. « Jusqu’à l’an 2000 : cette année-là, mon père et mon frère ont eu une méningite C suite à une grippe qui avait affaibli mon père, se souvient-elle. Ils s’en sont remis tous les deux, mais cette grosse frayeur m’a fait prendre conscience qu’une maladie considérée comme bénigne peut avoir des conséquences bien plus graves », témoigne Laure, 44 ans aujourd’hui. « Et s’éviter des maladies grâce à un vaccin, c’est quand même génial », abonde Benoît, 27 ans. Opéré du cœur à l’âge de 17 ans, le jeune se « fai[t] vacciner contre la grippe saisonnière chaque année ».

Protéger son entourage

Assez défiants, de nombreux Français doutent de l’efficacité du vaccin contre la grippe et préfèrent passer leur tour, à l’instar de Victoire, qui « préfère miser sur une activité physique régulière et une alimentation équilibrée riche en vitamines pour éviter la grippe ». Mais pour ceux qui sont en bonne santé et qui veulent tout de même se faire vacciner contre la grippe, ce choix permet aussi de protéger son entourage du virus. « Celles et ceux vivant dans l’entourage de personnes immunodéprimées doivent se faire vacciner pour les protéger », insiste le Pr Daniel Floret. C’est ce qu’a fait Manon, 25 ans : « Je viens de me faire vacciner pour la 2 ou 3e année de suite contre la grippe. Fin 2014, mon petit ami a eu un cancer. Chimio, traitements très lourds et greffe de moelle osseuse : il entrait clairement dans la catégorie des personnes à risques mais ne pouvait pas être vacciné. Donc je me suis fait vacciner contre la grippe pour le protéger, se souvient la jeune femme. Aujourd’hui, mon mari est en rémission, je continue à me faire vacciner pour le protéger un maximum, et cette année, il s’est fait vacciner lui aussi. Notre médecin nous a encouragés à le faire ».

Cette dimension de protection collective contre la grippe, elle concerne également les personnels soignants. « Ils se protègent eux-mêmes, leurs proches mais aussi les patients, qui sont plus fragiles face à la grippe », continue Sylvie Behillil, du Centre national de référence contre la grippe. « Je suis infirmière et maman de deux enfants en bas âge, témoigne une lectrice de 20 Minutes. Je me vaccine tous les ans depuis longtemps pour moi, pour mes filles et pour les patients ». Anna, jeune infirmière pédiatrique de 27 ans, se fait vacciner contre la grippe depuis l’obtention de son diplôme, il y a cinq ans. « Les deux grands hôpitaux parisiens où j’ai commencé exigeaient que les personnels soignants soient vaccinés », se souvient-elle. Mais aujourd’hui, alors qu’elle travaille dans une autre région, Anna continue de se faire vacciner par souci pour les jeunes patients au contact de qui elle travaille au quotidien. « En réanimation pédiatrique, j’ai vu des enfants sous assistance respiratoire à cause de la grippe, qui tue encore aujourd’hui. Certains personnels soignants refusent de se faire vacciner, mais moi et beaucoup de mes collègues revendiquons la nécessité de le faire dans l’intérêt des patients ».

Une double protection pour les femmes enceintes et leur bébé

S’il est une partie des jeunes adultes en bonne santé qui doit être bien protégée de la grippe, ce sont les femmes enceintes. « La vaccination des femmes enceintes permet la double protection de la mère et du bébé dans les premiers mois de sa vie. C’est capital, puisque les bébés ne peuvent être vaccinés contre la grippe avant l’âge de six mois », souligne le Pr Daniel Floret. Les femmes enceintes font d’ailleurs partie des personnes pour qui la vaccination contre la grippe est recommandée et prise en charge.

Estelle vient donc de se faire vacciner. « Je suis enceinte de presque sept mois, mon médecin m’a conseillé de me faire vacciner pour éviter des complications donc je l’ai fait pour la toute première fois ». « En étant vaccinée, les femmes enceintes transmettent leurs anticorps au bébé, qui est protégé à son tour, ajoute Sylvie Behillil. Et elles peuvent se faire vacciner à n’importe quel moment de la grossesse, il n’est pas trop tard pour celles qui ne l’auraient pas encore fait, puisque l’épidémie de grippe n’a pas encore commencé ».

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