Strasbourg veut donner un coup de main à la France sur le don de spermatozoïdes et ovocytes

SOCIETE Le Centre d’assistance médicale à la procréation des Hôpitaux universitaires de Strasbourg s’inscrit dans la campagne nationale actuelle sur le don de gamètes en France…

Alexia Ighirri

— 

Strasbourg veut donner un coup de main à la France sur le don de spermatozoïdes et ovocytes (Illustration)
Strasbourg veut donner un coup de main à la France sur le don de spermatozoïdes et ovocytes (Illustration) — DURAND FLORENCE/SIPA
  • L’Agence de la biomédecine lance une campagne nationale sur le don de gamètes, parce que la France manque toujours de donneurs de spermatozoïdes et de donneuses d’ovocytes.
  • Les Hôpitaux universitaires de Strasbourg, à travers notamment son Centre d’assistance médicale à la procréation, ont leur mot à dire sur ce sujet.

Une Française sur deux ignore qu’on peut donner des ovocytes, un Français sur cinq ignore qu’on peut donner des spermatozoïdes… Un petit coup de main ne serait finalement pas de trop. Ça tombe bien, puisque les Hôpitaux universitaires de Strasbourg (Hus) s’engagent dans la  campagne nationale sur le don de gamètes lancée par l'Agence de biomédecine.

Mieux : avec son Centre d’assistance médicale à la procréation (AMP), installé au Centre médico-chirurgical et obstétrical (CMCO) de Schiltigheim, « on aimerait être un acteur important de ce sujet de santé publique », affirme Armelle Dion, directrice déléguée du pôle gynécologie-obstétrique aux Hus.

Le but ? Combler le manque de donneurs et donneuses de gamètes, dont l’établissement alsacien souffre également, mais aussi faire avancer la réflexion sur l’assistance médicale à la procréation. Et les Hus sont plutôt bien placés pour en parler.

>> A lire aussi: Qui peut faire un don de gamètes?

Centre unique en France. Le site du CMCO est le seul dans tout le département du Bas-Rhin autorisé à mettre en œuvre l’assistance médicale à la procréation. C’est surtout « le seul de France à proposer l’intégralité de la prise en charge aux couples, qu’on veut accompagner dans tout le cheminement », annonce Armelle Dion. Des inséminations intra-utérines à l’accueil d’embryon, en passant par le diagnostic préimplantatoire avec possibilité de prise en charge en risque viral.

Parmi les premières maternités de France, les Hus ont vu naître 6.356 bébés sur leurs sites en 2016. C’est dans ce contexte que l’expertise de l’assistance médicale à la procréation a pu s’y développer. Ainsi, en 2016, 484 inséminations intra-utérines, 1.346 ponctions ovocytaires et 829 transferts d’embryons congelés (lorsque la première tentative de fécondation in vitro – Fiv – n’a pas abouti à une grossesse) ont pu être réalisés au CMCO.

Aux Hus, où le choix a été fait de ne transférer qu’un seul embryon à chaque tentative, le taux de grossesses multiples associées à des Fiv est en moyenne de 6,5 % contre 16 % de moyenne nationale.

Une volonté affichée. Ce qui a permis de tels résultats, une telle expertise ? « On a été un des premiers centres après le bébé de Frydman (1982). On a eu le premier bébé en 1984 », répond Pr Israël Nisand. Le chef du service de gynécologie et d’obstétrique des Hus assure qu'« à Strasbourg, on a toujours travaillé sur ces questions. On a toujours voulu et on a été vigilant à avoir cette action politique. Celle d’avoir les moyens : certaines techniques nous coûtent un bras. Mais les femmes viennent de toute la France pour faire un diagnostic préimplantatoire par exemple. On est depuis très longtemps à la pointe en termes scientifiques et de réputation. »

Outre l’intérêt scientifique, il y a l’intérêt du soin. On accueille les cas un peu plus difficiles : on ne soigne pas nos stats mais on soigne les patients. Un couple qui a un problème soluble avec les techniques d’aujourd’hui repartira avec un enfant. Ce qu’on ne maîtrise pas, c’est quand il n’y a pas de gamètes.

Et Dr Olivier Pirrello, responsable clinique du centre AMP d’ajouter : « On a la volonté d’assurer notre mission de service public sans une conception purement économique ».

>> A lire aussi: Cinq choses à savoir sur la procréation médicalement assistée en France

Une réflexion sur l’avenir. Le responsable du centre bas-rhinois le sait, les questions liées à l’assistance médicale à la procréation peuvent « faire peur » et susciter la polémique : « Les questions éthiques font partie de notre ADN depuis le début. Au centre, on se pose beaucoup de questions, aussi grâce au Pr Nisand ».

Il est vrai que la réflexion sur ce sujet est encouragée par celui qui est aussi président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français, souvent interrogé dans les médias, appellant à « revoir nos règles » et dénonçant des lois d’un autre temps : « Sur l’anonymat, il y a une fixette. On fait aujourd’hui la différence entre la virilité et la fécondité. Pourtant, on doit garder les règles du “ni vu ni connu” des années 1970. C’est fini ! Si on veut rattraper notre retard aujourd’hui, c’est comme courir le 100 mètres avec une culotte sur les chevilles. »

Après avoir souligné l’injustice entre les hommes « qui peuvent congeler leur sperme pour eux-mêmes » et les femmes « qui ne peuvent pas garder leurs ovules » (sauf certaines maladies ou traitement), le Pr Nisand se dit favorable à la rémunération des donneuses : « En Espagne, on verse 900 euros pour un don. Il faut lutter contre cette sacro-sainte gratuité ».

Une conférence grand public. C’est tout naturellement alors que, dans le cadre de la campagne nationale sur le don de gamètes, les hôpitaux universitaires de Strasbourg proposent une conférence grand public sur ce sujet. Plusieurs intervenants prendront la parole avant un instant d’échanges avec la salle. Rendez-vous lundi 27 novembre de 19h à 20h30 dans l’amphithéâtre du CMCO au 19, rue Louis-Pasteur à Schiltigheim.