Nantes: Comment le CHU tente de mieux dépister la maltraitance chez les enfants

JOURNÉE DES DROITS DE L'ENFANT Le CHU de Nantes fait partie des premiers hôpitaux à s'être doté d'une unité d'accueil des enfants en danger, en 2000...

Julie Urbach

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Un enfant puni (illustration).
Un enfant puni (illustration). — Catherine Delahaye/SIPA
  • Sept professionnels de santé (puéricultrice, psychiatre, médecin légiste…) composent le service d’accueil des enfants en danger, au CHU de Nantes.
  • Environ 600 petits patients y ont été reçus l’an dernier, pour des violences psychiques, physiques et/ou sexuelles.
  • Nathalie Vabres, pédiatre coordinateur, insiste sur le dépistage très tôt de la maltraitance, pour éviter de lourdes séquelles.

C’est une jolie petite pièce au sein du service pédiatrique du CHU de Nantes. Murs bleus, figurines rassurantes, fauteuils confortables, mais aussi… une petite caméra. A Nantes, comme dans d’autres villes en France, les jeunes victimes de maltraitance ne sont plus obligés de se rendre au commissariat pour parler de leurs traumatismes aux enquêteurs.

Cette « salle d’audition protégée », qui filme l’enfant pour qu’il n’ait pas à répéter plusieurs fois ce qu’il a subi, fait partie de l’unité d’accueil des enfants en danger de l’hôpital nantais. A l’occasion de la journée internationale des droits de l’enfant célébrée ce lundi, le CHU veut répéter l’importance du dépistage de la maltraitance, après un séminaire organisé sur la question vendredi.

La salle d'audition protégée au CHU de Nantes
La salle d'audition protégée au CHU de Nantes - J. Urbach/ 20 Minutes

600 jeunes patients cette année

Dr Nathalie Vabres

Composée de sept professionnels (puéricultrice, psychiatre, médecin légiste…), cette unité méconnue du grand public a reçu cette année la visite de 600 jeunes patients pour des violences physiques, psychiques et/ou sexuelles. La moitié vient sur réquisition du parquet, les autres y sont dirigés après une consultation aux urgences, une recommandation d’un médecin scolaire ou d’une assistante maternelle par exemple. « Certains patients peuvent aussi y être hospitalisés, indique Nathalie Vabres, pédiatre coordinateur (photo). Ça peut être le cas pour un jeune qui a des pensées suicidaires liées à des tensions familiales. »

Ce service, constate mais essaye aussi de déceler le danger. Le cas échéant, une alerte est émise auprès de la protection de l’enfance du conseil départemental, voire à la justice pour les situations les plus graves. « On est précurseur depuis la création du service en 2000, estime Nathalie Vabres. Quand certains enfants viennent avec une fracture ou des douleurs abdominales, il faut être capables de se dire que certains d’entre eux ont peut-être subi des violences. Et ça, c’est très dérangeant, voire impensable. C’est pour ça qu’il faut un vrai parcours de santé pour l’enfant, et qu’on soit plusieurs professionnels coordonnés pour le voir et l’entendre. »

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De lourdes conséquences

Si le paquet est mis sur le dépistage, c’est que la maltraitance d’un bambin peut avoir de lourdes conséquences sur l’adulte qu’il devient. « On se doutait que ça fragilisait pour la suite, des travaux le démontrent désormais clairement », assure la pédiatre. Parmi les principaux effets, « un retard sur la marche ou le langage », et plus tard « des addictions », « des maladies cardiovasculaires », « des difficultés sociales »… « Les hormones de stress, trop présentes, peuvent causer de l’hypertension. »

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Sans arriver à des actes physiques, une éducation trop stricte peut aussi donner lieu à des séquelles, prévient le docteur Nathalie Vabres. « Beaucoup de parents pensent que l’éducation c’est la soumission, la punition. Mais même des violences verbales répétées peuvent avoir une incidence sur la vie sociale et l’estime de soi. »