Tour de lit respirant, matelas ergonomique, oreiller anti-tête plate: Tous ces produits pour bébé sont-ils sûrs?

BEBE Un large éventail de produits censés garantir la sécurité des bébés durant leur sommeil a fait leur apparition sur le marché, reste à savoir s’ils sont tous vraiment sûrs…

Anissa Boumediene

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Tour de lit respirant, matelas ergonomique ou encore oreiller anti-tête plate: de nombreux produits promettent un sommeil tout en sécurité pour les bébés.
Tour de lit respirant, matelas ergonomique ou encore oreiller anti-tête plate: de nombreux produits promettent un sommeil tout en sécurité pour les bébés. — Catherine Delahaye/SIPA
  •  Entre le risque de mort subite du nourrisson, le syndrome du bébé à tête plate, le risque d'étouffement, faire dormir son bébé en toute sécurité n’est pas de tout repos.
  • Pour écarter tous les risques potentiels, un large éventail de produits dédiés à la sécurité du sommeil des bébés a vu le jour. 
  • Mais tiennent-ils tous leurs promesses ?

Si devenir parent est souvent décrit comme la plus fabuleuse aventure qu’il soit donné de vivre (on a le droit de pas être d’accord aussi hein !), c’est aussi la plus stressante qui soit. Et cette angoisse qui ne quittera plus pères et mères naît en même temps que leur bébé, elle grandit avec lui et ne s’endort pas en le mettant au lit.

Entre le risque de la mort subite du nourrisson, le syndrome du bébé à tête plate, le risque d’étouffement ou de membre coincé entre les barreaux du lit : faire dormir son bébé en toute sécurité n’est pas de tout repos pour des nouveaux parents déjà bien assez stressés comme ça. Alors, pour écarter tous les risques potentiels, un large éventail de produits dédiés à la sécurité du sommeil des bébés a vu le jour. Tours de lit respirants, oreillers anti-tête plate et autre matelas aux multiples vertus ont vu le jour pour assurer des nuits paisibles et sûres pour les bébés, et par ricochet à leurs parents. Mais tiennent-ils tous leurs promesses ?

« Les oreillers anti-tête plate ne servent à rien »

Les chiffres ne sont pas négligeables : « entre un cinquième et la moitié des nourrissons seraient concernés par le syndrome du bébé à tête plate » qui, comme son nom l’indique, est un phénomène d’aplatissement du crâne, indique le Dr Thierry Marck, pédiatre à Paris, coauteur de Mon bébé n’aura pas la tête plate (éd Albin Michel). Pour empêcher cela, des oreillers anti-tête plate, ou « cale-tête ergonomique », ont fait leur apparition sur le marché ces dernières années. Objectif : épouser la forme du crâne du bébé – très malléable —, et éviter sa déformation.

Rien que du très prometteur sur le papier, sauf que « les oreillers anti-tête plate ne servent à rien, ils n’ont strictement aucun intérêt si ce n’est gagner de l’argent pour ceux qui les commercialisent », tranche le Dr Marck. Ces dispositifs présentés comme révolutionnaires dans la prévention de ce syndrome « n’empêchent pas le bébé d’avoir la tête plate : si un bébé est toujours couché dans la même position, notamment sur le dos, oreiller anti-tête plate ou pas, il aura le crâne aplati », poursuit le pédiatre, qui conseille d’alterner les positions pour faire dormir son bébé : « sur le dos, sur chaque côté, mais bien sûr pas sur le ventre ». En plus d’être inefficace, « ce produit est même potentiellement dangereux », avertit le pédiatre, citant  une étude de Santé Publique France. « Vers l’âge de 4 mois, le nourrisson couché sur le dos peut, dans son sommeil, se retourner sur le ventre, se mettant alors dans une position à risque d’étouffement. S’il est couché sur le dos avec un tel oreiller et qu’il se retourne avec le visage collé contre, ce n’est pas idéal pour respirer ! »

Il y a respirant et respirant

Autre source d’inquiétude pour les parents : que leur bébé se cogne contre son lit ou se coince le bras ou le pied entre les barreaux. Pour éviter cela, nombre d’entre eux optent pour un tour de lit, un linge molletonné qui encadre l’intérieur du lit du bébé. Problème : en 2015, une étude américaine parue dans le Journal of pediatrics a pointé l’augmentation du risque de mortalité infantile par suffocation due au tour de lit pour bébé. Des risques confirmés par une  enquête française de l’Institut de veille sanitaire (InVS), qui indique que sur 205 morts inattendues des nourrissons de moins de 2 ans, un tour de lit était proche du visage de l’enfant dans dix-neuf cas. « Aux Etats-Unis, après plusieurs cas de décès de bébés par étouffement, les tours de lit ont purement et simplement été interdits », souligne le Dr Marck.

Pour contrer ces risques, des tours de lit « alternatifs » ont fait leur apparition. Conçus avec des tissus ajourés et respirants, ces modèles promettent sécurité au bébé et sérénité et à ses parents. Même en ayant le nez collé contre ce nouveau type de tour de lit respirant, le bébé doit pouvoir continuer à respirer normalement.

« Le tour de lit a aux yeux de beaucoup de parents une réelle utilité, pour ceux qui craignent que leur bébé ne se fasse mal, constate le pédiatre. Pour une majorité d’entre eux, si on leur dit qu’il existe des modèles respirants qui limitent les risques d’étouffement, ils vont naturellement, et à raison, être séduits par le concept. Le problème, c’est que le terme même de "respirant" est parfois galvaudé : c’est pour cela qu’il faut être extrêmement prudent et toujours garder à l’esprit que le lit d’un bébé doit être le moins encombré possible, sans couette ni doudou, pour éviter tout risque d’obstruction de ses voies respiratoires ». Si les parents qui craignent que leur bébé se fasse mal à cause des barreaux du lit, « ils peuvent aussi choisir un modèle en carton rigide, homologué, qui n’a pas de barreaux », suggère le Dr Laurent Chevallier, médecin nutritionniste en maternité et auteur du livre Le guide anti-toxique de la grossesse (éd. Marabout).

Choisir un matelas confortable et non toxique

« L’idéal, pour écarter un maximum de dangers, éviter que son bébé n’ait la tête plate, qu’il risque l’étouffement ou se cogne, c’est d’opter pour un matelas respirant, comme ceux créés aux Etats-Unis il y a un peu plus de cinq ans par la marque Ubimed, préconise le Dr Thierry Marck. C’est un modèle non ignifugé [donc moins chimique] recouvert d’une maille tendue alvéolée qui laisse respirer le bébé quelle que soit sa position, décrit-il. Et sa forme permet au nourrisson d’adopter une position naturellement confortable pour lui ».

Le Dr Laurent Chevallier, lui, recommande « des matelas 100 % latex, de préférence bios ». Et pour habiller le matelas, « une housse en matière naturelle, bio si possible, est à privilégier. Et le linge du nourrisson doit être lavé deux fois avant une première utilisation, avec une lessive, bio toujours, et peu détergente ».

Attention aux toxiques et aux perturbateurs endocriniens

Car pas un jour sans que l’avertissement ne soit répété : les perturbateurs endocriniens sont partout ! Et ils ne s’arrêtent malheureusement pas aux portes des chambres des bébés. « Les industriels qui commercialisent tous ces produits pour bébés sont souvent peu enclins à dévoiler les substances chimiques utilisées durant leur fabrication, répondant simplement que les matières employées sont conformes à la législation, prévient le médecin. Cela ne suffit pas, le droit de savoir des consommateurs en matière de sécurité sanitaire ne doit pas être bafoué au nom du secret industriel, s’agace-t-il. Or, de nombreux matelas sont traités avec des biocides, équivalent des insecticides, pour éviter les acariens, mais aussi contre le feu, les taches, etc. Et le bébé respire tout ça en dormant donc il faut être extrêmement vigilant au moment de faire son choix ».

Par ailleurs, « qu’il s’agisse des peintures ou de l’achat du lit et des autres meubles de la chambre du bébé, tout cela doit être fait plusieurs mois avant la naissance du bébé pour éviter les émanations toxiques, prescrit le Dr Chevallier. Et il faut régulièrement aérer la chambre de l’enfant à naître, afin que ces émanations soient évacuées avant que le nourrisson ne prenne ses quartiers ».