VIDEO. Risques auditifs: Comment encourager les jeunes à ne pas faire la sourde oreille?

PREVENTION Une plateforme vient d’être lancée ce mardi pour sensibiliser les jeunes aux risques de devenir sourds…

Oihana Gabriel

— 

Illustration d'une jeune femme en train d'écouter de la musique au casque.
Illustration d'une jeune femme en train d'écouter de la musique au casque. — Pixabay
  • Beaucoup de jeunes écoutent de la musique avec un casque, souvent fort et longtemps.
  • Des habitudes qu’ils risquent de payer cher : si un jeune sur deux a déjà souffert d’acouphènes, ils risquent de perdre de l’audition à l’avenir.
  • Mais il est très compliqué de faire changer les habitudes d’adolescents qui ont du mal à se projeter sourds à 50 ans.

« Tu entends ce bourdonnement incessant ? » « Qu’est ce que tu dis ? » C’est le genre de dialogue de sourd échangé après une sortie en boîte, un bon concert ou une longue journée avec son casque sur les oreilles qui devrait nous mettre la puce à l’oreille. Car aujourd’hui, les problèmes d’audition ne concernent pas uniquement les grands-parents. Selon une étude Ipsos intitulée « Risque sanitaire : Les oreilles des jeunes au bord du précipice ? », 49 % des jeunes ont déjà ressenti une douleur dans l’oreille et pour 21 %, c’est une gêne fréquente…

L’association Agi-son (Agir pour une bonne gestion Sonore), qui sensibilise sur les risques auditifs depuis 2000, passe à la vitesse supérieure en lançant ce mardi Edukson une plateforme d’éducation aux risques sonores. Jeux, quiz, informations synthétiques, autant de nouveaux outils pour faire entendre le message : prendre soin de son ouïe dès aujourd’hui, c’est profiter de la musique plus longtemps. Car nombre d’adolescents mettent leurs oreilles à rude épreuve…

>> A lire aussi : Surexposition au bruit : «Il faut laisser en paix l’oreille des enfants»

Des comportements à risque

Selon une étude sociologique sur les jeunes et la musique menée en 2015 auprès d’environ 2.200 personnes de 12 à 19 ans, 58% d'entre eux ont déjà ressenti des acouphènes. Ils sont 40 % à s’endormir avec leurs oreillettes… Or les risques pour votre ouïe dépendent à la fois du volume, de la durée d’écoute et de la distance de la source.

« Les pratiques à risque se renforcent depuis quelques années », tranche la sociologue Claire Hannecart, qui pilote cette étude. Et ces habitudes émergent avant la puberté : « 71 % des enfants en école primaire écoutent de la musique avec un casque tous les jours ou plusieurs fois par semaine », renchérit Valérie Rozec, psychologue au Centre d’information et de documentation sur le bruit (CIDB).

Difficultés à sensibiliser

Une consommation de musique à haute dose difficile à modifier. « Aujourd’hui, tout le monde a accès à la musique avec la multiplication des écrans, c’est aussi une façon de s’isoler et puis pour l’image, ça fait cool d’avoir son casque sur les oreilles », résume Nathalie Loundon, médecin ORL à l’hôpital Necker (AP-HP). Et si les parents peinent à faire passer le message à des dos qui cherchent la transgression, les médecins aussi ont du mal à convaincre de l’urgence de prendre soin de son capital auditif.

Pourtant, beaucoup de jeunes risquent de regretter à l’avenir ces mauvaises habitudes quand ils ne pourront plus discuter sans faire répéter ou sans appareillage coûteux. Car la perte d’audition est définitive.

>> A lire aussi : Troubles de l'audition: «On prépare des générations de sourds»

« Quand on a 18 ans, on ne se projette pas à 50 ans, sourit cette médecin. C’est pourquoi il est compliqué de faire comprendre à ces jeunes que même si tout redevient normal après des acouphènes, c’est un signal d’alerte qu’ils risquent d’avoir des problèmes d’audition plus tard. » Autre difficulté : « Des acouphènes, des sifflements, ou une gêne au bruit ne sont pas forcément visibles sur un audiogramme ».

Difficile donc de savoir si vous allez payer cher les 36 concerts de votre adolescence près des baffles… D’autant que nous ne sommes pas tous égaux face aux risques auditifs. « Quand il y a une explosion sonore, cela crée un traumatisme pour tout le monde, mais quand il y a une sur-stimulation sur des années, les séquelles sont plus insidieuses », reprend la médecin ORL.

Comment prendre soin de ses oreilles ?

Alors que protéger sa peau du soleil est rentré dans les mœurs, prendre soin de son audition reste « le parent pauvre de la prévention, regrette Valérie Rozec, du CIDB. Ni les parents, qui pensent stimuler leurs bébés avec des tablettes, ni les enseignants, ni les infirmières ne sont assez formés à ces risques auditifs. » Et si deux jeunes sur trois se disent plutôt informés,selon l’étude d’Ipsos, cette sensibilisation se transforme rarement en véritable prévention.

Au niveau collectif, il y a des progrès : les salles de concert ont vu leur niveau sonore limité, les bouchons d’oreille et casques pour enfants sont souvent proposés pendant les concerts.

Mais la consommation de musique se fait surtout au niveau individuel et c’est donc à chacun de prendre en main sa santé auditive. Premier apprentissage : bien mettre les bouchons d’oreille, grâce à cette vidéo.

Côté matériel, ces spécialistes conseillent vivement d’oublier les oreillettes pour passer au casque englobant. « La puissance acoustique des smartphones a baissé ces dernières années, mais entre 2 et 5 % des baladeurs dépassent les 100 décibels », souligne Valérie Rozec, qui rappelle que l’on peut écouter de la musique à ce volume sans risque… pendant cinq minutes maximum !

« On ne se rend pas forcément compte que notre environnement est très bruyant, surtout dans les transports, c’est pourquoi il faut garder comme repère de ne pas dépasser la moitié de la hauteur sonore de notre téléphone », conseille la médecin ORL. Quant à ceux qui jouent d’un instrument dans un orchestre ou un groupe, elle leur suggère de porter des bouchons avec un filtre acoustique, plus coûteux, mais qui protègent de certaines fréquences. A bon entendeur…