Strasbourg: Une jeune chercheuse récompensée pour ses travaux sur les fentes labio-palatines

RECHERCHES Le chirurgien Caroline Dissaux vient d’être récompensée pour ses travaux de recherches sur les fentes labio-palatines, plus connue sous le nom de « bec-de-lièvre »…

Gilles Varela

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Caroline Dissaux, chirurgien et chercheur.
Caroline Dissaux, chirurgien et chercheur. — Carl Diner / L'Oréal
  • Une jeune chercheuse strasbourgeoise vient d’être récompensée par le programme L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science pour ses travaux sur la fente labio-palatine, communément appelée « bec-de-lièvre ».
  • Ses recherches portent sur la greffe de l’os sur l’arcade dentaire chez les enfants porteurs de fente labio-palatines.

Elle trouve la bonne formule pour assurer le sourire des enfants. Le sourire de ceux qui naissent avec une fente labio-palatine, communément appelée « bec-de-lièvre ». En France, un enfant sur 700 naît avec cette malformation faciale.

Caroline Dissaux, chirurgien et chercheuse praticien hospitalier au CHU de Strasbourg, vient d’être récompensée avec une bourse de 15.000 euros par le programme L’Oréal-Unesco pour les femmes. Une vraie aide, reconnaît la chercheuse, qui va pouvoir poursuivre ses recherches pour une des phases expérimentales de sa thèse, de son doctorat en science. « Cela m’aide à continuer mes recherches pour une des phases expérimentales très importante pour moi. »

Inesthétique, mais pas uniquement

« Quand on pense au “bec-de-lièvre”, on pense esthétique, mais il y a aussi l’arcade dentaire et l’ensemble du palais qui sont concernés. Cela peut empêcher de bien parler, de bien articuler. Le nez peut communiquer avec la bouche, il y a du liquide qui passe, ils ne peuvent pas manger normalement, etc. » Aussi, outre l’opération sur la lèvre, une greffe osseuse est nécessaire, pour « boucher le trou ». Une greffe sur l’arcade dentaire qui se pratique avec succès depuis 50 ans environ mais dont les résultats sont encore irréguliers. « On sait faire, on a des résultats qui sont plutôt bons mais on a certaines exceptions et celles-là, on n’aimerait pas les avoir. » Et c’est sur cette thématique que portent les recherches de Caroline Dissaux.

La chercheuse essaye d’améliorer et de comprendre la greffe osseuse faite au niveau de l’arcade dentaire. « Sur un bébé qui a une fente labio-palatine, tous les tissus sont là mais ils n’ont pas fusionné au moment de la formation du visage, entre la septième et la dixième semaine de vie fœtale, explique le chirurgien. Du coup ils ont leur arcade dentaire en deux parties, et le but est de recréer cette unité qui permettra aux dents de venir normalement sur l’arcade, mais aussi de créer une unité de la mâchoire supérieure, et donc permettre de bien projeter la lèvre, de bien soutenir le nez, de bien placer sa langue et donc de bien articuler. Ce n’est pas uniquement esthétique ou dentaire. »

Pour un modèle biomécanique mathématique

Doctorante au laboratoire ICUBE à Strasbourg où elle fait les tests biologiques, ses données sont intégrées dans un modèle biomécanique du laboratoire qui simule comment (pour simplifier) se reconstitue l’os. Car la question reste entière. Comment cette greffe s’intègre ? « Pourquoi parfois, ça marche très très bien, et parfois moins bien ? Comment faire pour que dans tous les cas, on ait, 90 % ou 100 % de l’os qui reste bien en place, qui prenne bien ? », s’interroge le médecin. C’est d’ailleurs en partant d’un constat clinique qu’est venue l’idée de ses recherches. « Nous testons les paramètres au sein d’un modèle biomécanique qui vont nous permettre d’obtenir de meilleurs résultats, plus prédictifs chirurgicalement. »

Mais pour avoir des certitudes, il faudra patienter encore, car la simulation de la reconstitution osseuse est un travail de recherche sur le long terme, même si les premières réponses grâce aux recherches de Caroline Dissaux, sur certains facteurs, devraient livrer leurs secrets dans un avenir proche, de quoi rendre le sourire.