VIDEO. Yoga-chèvre, yoga des hormones... Quand l'incroyable succès du yoga entraîne des dérives

BIEN-ETRE Le yoga, véritable phénomène de société, est devenu un business avec des déclinaisons loufoques: yoga des hormones, yoga-bière...

Oihana Gabriel

— 

Illustration d'un cours de yoga.
Illustration d'un cours de yoga. — Pixabay
  • Ces dernières années, on a vu en même temps que le yoga devenait une mode l'émergence de yogas cocasses.
  • Mais toutes les déclinaisons du yoga ne sont pas à mettre dans le même sac. 
  • Face à l’offre pléthorique, «20 Minutes» vous aide à chercher le cours qui vous correspond... sans tomber dans les dérives parfois anecdotiques, parfois dangereuses. 

« Avant on disait, je ne peux pas, j’ai piscine, maintenant on dit, je ne peux pas, j’ai yoga », ironise Claire Gautier. Cette passionnée de yoga se félicite de l’engouement récent pour cette pratique… Même si l’effervescence s’accompagne de dérives. Car le yoga est devenu un business et certains rivalisent d’imagination pour attirer avec du yoga des hormones, yoga-bière…

>> A lire aussi : Le yoga pour enfants, à la mode, vraiment adapté?

Le business du yoga à l’opposé de ses valeurs

On compte 36 millions de fans américains, 3 millions d’adeptes français. Et depuis quelques années, le yoga est partout. Sur la Toile, ce sont ces poiriers et postures aériennes qui pullulent sur Instagram.

Advanced poses that require us to stay upside down or recuire a lot of flexibility, strenght and balance are not the purpose of yoga practice. Although these are popular and useful practices. ❤ You don't have to worry at all if you can't do it because focus, peace, inner feeling and breath are much more important in yoga. ❤ But if you want to take physical practice to the next level, you can always find more advanced poses. My next goal is a good handstand, like I said before. ❤ Headstands are easier and one of my favorites. There is many benefits in doing them. For example doing headstands: ❤ - strengthen deeper core muscels - stimulate your nervous system - sharpen your concentration - Improve blood circulation - prevent the accumulation of fluids in your legs. ❤ I love that feeling when the blood streams to my brain and I feel much more energetic after a headstand practice.

A post shared by Nude Yoga Girl (@nude_yogagirl) on

A Paris, les centres et cours de yoga fleurissent. Pour Isabelle Morin-Larbey présidente de la Fédération nationale des enseignants du yoga, ce business est un réel contresens. « Le mot "yoga" est devenu presque une sorte d’étiquette vendeuse. Alors que c’est par essence une philosophie prônant la non-compétition, le détachement des fruits de l’action… et le désencombrement. Pour pratiquer le yoga, il est juste nécessaire de pouvoir respirer et mouvoir son corps. »

>> A lire aussi : Sport, alimentation, vêtements... Comment le yoga est devenu omniprésent

Dérives ou bonne publicité ?

Ce yoga à toutes les sauces fait-il de l’ombre à cette pratique ancestrale ? « On voit émerger des activités un peu loufoques, mais elles restent marginales, nuance Claire Gautier, fondatrice de Get Yogi, un site de yoga en ligne. J’aimerais bien savoir quelle est la proportion de personnes qui pratiquent le yoga-bière ou le Harry Potter yoga ! »

A condition que ces pratiques décalés du yogasoit une porte d’entrée et non un repoussoir… « Ces curiosités, si elles attirent parfois des personnes, c’est parce que le mot yoga est toujours porteur de symbole de sagesse et de sérénité, analyse Isabelle Morin-Larbey. Par ce biais, certains peuvent en venir ensuite à découvrir une réelle pratique du yoga, débarrassée de toutes ces " fariboles". »

Faire le tri

Ces spécialistes font un tri entre des pratiques utiles, qui se concentrent sur un aspect du yoga et les déclinaisons loufoques. « Le yoga des yeux de Bates a repris des exercices connus des ophtalmologues, plus des mouvements des muscles du visage, des techniques de concentration issues du yoga traditionnel, explique ainsi Isabelle, professeure et formatrice.

>> A lire aussi : Les cinq nouvelles tendances en matière de yoga

« Quand on parle de yoga des hormones, on simplifie au maximum pour répondre à la demande d’une niche, synthétise Heberson Oliveira, professeur de yoga et créateur d’une méthode, le vibhava yoga. Le yoga n’est pas une thérapie et ne peut répondre à un besoin précis : fertilité ou problèmes cardiaques, mais participe à un bien-être global. » Lui a pourtant développé une séquence de yoga-sex, où les élèves apprennent à renforcer leur périnée, à mobiliser leur bassin… « On n’est pas dans la performance sexuelle, mais dans la prise de conscience de son corps, précise-t-il. On s’est concentré sur une partie qu’on utilise en yoga, la recherche de l’énergie vitale. »

En revanche, ces spécialistes se montrent très critiques vis-à-vis de modes plus éloignées des traditions, notamment avec des chèvres ou des chats. « Le yoga "avec" me laisse rêveuse. Comment faire de l’intériorisation quand de petites chèvres vous sautent sur le dos ? ». Quant au yoga-bière et autre yoga-tequila, « le yoga est une école de liberté et non d’addiction », tranche-t-elle.

Certains prennent avec humour les dernières inventions. « Avec la fuck that méditation, une voix douce devient très vulgaire en une minute, s’amuse Claire. Normalement, un des premiers piliers du yoga, c’est la non-violence ! »

Comment choisir sans se tromper ?

Face à l’offre pléthorique et ces dérives, pas facile de trouver le cours adéquat. Le problème, c’est qu’il n’existe pas de diplôme reconnu par l’État. Aujourd’hui, il suffit d’avoir pratiqué 200 heures du yoga pour se dire enseignant. « Il faut demander au professeur quelle a été sa formation, assure Isabelle. Les Écoles Françaises de Yoga (EFY) forment les enseignants en quatre ans. Des cours d’anatomie, de psychologie, une formation sur les textes indiens sans parler de la construction des cours sont indispensables. »

Pas évident non plus de s’y retrouver entre le yoga Iyengar, bikram et ashtanga… « Le mieux c’est de commencer avec le Hatha yoga, traditionnel et qui travaille l’ensemble du corps, conseille Claire Gautier. Et n’hésitez pas à tester plusieurs cours ! »

Et gare à ne pas sauter des étapes... « Dans certains cours, on va directement à l’objectif, un poirier par exemple, déplore Heberson Oliveira. Alors qu’on ne sait pas respirer, se placer, se gainer. On va sortir de là fatigué, mais dans le yoga, on n’est pas censé transpirer ! »

Et surtout on risque de se blesser. Car ces déclinaisons, parfois extrêmes (hautes températures, pratique très acrobatique) et cette course à la performance s’avèrent parfois dangereuses. Surtout quand on a un cœur fragile ou une prothèse de hanche ! D'où l'intérêt de préciser les maux dont vous souffrez. « Il y a de plus en plus de personnes qui se font mal en yoga, regrette Isabelle. Un enseignant doit vous demander si vous avez des problèmes particuliers, sans être intrusif. »