Lille: Mieux vaut se faire opérer du cœur l'après-midi que le matin

SANTE Une étude réalisée par des chercheurs lillois tend à montrer que l’horloge biologique et une protéine pourraient influer sur les réactions du corps après une opération chirurgicale du cœur…

G.D. avec AFP
— 
Illustration d'une opération chirurgicale.
Illustration d'une opération chirurgicale. — M.Libert / 20 Minutes

Les chirurgiens vont-ils devoir s’adapter ? Le risque de développer de graves complications après une opération du cœur est deux fois moins élevé quand la chirurgie a lieu l’après-midi que le matin, en raison de l’horloge biologique, selon une étude publiée, ce vendredi dans The Lancet.

De nouvelles voies thérapeutiques

« La compréhension de ce mécanisme permet d’envisager de nouvelles voies thérapeutiques », estime David Montaigne, cardiologue à Lille et coauteur de l’étude publiée dans le journal médical britannique

« La chirurgie cardiaque est sûre avec très peu de complications de manière globale, mais quand on regarde dans le détail, il semble que la chirurgie l’après-midi confère une protection au cœur », commente auprès de l’AFP, David Montaigne.

Vieillesse, obésité ou diabète

Environ 20.000 personnes sont opérées chaque année du cœur en France, souvent en lien avec la vieillesse, l’obésité ou le diabète.

« Le moment de la journée, donc l’horloge biologique et le rythme circadien, influence la réponse du patient à ce genre d’opération. La différence n’est pas négligeable », poursuit le Pr. Bart Staels de l’université et du Centre Hospitalier Régional Universitaire (CHRU) de Lille et coauteur de l’étude.

Une étude sur 600 patients

L’équipe lilloise a surveillé l’évolution de près de 600 patients sur 500 jours après l’acte chirurgical. Tous avaient été opérés au CHRU de Lille, pour moitié le matin et l’autre moitié l’après-midi, pour le remplacement d’une valve cardiaque ou d’un pontage coronarien à cœur ouvert. L’étude s’est tenue de janvier 2009 à décembre 2015.

Il en ressort que les patients opérés l’après-midi ont deux fois moins de risque de développer de graves complications juste après l’opération (9,4 % contre 18,1 %), selon les chiffres de cette étude.

« Il y a des différences aussi à moyen et long terme », ajoute le Pr. Bart Staels. D’après l’étude, cette différence est liée à la tolérance à l’ischémie, privation d’oxygène des cellules cardiaques due à l’arrêt momentané du cœur, nécessaire pour l’opération.

Une protéine en cause ?

Une protéine (Reverb alpha), liée aux gènes de l’horloge biologique, est présente en plus grand nombre le matin, selon les résultats observés chez les souris. « Si on l’enlève, pendant la période de réveil, la susceptibilité de l’animal à l’ischémie change », explique-t-il.

Les auteurs préconisent donc d’opérer de préférence l’après-midi, avec « les difficultés logistiques que cela suppose ». Des médicaments bloquant la protéine identifiée pourraient également être développés.

Sur la base de leurs résultats, les chercheurs estiment néanmoins que de plus amples essais sont nécessaires.