Harvey Weinstein au MipCom de Cannes, en octobre 2015.
Harvey Weinstein au MipCom de Cannes, en octobre 2015. — VALERY HACHE / AFP

SCANDALE

VIDEO. Affaire Weinstein: Les cures de désintoxication sexuelle, arnaques ou thérapies utiles?

L'ancien producteur américain, accusé de harcèlement et de viols, a suivi pendant une semaine une cure de sevrage sexuel dans une clinique luxueuse...

  • Depuis deux semaines, chaque jour de nouvelles accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles surgissent contre l’ancien producteur Harvey Weinstein.
  • Il a assuré qu’il allait soigner sa maladie grâce à une cure de désintoxication sexuelle… qu’il n’a suivie qu’une semaine.
  • Mais pour plusieurs spécialistes de la sexualité, il faut bien différencier le sex addict du harceleur, profil qui correspond davantage à celui d’Harvey Weinstein.

Une petite semaine de sex rehab et puis voilà ? L’annonce samedi de la fin de la cure de désintoxication sexuelle d’Harvey Weinstein en Arizona a relancé la polémique sur ces très coûteux et décriés traitements conçus pour les « accros au sexe ».

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Se faire soigner ou se faire pardonner ?

Le producteur américain n’est pas le premier à suivre une telle cure de désintoxication sexuelle. Le célèbre golfeur Tiger Woods, l’acteur de X-Files et Californication David Duchovny ont également assuré souffrir d’une addiction au sexe. Maladie censée être traitée par des cures de désintoxication qui pullulent aux Etats-Unis.

Le magnat du cinéma a passé une semaine à la célèbre clinique The Meadows (Arizona), qui traite toutes les addictions pour une fortune (2.800 euros la nuit pour être précis). Mais  il n’a pas l’air de prendre très au sérieux cette cure de désintoxication sexuelle. Selon un porte-parole le producteur va désormais continuer les soins « pendant environ un mois »  hors du centre avec une thérapie individuelle.

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Avant lui, d’autres célébrités ont suivi de telles cures de désintoxication… pour de mauvaises raisons. Ainsi, le chanteur de Black Sabbath, Ozzy Osbourne a avoué début 2017 avoir fait appel à ces thérapies surtout pour se faire pardonner. Au Times, il reconnaissait ainsi « Je ne pense pas que je suis un putain de sex addict ».

Sex addict, une vraie maladie ?

En réalité, le concept même de sex addict fait débat au sein de la communauté scientifique. Aujourd’hui, l’Association américaine de psychiatrie ne classe pas l’addiction sexuelle comme une maladie mentale. « L’addiction sexuelle est un concept qui a été utilisé depuis longtemps pour justifier des comportements sexuels irresponsables d’hommes riches, puissants et égoïstes », résume David Ley, psychologue et auteur de l’essai Le mythe de l’addiction sexuelle. « Mais selon cette classification, la seule addiction comportementale considérée comme une maladie, c’est l’addiction au jeu », nuance François-Xavier Poudat, psychiatre sexologue, qui dirige une consultation sur les addictions, notamment sexuelles, au CHU de Nantes.

En France, toutefois, des consultations pour sex addicts se développent aussi, certains spécialistes assurant que l’addiction au sexe existe bel et bien. « On retrouve les mêmes mots, la même souffrance, les mêmes schémas dans l’addiction aux jeux, au sport ou au sexe, assure le psychiatre. Pour certains, le sexe a la même valeur thérapeutique que l’alcool ou le tabac. Certes, la société plus permissive et Internet ont facilité la libération de certains comportements sexuels, mais cela va bien au-delà du phénomène de mode. »

Un bon alibi pour les harceleurs ?

Mais il faut bien différencier l’homme souffrant de dépendance au sexe du harceleur. « Certaines personnes qui utilisent leur pouvoir et manipulent à des fins sexuelles sont plutôt à classer du côté du harcèlement que de la maladie, avance François-Xavier Poudat. L’addiction au sexe, c’est un comportement utilisé de manière répétée, envahissante, incontrôlable, dont la personne a pris conscience, il en souffre et en mesure les conséquences dramatiques. Alors que pour les agresseurs sexuels, la recherche du plaisir est plus importante que la souffrance de l’autre. Et il n’y a aucune volonté de soin. »

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« Bien sûr, dire ce n’est pas de ma faute, je suis malade, peut-être une excuse », renchérit Muriel Médaoui, sexothérapeute qui dirige une consultation pour cyberaddicts sexuels à l’hôpital Marmottan. Mais une personne ne peut pas décider seule qu’elle est dépendante au sexe, on s’appuie sur des données sérieuses. Et ce patient a souvent vécu des choses traumatisantes. » Autre différence de taille : « Les sex addicts ont un problème de confiance en eux, de mauvaise image, reprend le psychiatre. Alors que souvent les agresseurs expriment un sentiment de toute puissance. »

Une autre approche en France

Est-ce que ces cures de désintoxication sexuelle pour soigner des agresseurs ont un sens ? « J’espère de tout cœur que derrière ces cures, il y a une conscience professionnelle, sourit François-Xavier Poudat, auteur de Sexe sans contrôle (Odile Jacob). Mais il y a derrière tout ça un business et c’est un business d’avenir ! »

Si les consultations pour addiction au sexe commencent à se développer en France, peu de chance toutefois que ces cures à la sauce américaine n’envahissent tout de suite notre pays. « Ce sevrage sexuel dans des cliniques extrêmement chères n’existe pas en France, car on travaille d’une autre façon sur l’addiction au sexe, assure Muriel Médaoui. On essaie de voir s’il s’est passé quelque chose dans l’enfance, comment s’est construit la sexualité par la thérapie. » Et le Dr Poudat de conclure : « En France, c’est à l’hôpital que l’on prend en charge ces addictions au sexe, donc c’est remboursé, il y a un suivi, ce qui limite le danger du côté business. »