VIDEO. Cancer du col de l’utérus: Est-ce que le test HPV est la solution pour améliorer la prévention?

PREVENTION Alors que l'Inca va lancer en 2018 une campagne de dépistage, une association milite pour le déploiement du test HPV, qui permet l'auto-prélèvement...

Oihana Gabriel

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Illustration gynécologie.
Illustration gynécologie. — Didier Pallages afp.com
  • Si les outils de prévention sont multiples, le cancer du col de l'utérus ne recule pas.
  • L'Etat veut modifier sa stratégie pour mieux dépister ce cancer lié au papillomavirus (HPV), transmis par voie sexuelle.
  • Un dépistage organisé va être mis en place en 2018, en s'appuyant notamment sur ce test HPV.

Depuis 2000, le nombre de cancers du col de l’utérus (environ 3.000 par an) et les décès (1.100) stagnent. C’est pourtant  le seul cancer qu’on peut prévenir. Face à ce relatif échec, l’Etat a voulu revoir sa stratégie de prévention. Début 2018, le ministère et l’Institut national du cancer (Inca) lanceront un dépistage. En plus du vaccin, décrié et peu utilisé, du frottis, que seulement 60 % des femmes font régulièrement, un autre outil devrait être mis en avant : le test HPV.

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C’est quoi le test HPV ?

Le prélèvement se déroule comme un frottis, mais « au lieu de faire une analyse de cellules, on réalise une analyse de virus », souligne Joseph Monsonego, gynécologue et président de 1000 femmes, 1000 vies, une association qui milite pour la prévention de ce cancer, notamment par ce test HPV. Mais la grosse différence avec le frottis, c’est aussi que les femmes peuvent réaliser seules un auto-prélèvement. Comment ? La patiente frotte la paroi vaginale avec un écoutillon, sorte de grand coton-tige. Elle le dépose ensuite dans un tube stérile en plastique qu’elle envoie dans une enveloppe pré-affranchie à un laboratoire.

Quels avantages?

Cet auto prélèvement permet de toucher des femmes qui échappent aujourd’hui au dépistage. Environ 40 % des femmes ne font pas du tout de frottis ou de manière irrégulière, notamment les femmes après la ménopause, les populations des milieux défavorisés, celles qui vivent dans un désert médical ou qui ne supportent plus d’aller voir un spécialiste après une mauvaise expérience. Une expérimentation menée en Indre-et-Loire et analysée par Santé Publique France en janvier 2017  montre que « les femmes n’ayant pas répondu à une invitation à réaliser un frottis reçoivent à domicile un kit d’auto-prélèvement. Et, alors que les simples courriers de relance n’ont pas d’efficacité, l’envoi de ce kit permet de doubler la participation au dépistage (22,5 % versus 11,7 %) ». Par ailleurs, «plusieurs pays comme la Hollande, l'Australie, les USA ont adopté ce test HPV en dépistage primaire et prouvé que davantage de femmes étaient ainsi dépistées», avance le Dr Monsonego.

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Autre avantage: «le frottis est un outil qui peut être imparfait, reprend le gynécologue. En moyenne entre 20 et 30 % des cancers du col observés ont échappé à la détection précoce par un frottis. Et un frottis anormal ne pose pas un diagnostic. » En revanche, ce test HPV semble plus fiable : « quand il est négatif, il donne une sécurité de presque 100 % qu'il n'y a pas de risque pour la patiente. »

Quels inconvénients?

Mais cette méthode pose tout de même question : il existe quinze types de virus différents du papillomavirus et seulement quatre ou cinq sont vraiment dangereux. Dans plus de 60 % des cas, l’infection par HPV régresse spontanément dans l’année suivant la contamination sexuelle. Avec des tests plus fiables et davantage de femmes suivies, le nombre de patientes qui ont ce papillomavirus devrait mécaniquement augmenter. «L’inconvénient, c’est que l’on risque d'inquiéter inutilement des femmes qui ne feront pas de lésion cancéreuse, reconnaît le Dr Monsonego. Reste que les femmes qui effectueront ce test seules et qui recevront chez elle une réponse claire : vous êtes porteuse d’un papillomavirus ou non, devront être bien informées.

Autre critique : cet auto prélèvement ne doit pas remplacer les consultations gynécologiques utiles pour parler contraception, cancer du sein, fertilité…

Surtout, le test n’est que la première étape d’une prévention efficace. « Derrière ce test, il faut que les patientes puissent être prises en charge, souligne Jean Gondry, gynécologue au CHU d’Amiens et président de la Société Française de Colposcopie et de Pathologie Cervico-Vaginale. Ce qui implique que les professionnels de santé aient les moyens de faire face à l'afflux de patientes qui auront effectué ce test.

Comment va se dérouler le dépistage organisé?

Pour le moment, l'Institut national du Cancer prévoit d’inviter par courrier «uniquement les femmes qui ne font pas spontanément ce suivi gynécologique» à consulter leur médecin traitant, gynécologue ou sage-femme, précise Stéphanie Barré, du département dépistage de l’Inca. Si la patiente n’a pas consulté, l’Inca préconise une relance en envoyant un auto-test HPV à son domicile. « On souhaite d’abord promouvoir un suivi avec un professionnel de santé. Si vraiment elles ne répondent pas, on leur offre la possibilité de se faire dépister», reprend Stéphanie Barré.