La téléconsultation avec un psychiatre, comment ça marche?

PSY Un nouveau service proposera à partir du 6 novembre des consultations en visioconférence avec des psychiatres. Une solution intéressante pour les déserts médicaux…

Oihana Gabriel

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La téléconsultation dans certaines spécialités, notamment la psychiatrie devraient se développer dans les prochaines années.
La téléconsultation dans certaines spécialités, notamment la psychiatrie devraient se développer dans les prochaines années. — Pixabay
  • La ministre de la Santé veut miser sur la télémédecine dans certaines spécialités, notamment la psychiatrie.
  • La première plateforme à proposer des visioconsultation dans ce domaine ouvre ce lundi.
  • Comment ça se passe une séance chez le psy devant l’écran ? « 20 Minutes » a posé la question à la psychiatre à l’origine du site et à une patiente qui l’a testé.

Vous avez rendez-vous avec votre psychiatre… et votre écran. A partir du 6 novembre, la plateforme Doctoconsult, qui propose des téléconsultations en psychiatrie, sera accessible à tous.

Une petite révolution pour toutes les personnes qui sont freinées dans leur démarche d’aller consulter à cause de déplacements réguliers, de handicap, de délais interminables ou d’éloignement. Justement, selon une interview au Figaro la ministre de la Santé veut miser que la télémédecine en psychiatrie pour lutter contre les déserts médicaux.

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Un acte médical remboursé

Une déclaration qui a ravi Fanny Jacq. Cette psychiatre lance la première plateforme de visioconsultation en psychiatrie adoubée par les autorités sanitaires. Si la télémédecine est en pleine explosion, ce site a une spécificité de taille : « beaucoup de sites proposent du conseil par téléphone, c’est une petite question par chat pour 2 ou 3 euros et vous avez un praticien qui répond dans l’heure. On propose un acte médical avec à la fin un diagnostic. Notre site a reçu l’agrément de l’Agence Régionale de Santé et l’accord de la Sécurité sociale pour que l’acte soit remboursé. »

Et Doctoconsult permet de contacter pour le moment 70 médecins, une majorité de psychiatres, « mais également quelques médecins nutritionnistes, addictologues ou tabacologues, reprend Fanny Jacq. Mais uniquement des spécialités qui ne nécessitent pas d’examen clinique ».

Premiers pas

Concrètement, comment ça se passe ? Un patient peut se connecter, à partir de son ordinateur, de sa tablette ou de son smartphone avec un identifiant et un mot de passe. Une fois qu’il a réservé un créneau avec le spécialiste de son choix, soignant comme patient se connectent et peuvent poursuivre leur travail à travers l’écran. Si le patient entre ses coordonnées bancaires dès le début de la téléconsultation, ce n’est qu’à la fin, quand le médecin appuie sur terminer que le patient est débité. « Ainsi, s’il y a un souci de connexion, le médecin ne prélève pas le patient », souligne la psychiatre. Et selon elle, tous les médecins sont soumis à des contrôles pour qu’honoraires comme durée de téléconsultation restent raisonnables.

S’il y a besoin d’une ordonnance, d’un arrêt de travail ou de feuille de soins pour être remboursé, ils sont envoyés par courrier.

Eviter de rompre le lien

Est-ce que l’écran va se substituer au divan ? Pas vraiment. « La visioconsultation n’a pas pour vocation de remplacer les consultations au cabinet, répond la psychiatre. Mais c’est plutôt une solution complémentaire. Cela permet de ne pas rompre le lien avec des patients qui ne peuvent pas se déplacer ou vont passer quelques mois ailleurs. » Mais cette possibilité n’est pas forcément adaptée pour des patients psychotiques en phase aiguë et pour une psychanalyse, reconnaît Fanny Jacq.

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Audrey, une patiente depuis dix ans de cette psychiatre, a pu tester en avant-première ce service et semble convaincue. « J’ai dû rester alitée à cause de problèmes de dos et j’étais ravie de ne pas interrompre les consultations pendant deux mois. D’autant que je peux être amenée à voyager pour mon travail et que j’ai eu récemment un deuxième enfant. Traverser Paris avec un nouveau-né me semblait insurmontable… » Et niveau confort pendant la séance ? « La vidéo apporte beaucoup car on voit le visage de l’autre, à la différence du téléphone, assure Audrey. Pour moi, c’est comme si j’étais au cabinet. »

Conquérir de nouveaux patients

Mais le site s’adresse aussi à des personnes qui n’ont jamais consulté. Pas évident pourtant de construire un lien de confiance sans avoir jamais serré la main d’un médecin. « Cela ne conviendra pas à tout le monde, reconnaît Audrey. Mais aujourd’hui beaucoup de relations professionnelles et personnelles se créent à distance. »

Fanny Jacq ne nie pas la difficulté. « C’est une des raisons pour lesquelles nous avons testé la plateforme pendant un an. Au départ, on proposait uniquement à nos patients ce service. Mais le bouche-à-oreille a amené de nouveaux patients. On a eu une bonne surprise : la relation de confiance s’établit d’une autre façon. Il manque le contact physique, mais on voit le patient dans un environnement familier. »

Si certains peuvent regretter que le contact humain soit remplacé par un écran, d’autres « sont plus détendus, ils n’ont pas eu le temps de trajet, l’attente et se sentent protégés par l’écran, explique la psychiatre. Je pense aux adolescents et aux enfants pour qui c’est un outil simple et naturel. »

Une solution pour les déserts médicaux ?

Le dispositif offre donc une réponse dans les zones qui manquent de psychiatres. Et les patients pourront aussi choisir sur ce site tel spécialiste des troubles du sommeil ou pédopsychiatre et non se satisfaire du psychiatre le plus proche. « On constate qu’en France aujourd’hui un patient sur deux qui souffre de dépression et burn-out n’est pas suivi », regrette Fanny Jacq.

Certains hôpitaux ont d’ailleurs opté pour la téléconsultation, ainsi au Centre hospitalier de Rouvray (Seine-Maritime), propose depuis dix ans des téléconsultations en psychiatrie… avec un taux de satisfaction de 88 % des patients.

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Reste le problème de la couverture numérique. « C’est sûr que l’écran qui se fige quand on raconte une histoire intime, c’est gênant, sourit Audrey. Si vous êtes en face d’un médecin, en général les conversations ne sont pas interrompues, sauf s’il s’évanouit. » Optimiste, elle estime que « le développement de la télémédecine forcera peut-être les collectivités, les mairies, les maisons de retraite à s’équiper de la fibre ! »

Et vous, seriez vous prêt à échanger avec un psychiatre en téléconsultation? Ou cela vous semble-t-il moins humain et donc moins efficace? Donnez nous votre point de vue à contribution@20minutes.fr