Ostéoporose: Pourquoi la situation est très inquiétante selon les rhumatologues

MALADIE Une association veut attirer l’attention des pouvoirs publics sur cette maladie méconnue, alors que 85 % des patients ne sont pas traités après une fracture…

Oihana Gabriel

— 

Illustration d'un patient levant ses béquilles. En France, l'ostéoporose, une maladie qui fragilise les os et provoque nombre de fractures, touche touche environ 400.000 personnes par an.
Illustration d'un patient levant ses béquilles. En France, l'ostéoporose, une maladie qui fragilise les os et provoque nombre de fractures, touche touche environ 400.000 personnes par an. — Pixabay
  • Aujourd'hui encore, l'ostéoporose est souvent considérée comme une conséquence du vieillissement, ce qui entraîne des déficits à la fois dans le diagnostic et le suivi. 
  • L'AFLAR a mené un état des lieux sur cette maladie chronique qui touche surtout des femmes après 50 ans, mais pas uniquement et publie ce mardi un livre blanc, trois jours avant la Journée mondiale de l'Ostéoporose le 20 octobre.
  • Avec l'espoir de changer le regard sur cette fragilité des os qui provoque des fractures en cascade. 

Ils vont remettre aux autorités sanitaires un Livre blanc sur l’ostéoporose « pour que la première fracture soit la dernière ». Car selon l’Association Française de Lutte Anti-Rhumatismale (AFLAR), qui a mené un état des lieux avec des rencontres de patients et médecins dans dix villes de France, il y a urgence.

>> A lire aussi : Un traitement de l’ostéoporose, efficace contre les cancers du poumon et du sein

Des dysfonctionnements en cascade

« On entend parfois que c’est normal de se casser les os quand on a des rides, je m’insurge, s’emporte Laurent Grange, rhumatologue au CHU de Grenoble et président de l’AFLAR. Il y a eu un plan Alzheimer, un plan ostéoporose s’impose. »

Pourquoi ? Parce que cette maladie méconnue n’a rien d’un banal désagrément inévitable. Cette maladie chronique silencieuse, qui se traduit par moins d’os et des travées osseuses perforées, a pour première conséquence des fractures, qui touchent, après 50 ans, 1 femme sur 3 et 1 homme sur 5. L’ostéoporose est sous-diagnostiquée et sous-traitée, plaident ces spécialistes.

Et le suivi n’est pas au rendez-vous : seulement 15 % des patients se retrouvent sous traitement après ce type d’accident. Depuis une dizaine d’années, les prescriptions de ces traitements médicamenteux contre l’ostéoporose baissent. Et quand les patients sont pris en charge, ils ne suivent pas souvent leur traitement : la moitié d’entre eux a abandonné leurs médicaments au bout d’un an… Pourquoi ? Les causes sont toujours multiples, mais l’enquête suggère une piste d’explication : 35 % des patients interrogés trouvent que ces traitements sont difficiles à vivre.

Un risque de « tsunami » de fractures

Si les autorités sanitaires ne prennent pas cette question au sérieux, il y a un risque de « tsunami » de fractures. En effet, une première fracture est suivie dans 30 % des cas par d’autres. Avec un coût exorbitant : entre 1 et 5 milliards d’euros chaque année. Et des souffrances au quotidien : « beaucoup des patients nous ont expliqué qu’ils perdent de l’autonomie, qu’ils ne peuvent plus jouer avec leurs petits-enfants, c’est une épidémie », souligne Françoise Alliot-Launois, vice-présidente de l’AFLAR.

Comment améliorer cette prise en charge ?

Forte du soutien de certains sénateurs et députés, l’association suggère sept pistes de réflexion dans ce livre blanc pour encourager les pouvoirs publics à prendre des décisions fortes. Avec pour mot d’ordre de sensibiliser.

>> A lire aussi : Comment les clichés sur les hommes et les femmes nuisent gravement à votre santé

Car la maladie est victime de bien des idées fausses. Non, elle ne concerne pas uniquement les femmes, même si cette fragilité des os apparaît souvent chez les femmes ménopausées. « Aujourd’hui, sur les plus de 50 ans, 15 % des hommes sont concernés, nuance Bernard Cortet, rhumatologue au CHRU de Lille. Mais la gravité est plus importante : dans 30 % des cas, l’issue est fatale pour les hommes contre 20 % pour la totalité des patients ». De même, si l’ostéoporose touche surtout des retraités, certaines femmes jeunes, quand elles ont été victimes d’anorexie mentale, de problèmes thyroïdiens ou sous corticoïdes pendant longtemps, risquent de souffrir de cette maladie des os. « Il faut donc une prévention dès le plus jeune âge », assure le président de l’AFLAR. Pour que chacun sache qu’une bonne alimentation (riche en calcium et en vitamine D), de l’activité physique, l’arrêt du tabac et de l’alcool sont favorables à vos os.

Mais cette prévention tout au long de la vie ne suffira pas : il faut que les généralistes, en première ligne pour le diagnostic et le suivi, accompagnent mieux ces patients avec des mesures incitatives. Autre suggestion : mener des enquêtes sur le coût global de cette maladie et créer un registre national des fractures dues à l’ostéoporose. « Il ne faut pas des mesurettes, mais certaines pistes sont plutôt simples à mettre en place, rassure Laurent Grange. Par exemple mesurer les personnes dans les pharmacies, chez les généralistes et dans les cures thermales ». En effet, 50 % des patients interrogés lors de l’enquête ont perdu jusqu’à 3 cm, « c’est tout sauf anodin ! », répète l’association.