Comment soulager, sans risque, la douleur chez les femmes enceintes?

GROSSESSE Mardi des pictogrammes sur les boîtes de médicaments dont la consommation représente un risque ou un danger pour les futures mères et leur bébé à naître font leur apparition…

Anissa Boumediene
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Des pictogrammes représentant une femme enceinte vont être apposés à partir du 17 octobre 2017 sur les boîtes de médicaments dont la prise comporte des risques pendant la grossesse, posant notamment la question de l'accompagnement thérapeutique de la douleur physique chez les futures mères.
Des pictogrammes représentant une femme enceinte vont être apposés à partir du 17 octobre 2017 sur les boîtes de médicaments dont la prise comporte des risques pendant la grossesse, posant notamment la question de l'accompagnement thérapeutique de la douleur physique chez les futures mères. — Rafael Ben-Ari/Chameleo/REX/SIPA
  • A l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la douleur, ce lundi, « 20 Minutes » se penche sur la gestion de la douleur chez les femmes enceintes.
  • Mardi des pictogrammes sur les boîtes de médicaments dont la consommation représente un risque ou un danger pour les futures mères et leur bébé à naître vont apparaître.
  • En cas de migraine, de douleurs dorsales, dentaires ou encore en cas de maux de ventre, quelle alternative proposer aux femmes pour les aider à surmonter la douleur?

Ils vont se faire une place à côté du symbole figurant une voiture et avertissant du danger de conduire sous l’emprise de certains médicaments. Des pictogrammes représentant une femme enceinte vont être apposés à partir de mardi sur les boîtes de médicaments dont la prise comporte des risques pendant la grossesse, a annoncé la Direction générale de la santé (DGS). « Apposés par les laboratoires sur les médicaments concernés », ces pictogrammes offrent « une meilleure visibilité de l’information relative à ces risques, déjà signalée dans la notice du médicament », a souligné la DGS. Et à l’occasion ce mardi de la présentation du tout dernier Livre blanc de la douleur, se pose la question de la gestion de la douleur chez les femmes enceintes.

« Danger » et « interdit »

Le premier est un pictogramme « danger » (une silhouette de femme enceinte dans un triangle rouge), pour signaler « aux patientes que le médicament doit être utilisé uniquement s’il n’y a pas d’autre médicament disponible. » Le second est un pictogramme « interdit », qui « signale aux patientes que le médicament ne doit pas être utilisé ».


60 % des médicaments comporteront ainsi un pictogramme grossesse, dont un tiers le pictogramme « interdit » et deux tiers le pictogramme « danger », est-il précisé dans un questions-réponses mis en ligne sur le site du ministère de la Santé. Cette mesure concernera « une large part de la pharmacopée » pour rappeler que « l’utilisation de médicaments pendant la grossesse n’est pas banale et nécessite l’avis d’un professionnel », selon la DGS.

« On ne connaît pas tous les mécanismes et effets de nombreux médicaments sur le développement fœtal »

« En tout état de cause, et quelle que soit la cause de la douleur chez la femme enceinte, il est toujours recommandé de consulter son médecin ou sa sage-femme et l’automédication est à proscrire, insiste le Dr Philippe Descamps, gynécologue-obstétricien, chef du pôle femme-mère-enfant au CHU d’Angers. Il existe toutes formes de douleurs chez les futures mères, liées ou non à la grossesse, poursuit-il. En chercher la cause et le traitement seule sur internet est tout ce qu’il faut éviter ».

« Si son intensité le requiert, je considère qu’il vaut mieux une douleur soulagée que non traitée, estime le Dr Lhuillery, médecin algologue. Sauf si le médicament a un effet délétère sur la construction du bébé, car il est certain que l’usage des traitements est plutôt contre-indiqué durant la grossesse, abonde-t-elle. Pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas d’études menées sur les femmes enceintes sur l’innocuité des médicaments sur le bébé à naître. De fait, on ne connaît pas tous les mécanismes et effets de nombreux médicaments sur le développement fœtal. On le voit d’ailleurs aujourd’hui avec le scandale de la Depakine ». D’ailleurs, la mise en place de ces pictogrammes s’inspire d’une mesure similaire prise il y a quelques mois concernant les médicaments contenant du valproate, la molécule contenue dans la Depakine.

Favoriser la prise en charge non médicamenteuse

Evidemment, assurer la sécurité sanitaire des femmes enceintes est une priorité. Mais en cas de migraine, de douleurs dorsales, dentaires ou encore en cas de maux de ventre, quelle alternative proposer aux femmes pour les aider à surmonter la douleur physique qu’elles peuvent parfois ressentir durant la grossesse ? D’autant qu'« une femme de nature douloureuse aura tendance à être plus douloureuse que les autres durant la grossesse », relève le Dr Lhuillery. Même si « une femme souffrant de douleurs chroniques les voit généralement s’atténuer ou disparaître quand elle est enceinte, sous l’effet des hormones de grossesse, notamment en cas de fibromyalgie »

Le plus souvent, les femmes enceintes « sont confrontées à des douleurs mécaniques, lombaires par exemple, indique la spécialiste de la douleur. Ce qui nécessite assez peu de traitements proscrits par la pharmacopée durant la grossesse. Le plus souvent, au-delà de la seule prescription de paracétamol, on orientera la patiente enceinte vers une prise en charge plus corporelle et non-médicamenteuse de sa douleur : ostéopathie, acupuncture, mésothérapie ou encore mesures d’hygiène de vie permettront généralement de soulager la future mère souffrant de douleurs physiques ».