Limoges: Jouets, peintures, bavoirs... une crèche bannit les perturbateurs endocriniens

SANTE C’est la première crèche de France à tenter de diminuer progressivement l’exposition des tout-petits aux perturbateurs endocriniens…

Elsa Provenzano

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La vaisselle en plastique dur est progressivement abandonné à Limoges.
La vaisselle en plastique dur est progressivement abandonné à Limoges. — Julien Dodinet / Ville de Limoges
  • La ville de Limoges a décidé d’expérimenter une crèche sans perturbateurs endocriniens.
  • Elle a été aidée par des spécialistes qui lui ont délivré des préconisations.
  • Elle les mettra en place progressivement au cours des deux ans à venir, et entend les étendre ensuite à ses 12 autres crèches municipales.

A Bordeaux, l’action du collectif Cantine Sans Plastique contre les perturbateurs endocriniens a porté ses fruits, puisque le retrait de la vaisselle en copolyester (plastique) a été annoncé par Alain Juppé  à partir du 1er janvier et devrait être remplacée par du verre trempé. A Limoges, la municipalité (LR) s’est saisie des questions des perturbateurs endocriniens et ne compte pas s’arrêter à la vaisselle, qu’elle souhaite dorénavant en porcelaine.

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Limoges, avant-gardiste en la matière 

Depuis 2016, elle a lancé une expérimentation pour réduire drastiquement l’exposition des tout-petits aux perturbateurs endocriniens dans la crèche Joliot-Curie, qui venait d’être réhabilitée et agrandie. Si beaucoup de crèches engagent des démarches écologiques, elle est la seule en France à s’être emparée du sujet épineux des perturbateurs endocriniens, « ces substances chimiques qui interfèrent avec le système endocrinien (ensemble des organes et tissus qui sécrètent des hormones) et engendrent des dysfonctionnements au niveau de la croissance, du développement, du comportement ou encore des fonctions reproductrices », explique la municipalité sur son site.

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Le maire, Emile Roger Lombertie (LR) est médecin. « Un élément déterminant dans cette démarche, explique Nadine Rivet (Modem), en charge de la petite enfance à Limoges. Dès janvier 2015, nous avons signé la charte Limoges "ville santé citoyenne" et ciblé particulièrement le secteur de l’enfance ». A Limoges, on a diminué le sel dans tous les menus des cantines scolaires (on ne sale pas dans les crèches) et un programme de diminution du gras et du sucre est aussi en cours.

Un audit réalisé début 2017

Anne Lafourcade et Olga Diarté, ingénieures libérales en chimie et santé environnementale et auteures d’un guide sur le sujet pour l’agence régionale de santé (ARS), ont fait un diagnostic dans la crèche Joliot Curie de Limoges qui compte une soixantaine de places. « Sans surprise cela a été un exercice difficile car on ne connaît pas la composition de certains produits, comme les meubles par exemple, rapporte Anne Lafourcade. On adopte alors des stratégies d’évitement global, on sait par exemple que les produits parfumés contiennent des phtalates. »

Au-delà de l’analyse des produits (détergents, textiles, vaisselle, loisirs créatifs etc.), elles se sont aussi intéressées au travail des personnels : ceux en contact avec les enfants mais aussi les architectes pour les revêtements des sols et des murs et enfin les services techniques, notamment pour les achats.

Changer les pratiques

147 points d’amélioration ont été identifié par cette équipe de spécialistes. Certains sont faciles à mener comme l’élimination de certains jouets mais d’autres comme l’équipement en nettoyants vapeur, permettant d’éviter de nombreux détergents toxiques, est onéreux. « On a aussi encouragé le remplacement des biberons plastiques amenés par les parents par d’autres en verre, une matière inerte, explique Anne Lafourcade, alors que les premiers sont suspectés de contenir du bisphénol S ». Si l’accueil des agents a été bon, convaincre les acheteurs, pour lesquels cela représente une contrainte en plus, a été plus compliqué.

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« Il a fallu persuader tout le monde de l’intérêt de la démarche », confirme Nadine Rivet. Mais la volonté politique de la Ville semble forte : des négociations sont en cours avec un fabricant de porcelaine pour la vaisselle, les jouets litigieux ont été jetés, les lingettes nettoyantes bannies, et quatre nettoyants vapeurs seront achetés d’ici la fin de l’année. « On a aussi éradiqué la peinture à paillettes, toxique, pour proposer seulement de la gouache », précise l’adjointe à la petite enfance. « Sur les jeux en bois, il peut y avoir des colles ou des vernis qui ne sont pas bons, prévient Nadine Rivet. Il faut être prudents et vérifier les labels ». Exit aussi les bavoirs en plastique remplacés par d’autres en tissus et l’aération des locaux est réalisée fréquemment pour lutter contre la pollution de l’air intérieur. 

La municipalité ne nie pas l’existence de désavantages dans sa démarche, ainsi certaines préconisations seront moins pratiques pour les agents. En renonçant aux gobelets en plastique équipés de becs pour les petits, par exemple, il faudra les surveiller davantage lorsqu’ils boiront. Mais ils sauront aussi plus rapidement boire au verre tous seuls.

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Une ambition plus large

L’adjointe se donne deux ans pour mettre en place progressivement les préconisations. L’expérimentation devrait être déployée sur les 12 autres crèches municipales et à terme les bonnes pratiques, comme l’abandon des détergents toxiques, ont vocation à s’étendre sur l’ensemble des bâtiments municipaux de Limoges.

Eradiquer l’ensemble des perturbateurs endocriniens de la structure est une mission impossible. Dans la cosmétique, l’alimentation et le textile il existe des étiquetages mais on manque d’informations sur beaucoup d’autres produits. Mais cette démarche, soutenue par l'ARS, permet de diminuer considérablement l'exposition des enfants, particulièrement vulnérables, à ces substances dangereuses.