Octobre rose: Retourner au travail après un cancer… il y a encore du boulot pour faire avancer les mentalités

SANTE A l’occasion d’Octobre rose, mois consacré à la lutte contre le cancer du sein, les résultats de deux études sur le thème « cancer et travail » viennent d’être dévoilés à Toulouse…

Béatrice Colin

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Lors d'une mammograhie de dépistage du cancer du sein.
Lors d'une mammograhie de dépistage du cancer du sein. — SERGE POUZET/SIPA
  • L’Institut universitaire du cancer de Toulouse et l’association La Vie Après ont mené deux études auprès de 503 entreprises et 818 patientes atteintes d’un cancer du sein sur la relation « cancer et travail ».
  • 71 % des entreprises rencontrent des difficultés lors du retour de leur salarié.
  • 30 % des patientes atteintes d’un cancer ont repris leur activité à cause de leur perte de revenu.

Il y a un peu plus d’un an, Marie-Pierre, commerciale dans une grande entreprise, quittait son boulot la veille de son opération d’un cancer du sein. « Je pensais en avoir pour trois mois. Mais il y a eu des complications, j’ai subi une double ablation des seins et puis il y a eu la reconstruction. Je n’ai pas encore repris, j’ai peur mais je suis impatiente », raconte cette ancienne patiente de l’Institut universitaire du cancer de Toulouse (IUCT).

20 % de malades insatisfaites de leur reprise

Comme elle, de nombreuses femmes appréhendent de retourner au boulot. Pas toujours pour les mêmes raisons. Parfois par peur d’être isolée, parfois de ne pas arriver à tenir la cadence ou encore d’avoir à subir les reproches de leurs collègues qui ont dû mettre les bouchées doubles en son absence.

Ce qui arrive dans 20 % des cas. C’est ce que révèle l’une des deux études menées sur le thème « Comment concilier travail et cancer ou maladie chronique » et dont les résultats ont été dévoilés ce mercredi dans le cadre d’une journée d’actions autour d’Octobre rose.

L’association La vie Après, dont Marie-Pierre est membre, s’est chargée de relayer un questionnaire auprès des patientes via les réseaux sociaux. Plus de 800 femmes atteintes d’un cancer du sein y ont répondu.

30 % reprennent pour des raisons financières

Et si combattre la maladie reste le centre de leurs préoccupations durant leur arrêt maladie, d’autres phénomènes viennent parasiter leur convalescence. « Dans le secteur privé, 70 % d’entre elles perdent des revenus durant leur arrêt et 30 % indiquent avoir repris leur activité pour des raisons financières », souligne Marie-Laure Fernandez de l’association.

Enquête cancer & travail auprès des patients by colin on Scribd

Sans parler des patientes relevant du régime des indépendants. « Il y en a qui ne s’arrêtent pas sinon elles n’ont plus de revenus », relève le professeur Henri-Roché, oncologue et directeur médical à l’IUCT.

Pour que la reprise se fasse tout de même en douceur, les deux tiers des femmes ont répondu être revenu au sein de leur entreprise à temps partiel. Mais elles ne sont que 30 % à avoir demandé une reconnaissance en qualité de travailleur handicapé, « de peur d’être stigmatisée ou mise au placard ».

« Il y a encore un problème de mentalité, le mot freine et fait peur alors qu’il permet une aide à la reprise. Il existe de nombreux dispositifs mais ils sont mal connus », reconnaît Bénédicte Blondel, présidente de l’association nationale des ressources humaines.

Difficultés des entreprises à gérer les situations

Si elles se disent soucieuses du bien-être de leurs employés, 71 % des entreprises reconnaissent dans une deuxième étude menée par l’IUCT qu’elles rencontrent des difficultés à gérer le maintien ou le retour au travail des salariés atteints d’un cancer ou d’une maladie chronique.

Les responsables des 503 entreprises de la région Occitanie qui ont répondu pensent pour 61 % d’entre eux que les salariés peuvent retravaillent comme avant et 51 % estiment même qu’il est possible d’avoir une activité professionnelle pendant le traitement. Quand 60 % des patientes jugent, elles, que leur période de temps partiel thérapeutique est trop courte.

« Il est important de faire comprendre que tout n’est pas comme avant le cancer. Aujourd’hui, nous avons ces résultats et nous devons nous en servir. Nous pouvons répondre aux besoins des entreprises qui demandent par exemple à avoir plus d’informations sur les pathologies ou un annuaire des interlocuteurs », plaide Dorra Kanoun, oncologue responsable de la consultation « Après cancer » à l’IUCT.