Comment Strasbourg est devenue la capitale du sport-santé sur ordonnance (Archives)
Comment Strasbourg est devenue la capitale du sport-santé sur ordonnance (Archives) — G. Varela \ 20 Minutes

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Comment Strasbourg est devenue la capitale du sport-santé sur ordonnance

Les deuxièmes assises européennes du sport-santé sur ordonnance se déroulent dans la capitale alsacienne, ville depuis laquelle le dispositif s’est développé…

  • A l’occasion des deuxièmes assises européennes du sport-santé sur ordonnance jeudi, 20 Minutes retrace le parcours de la capitale alsacienne qui en est devenue la capitale.
  • La première année à Strasbourg, près de 800 ordonnances avaient été délivrées par plus de 150 médecins généralistes. Aujourd’hui, le dispositif compte 2.000 patients et un réseau de 350 médecins.

On sourit parfois en évoquant les multiples titres de « capitale » attribués à Strasbourg : capitale de l’Alsace, européenne, de Noël, des vélos… A cette liste, on ajoute volontiers celle du sport-santé sur ordonnance. Vous savez ce dispositif qui permet à un médecin de prescrire de l’activité physique en guise de médicament à un patient souffrant d' une affection de longue durée.

Ce jeudi, en présence de la ministre des Sports Laura Flessel, les deuxièmes assises européennes du sport-santé sur ordonnance se tiennent à Strasbourg. A cette occasion, retour sur une course totalement maîtrisée par la capitale alsacienne, championne dans cette catégorie.

Chausser les baskets. Faire de l’activité physique un médicament prescrit par son médecin, il suffisait d’y penser. C’est le docteur Alexandre Feltz, adjoint au maire de Strasbourg en charge de la santé publique, qui en a eu l’idée. « Il y a des éléments de contexte liés à mes engagements. D’abord, en tant que médecin généraliste et universitaire qui a été sportif. Depuis toujours, je préconise une activité physique pour les malades. C’était très difficile : moi j’ai toujours été convaincu mais j’avais du mal à engager un changement de comportement chez les patients », raconte Dr Alexandre Feltz.

En 2012, il a néanmoins pu compter sur « des études scientifiques aux résultats forts » allant dans ce sens. Preuves en main, l’adjoint est allé trouver son maire Roland Ries, pour lui souffler l’idée de mettre en place un système pour que les médecins puissent prescrire le sport comme un médicament.

Démarrage en petites foulées. L’expérimentation strasbourgeoise commence doucement, mais sûrement. « A l’époque, on n’avait qu’un demi-éducateur. On ne prescrivait que du vélo, résume Alexandre Feltz. Mais il fallait une initiative politique, alors que ce n’était pas forcément une compétence de la ville et que l’idée semblait presque incongrue. » La première année, près de 800 ordonnances avaient été délivrées par plus de 150 médecins généralistes.

Consignes tactiques. Comme pour toute discipline, il est important de faire un point tactique. D’où l’organisation des premières assises du sport-santé sur ordonnance en 2015, regroupant les collectivités adeptes de ce dispositif. Histoire de s’échanger quelques tuyaux entre territoires et de s’inspirer du voisin.

Pour peser un peu plus lourd aussi quand il s’agit de s’adresser à l’Etat : « A l’issue des assises, on a publié un communiqué commun pour demander que le dispositif soit intégré à la Loi santé de Marisol Touraine, en appuyant l’amendement de Valérie Fourneyron », poursuit l’instigateur. Avec succès. Et là encore la capitale alsacienne est mise sous les projecteurs : « Les territoires et notamment Strasbourg apparaissent dans les motifs de la loi. Ce qui est très rare », estime-t-il.

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Nouveau coup de reins. Voilà donc que Strasbourg accueille une nouvelle fois les assises, où quelque 600 personnes sont attendues. Si une soixantaine de territoires ont désormais rejoint le réseau national des villes sport-santé sur ordonnance, Strasbourg reste la ville citée en exemple. Celle-ci a, entre-temps, élargi son dispositif, en intégrant de nouvelles pathologies (obésité, VIH, seniors fragilisés, etc.) et de nouvelles activités (de l’aquagym à l’aviron en passant par athlé-santé).

Au dernier pointage, environ 350 médecins généralistes (la quasi-totalité) étaient dans le réseau strasbourgeois et 2.000 patients étaient rentrés dans le dispositif depuis le début, dont 700 sont actifs chaque semaine. Strasbourg va également se doter d’un « vaisseau amiral » du sport-santé sur ordonnance avec un local dédié au dispositif et ses éducateurs.

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Troisième mi-temps. Et maintenant ? Après la marche, la course ou le vélo sur prescription, arrivera-t-on aux ordonnances pour des stages de rires ou des journées spa ? Dr Feltz sourit : « Je suis scientifique, chercheur, et je le répète : on a un niveau de preuves très important sur les effets de l’activité physique. Là, on sait que ce sont des choses agréables, mais les effets scientifiques restent à prouver ».