VIDEO. Documentaire: Plongée dans un bloc opératoire en plein burn-out

HOPITAL Ce mardi soir, un documentaire saisissant s'invite au bloc opératoire de l'hôpital Saint-Louis...

Oihana Gabriel

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Photo d'illustration de Burning out/ Dans le ventre de l'hôpital, un documentaire diffusé sur arte mardi 3 octobre 2017.
Photo d'illustration de Burning out/ Dans le ventre de l'hôpital, un documentaire diffusé sur arte mardi 3 octobre 2017. — Burning out/ Jerôme Le Maire
  • Un nouveau documentaire plonge dans les entrailles de l'hôpital parisien Saint-Louis et dévoile les dysfonctionnements du bloc opératoire où les soignants ont du mal à travailler en harmonie. 
  • Le réalisateur explique à 20 Minutes que son objectif n'était pas de faire le portrait d'un service hospitalier en crise, mais d'illuster le burn-out systémique dans un lieu où l'on soigne.
  • Diffusé ce mardi soir sur Arte, ce documentaire tire en tout cas à nouveau la sonnette d'alarme sur la souffrance au travail... et en particulier à l'hôpital.

Masques, blouses blanches, bistouri et larmes. Le réalisateur belge Jérôme Le Maire a arpenté pendant deux ans les couloirs et le bloc de l’hôpital Saint-Louis AP-HP, qui avec quatorze salles et jusqu’à 80 opérations chaque jour est l’un des plus gros de la capitale. Résultat : un documentaire choc diffusé ce mardi soir sur Arte Dans le ventre de l’hôpital (Burning out à l’étranger).

En général, au bloc, on dort ou on voit un ballet millimétré de soignants. Grâce à la caméra de ce réalisateur et de la confiance tissée avec les professionnels de santé, le public peut pénétrer dans cet espace mystérieux où l’on sauve des vies… et où les tensions ne sont pas rares. Réalisé entre juin 2014 et juin 2016, le documentaire dévoile le découragement de certains soignants. Une nouvelle preuve qu’à l’hôpital, il n’y a pas que les patients qui souffrent, après l’enquête d’Envoyé spécial « Hôpital public, la loi du marché », diffusé début septembre et les nombreux récits d’infirmières ou de médecins à bout

« Je vous demande de ne plus me parler comme à un chien »

Bataille pour obtenir un bloc, course à l’efficience et désillusion. Dans ce service qui a connu sept départs et quatorze arrêts de travail en peu de temps, les dysfonctionnements s’accumulent. Et le réalisateur capte des échanges tendus, comme cette infirmière qui crie au chirurgien : « je vous demande de ne plus me parler comme à un chien ».

« Je suis dans un système fou, j’ai envie de dire ouvrez les yeux, regardez, se désespère à l’écran Marie-Christine, l’anesthésiste qui ressemble à une lanceuse d’alerte. Je suis intimement fière du métier que je fais, mais mon travail n’a plus de sens. »

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Le burn-out vu de manière systémique

Le propos du réalisateur dépasse le cas du bloc de Saint-Louis. « L’idée c’était de faire un film sur le burn-out vu de manière systémique, comme un trouble miroir de notre société et pas le portrait de cet hôpital précis, explique Jérôme Le Maire. On a vu assez de reportages sur les gens qui pètent un plomb. Certes, c’est un problème qui atteint des individus, mais il existe des conditions qui mènent au burn-out. c’est une véritable épidémie… »

Pourquoi dans ce cas avoir choisi comme décor l’hôpital ? « J’avais lu l’essai de Pascal Chabot Global burn-out et ce philosophe était invité à parler du burn-out dans ce service de Saint-Louis. J’ai senti qu’il se passait quelque chose, que c’était un problème crucial. J’aurais pu faire le film ailleurs. J’ai d’ailleurs pénétré dans des entreprises. Mais c’était très intéressant d’illustrer le burn-out dans un lieu public, où l’homme soigne l’homme. »

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Le réalisateur va-t-il trop loin ?

De son côté l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) dont dépend l'hôpital, inquiète de l’image plutôt négative, nuance dans un communiqué : « l’auteur a choisi un service, connu et repéré pour être à l’époque en difficulté, et non pas un service parmi d’autres. C’est un parti pris de l’auteur, assumé par l’hôpital. »

Si le réalisateur reconnaît qu’il était au courant des cas de burn-out dans ce service, il se défend d’avoir voulu dépeindre le malaise dans un hôpital précis. « Je ne pense pas que ce service était plus en difficulté qu’un autre, mais peut-être qu'il est plus sensible à la qualité de vie au travail. »

Mais Rémy Nizard, chirurgien dans ce service, regrette cette vision «partielle et partiale». «L’honnêteté intellectuelle aurait voulu que cette analyse dite "systémique" s’étende aussi aux facteurs connus et mis en évidence dans la littérature sur le burn-out que sont la pression nouvelle de la demande (légitime) des patients, les classements et leur effet pervers, les injonctions d’augmentation de productivité venant notamment des autorités sanitaires, le déséquilibre grandissant entre les moments de gratitude et les risques de sanction, ainsi que la perte d’autonomie», souligne le chirurgien. D'autant que des actions au sein de cet hôpital et de l'AP-HP ont été depuis lancées. «L’objectif était de prendre en compte des dimensions autrefois qui étaient laissées à l’abandon, comme l’importance de la communication interpersonnelle et le lien social, et de mettre en place des moyens d’alerte et de règlements de situations individuelles difficiles», reprend le Pr Nizard.

«Le documentaire a été plébiscité par le personnel de cet hôpital», se défend le réalisateur.

Photo d'illustration de Burning out/ Dans le ventre de l'hôpital, un documentaire diffusé sur arte mardi 3 octobre 2017.
Photo d'illustration de Burning out/ Dans le ventre de l'hôpital, un documentaire diffusé sur arte mardi 3 octobre 2017. - Burning out/ Jerôme Le Maire

« Les problèmes sont les mêmes partout »

Mais surtout, le réalisateur, qui accompagne depuis novembre la promotion de son film, déjà sorti chez nos voisins, assure qu’il fait écho au quotidien de bien des travailleurs. « Les spectateurs m'ont dit qu’il parlait à tout le monde, témoigne Jérôme Le Maire. En Serbie, au Danemark, en Suisse, les services sont plus ou mois bien organisés, mais les problèmes sont les mêmes. »

D’autant que le documentaire s’intéresse aussi aux façons d’améliorer le fonctionnement d’une collectivité. C’est un audit externe qui peut aider à dépassionner le débat. Une boîte à questions, où chacun anonymement peut laisser ses doléances et suggestions. « C’est juste une métaphore, pour dire que chacun peut redevenir acteur du changement, analyse le réalisateur. Si ça marche en petit, ça marche en grand. »