#20MINUIT. Dormir 5 ou 9 heures par nuit: Comment expliquer les différents besoins de sommeil?

RRRRRRRRRRRRRRRR En moyenne, les Français ont besoin de 7 à 8 heures de sommeil, mais une minorité peut se contenter de 6 heures...

Oihana Gabriel

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Illustration d'une personne en train de dormir.
Illustration d'une personne en train de dormir. — PIXABAY
  • Certaines personnes n'ont besoin que de 6 heures de sommeil chaque jour... quand d'autres sont épuisés s'ils ne s'offrent pas une nuit de 10 heures.
  • Selon une étude de Santé Publique France, 45 % des Français âgés de 25 à 45 ans considèrent qu’ils dorment moins que ce dont ils ont besoin.
  • Mais comment évaluer sans se leurrer ses réels besoins?

20 Minutes est partenaire de la Conférence nationale de la vie nocturne qui se tient à Paris, jeudi et vendredi. A cette occasion, nous avons décidé de nous intéresser aux activités, pratiques, modes de consommation liés à la nuit.

« C’est très injuste le sommeil ! », avoue Céline Martinot, psychiatre et spécialiste du sommeil. Selon des proches de notre président, Emmanuel Macron n’aurait besoin que de trois ou quatre heures de sommeil par jour. Un avantage de taille quand on dirige la France… Mais il n’est pas le seul à bénéficier d’un maigre besoin de repos. A l’occasion de la Conférence nationale de la vie nocturne, 20 Minutes s’est intéressé aux différents besoins de sommeil.

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Seulement 5 % de courts dormeurs

Dormir, pour quoi faire ? Selon une étude de BVA pour Santé Publique France en 2007, 13 % des 25-45 ans considèrent que dormir serait une perte de temps. Et pourtant, un bon sommeil, adapté à ses besoins, s’avère indispensable. « Chez les adultes, la moyenne des besoins de sommeil fluctue entre 7h et 9h par jour, souligne Céline Martinot, médecin coordonnatrice de Morphée, un réseau de santé sur les troubles du sommeil. Après, on différencie les longs-dormeurs qui ont besoin de plus de 9h et ceux qu’on appelle les courts-dormeurs qui se satisfont de 5 ou 6 heures. »

Mais ces deux extrêmes sont plutôt rares. Les courts-dormeurs représenteraient environ 5 % de la population. Vous avez en revanche plus de chance de faire partie des longs-dormeurs qui seraient environ 10 à 15 %.

Une part génétique et une part environnementale

« Il faut imaginer qu’on a chacun une horloge biologique avec une part génétique, explique Céline Martinot. On est programmé dès la naissance à être un long ou un court-dormeur. » A titre d’exemple, un nouveau-né dort entre 14 et 17 heures, l’enfant en maternelle de 11 à 13 heures et les adolescents devraient se reposer de 9 à 10 heures. Car les besoins évoluent au cours de la vie.

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Mais l’hérédité n’explique pas tout. « Il existe d’autres facteurs qu’on connaît mal pour le moment, reprend la spécialiste du sommeil. Les études sur le chrono-type se penchent en ce moment sur les causes multi-environnementales des besoins de sommeil. Il y a une partie sociale, la stimulation, le temps qu’on s’autorise à dormir. » Et plusieurs spécialistes ont alerté sur les dangers des écrans tard qui n’aident pas à tomber dans les bras de morphée.

Peut-on changer ces besoins ? Un couche-tôt ne deviendra jamais un oiseau de nuit… « Mais on peut modifier un peu notre horloge, nuance Céline Martinot. On arrive à dormir une heure de moins, surtout avec l’âge, car plus on vieillit moins on a besoin de sommeil. Les études pointent qu’à partir de 65 ans, une personne passe souvent de 8 ou 9h de sommeil à 7 ou 8h en moyenne. Mais un dormeur moyen ne passe jamais de 8/9 heures à 5/6 h sans conséquence ! »

Certes, quelques courts dormeurs peuvent vivre avec 6 h de sommeil sans aucun souci de santé. Mais ils sont peu nombreux à pouvoir travailler ou lire jusqu’à 2 heures du matin et se lever dès potron-minet en pleine forme. A l’inverse, beaucoup accusent une dette de sommeil. Selon une enquête menée en 2009 par l’Institut du sommeil et de la vigilance, près de 30 % des Français dorment moins de 7 heures par nuit. Est-ce par méconnaissance de leur rythme ou obligation professionnelle ou parentale ? « Certains patients diminuent leur temps de sommeil, mais mettent leur santé en péril », reprend Céline Martinot.

Des conséquences lourdes sur la santé

Avec quels risques ? « En priorité des troubles cognitifs : baisse de la concentration et de la mémorisation, reprend la spécialiste du sommeil, assure Céline Martinot. Mais aussi des soucis d’ordre anxio-dépressifs qui se traduisent par une irritabilité et peuvent aller jusqu’à la dépression. » Sur le court terme toujours, ces patients risquent d’avoir moins de défenses immunitaires et récupérer toutes les grippes et autres rhino-pharyngites.

Mais les effets peuvent aussi se dévoiler des années plus tard… « On sait qu’il y a de réelles conséquences sur le corps notamment au niveau cardio-vasculaire et endocrinologique, souligne Céline Martinot. Le patient risque donc de développer une hypertension artérielle, une prise de poids et un diabète. »

Comment évaluer son besoin de sommeil ?

D’où l’importance de bien connaître son rythme biologique. « Sous 5 heures par jour, on sous-estime ses besoins ! », tranche Céline Martinot.

« Ce besoin de sommeil s’évalue sur le comportement dans la journée, un enfant de 3 ans qui dort 12 heures par nuit et n’a pas besoin de sieste, mais qui reste calme toute l’après-midi, on peut admettre que c’est un court-dormeur, souligne Marie-Josèphe Challamel, pédiatre et spécialiste du sommeil de l’enfant.

Quels sont les signes d’une dette de sommeil chez l’adulte ? « Fatigue, énervement, hyperactivité, troubles de l’attention, somnolence, impulsivité, agitation », énumère la pédiatre. Et Céline Martinot conseille aux patients de noter les heures d’endormissement et de réveil sur un agenda du sommeil. « Quelqu’un qui dort 6 heures toute la semaine mais qui le week-end se réveille à midi ou fait une grosse sieste, c’est qu’il est en manque. Physiologiquement, on devrait se réveiller à la même heure chaque jour. »