VIDEO. Rougeole: Cinq questions pour tout savoir sur cette maladie

MALADIE En Ardèche, six personnes ont été touchées par la rougeole. De nouveaux cas qui risquent d'inquiéter...

Oihana Gabriel

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Une petite fille de 14 mois reçoit le vaccin contre la rougeole, les oreilles et la rubéole (ROR).
Une petite fille de 14 mois reçoit le vaccin contre la rougeole, les oreilles et la rubéole (ROR). — GEOFF CADDICK / AFP

Une adolescente morte cet été, de nouveaux cas en Ardèche,un débat sur la vaccination qui deviendra obligatoire en janvier, la rougeole n’en finit pas de faire parler d’elle. Comment expliquer cette recrudescence et s’en prémunir ? 20 Minutes fait le point.

Est-ce qu’on peut parler d’un retour de la rougeole ?

« Depuis le début de l’année, 37 patients ont été hospitalisés en réanimation pour des pneumopathies sévères, deux pour des encéphalites et une adolescente est morte à cause de la rougeole, autant de drames qu’on aurait pu éviter », tranche Denise Antona, médecin pour Santé Publique France, agence nationale de santé dépendant du ministère.

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Depuis quelques mois, les cas de rougeole font les gros titres de la presse française. En Lorraine, à Perpignan et maintenant en Ardèche, de nombreux patients sont hospitalisés à cause de cette maladie. Selon les derniers chiffres de Santé Publique France, il y a eu autour de 400 cas de rougeole déclarés depuis janvier 2017. Contre 79 sur toute l’année 2016… Mais on est encore loin de l’épidémie de 2008-2012 avec 24.000 cas de rougeole.

« La France n’est pas débarrassée de la rougeole avec une grosse épidémie survenue entre 2008 et 2012, suivie d’une diminution du nombre de cas en 2016 et une recrudescence en 2017, synthétise Denise Antona. La rougeole évolue de façon cyclique avec une alternance entre des années de pics suivies d’autres avec une baisse du nombre de cas. On ne peut pas dire ce qui se va passer en 2018. »

Comment expliquer ce retour ? « Certaines personnes ne sont pas vaccinées, il y a aussi des voyageurs qui peuvent transmettre cette maladie », précise Catherine Goujon, médecin référent pour les vaccinations et les conseils aux voyageurs au centre médical de l’Institut Pasteur. En effet, selon Santé Publique France, 85 % des cas français de rougeole sont observés chez des personnes non vaccinées. Mais la France n’est le seul pays à observer cette recrudescence :  la Roumanie, l’Italie et l’Allemagne ont également déclaré des foyers épidémiques de rougeole.

Quels sont les symptômes qui doivent alerter ?

« C’est une maladie éruptive, elle se manifeste donc par de la fièvre, de la toux, le nez qui coule et surtout une éruption cutanée, reprend Catherine Goujon. L’enfant a des tâches rouge un peu en relief. Malheureusement, c’est viral il n’y a donc pas de traitement spécifique. »

Est-ce une maladie grave ?

La plupart du temps, la maladie reste bénigne. Dans de rares cas, elle peut tout de même s’avérer mortelle : onze patients sont décédés à cause de la rougeole depuis 2008. « Le problème de la rougeole, c’est qu’elle provoque une baisse d’immunité qui peut entraîner des complications pulmonaires ou neurologiques. Jusqu’à 6 % des patients développent une pneumopathie et dans 1 cas sur 1.000 une encéphalite. Autre risque, beaucoup plus rare et dont on ne parle jamais : une panencéphalite sclérosante, qui peut apparaître dix ans après la maladie et entraîner une atteinte neurologique dégénérative irréversible.

Mais le risque pèse surtout sur les plus fragiles. « La rougeole peut être très dangereuse pour les tout-petits et les personnes âgées : les manifestations s’avèrent plus sévères et les risques de complications plus élevés », reprend Catherine Goujon.

Est-ce une maladie très contagieuse ?

« C’est une des maladies infantiles les plus contagieuses, répond Catherine Goujon. Elle se transmet par voie aérienne donc sans contact direct entre la veille des premiers symptômes et six jours après. » Ce qui veut dire qu’un patient qui éternue ou tousse risque de contaminer tout son entourage. « Un malade peut contaminer jusqu’à 17 personnes, contre 3 pour la grippe, souligne Denise Antona. Par exemple, dans une salle d’attente d’un médecin, les patients qui passent dans les 2 à 3 heures après un cas de rougeole risquent de l’attraper ! »

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Comment s’en prémunir ?

« La vaccination, c’est la seule réponse pour prévenir la maladie : avant le vaccin, on comptait entre 500.000 et 600.00 cas par an », rappelle le Dr Antona. Aujourd’hui, le vaccin est recommandé, il deviendra obligatoire le 1er janvier 2018. Ce vaccin, baptisé ROR, qui protège contre la rougeole-oreillons-rubéole est délivré lors d’une première dose à 12 mois et une seconde entre 16 et 24 mois. Pourquoi faut-il deux injections ? « Le vaccin est très efficace autour de 95 %, reprend le Dr Goujon. Un faible pourcentage de personnes ne répondent pas à la première injection. C’est pourquoi il y a une deuxième injection, pour donner plus de chance à tous les enfants d’être protégés. Ce n’est donc pas un rappel. » Ce qui veut dire qu’un enfant de 16 mois qui n’a reçu que la première injection a de bonnes chances d’être immunisé.

Problème, cette couverture vaccinale n’est pas à la hauteur selon le ministère. Qui s’inquiète de la défiance accrue vis-à-vis des vaccins.

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« Globalement, les chiffres de la couverture vaccinale restent stables alors qu’on voudrait qu’ils augmentent, reprend le Dr Antona. Aujourd’hui, les enfants de 2 ans sont vaccinés à 90 % pour la première dose et à 79 % pour la deuxième. On est encore loin de la couverture vaccinale qui permettrait d’éliminer cette maladie, à savoir 95 % pour ces deux doses. Même s’il y a un rattrapage ensuite avec une meilleure couverture vaccinale observée chez les enfants à l’âge de 6 et 11 ans. Mais plus la vaccination se fait tard, plus ils auront un risque de développer la maladie. »

Quant aux adultes, environ 9 % d’entre eux ne sont pas protégés contre la rougeole.

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