VIDEO. Comment un nouveau schéma scientifique dans un manuel de SVT brise l’omerta sur le clitoris

EDUCATION Pour cette rentrée, petite révolution dans l’enseignement de la SVT avec pour la première fois un schéma qui représente correctement le clitoris, une révolution…

Oihana Gabriel

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Schéma du clitoris du manuel scolaire de 4e des éditions Magnard, le seul à représenter correctement le clitoris.
Schéma du clitoris du manuel scolaire de 4e des éditions Magnard, le seul à représenter correctement le clitoris. — Editions Magnard
  • Seulement un des six manuels scolaires des 4e, celui des éditions Magnard, représente correctement le clitoris, organe du plaisir féminin. 
  • Une vraie révolution dans l'enseignement et les connaissances sur la sexualité. 
  • Car le clitoris est tombé dans l'oubli depuis le XIXe siècle. Au point qu'un quart des adolescentes ne savent ce qu'est le clitoris.

Le clitoris peut faire jusqu’à 14 centimètres ! Voilà une information qui risque d’intéresser les élèves de 4e qui vont découvrir pour la première fois un schéma correct de cet organe féminin méconnu. En effet, un seul manuel scolaire, celui des éditions Magnard, va offrir aux collégiens (et aux autres !) une représentation adéquate du seul organe dédié uniquement au plaisir. Une petite révolution dans le monde de l’enseignement… mais aussi pour toute la société.

D’où vient ce fameux schéma ?

« Dans les manuels scolaires, le schéma de l’appareil reproducteur masculin était très détaillé, le féminin très édulcoré, regrette Julie Azan, auteure du chapitre du manuel et enseignante en SVT au collège. J’ai donc demandé à l’illustratrice de faire un schéma niveau collège, mais à partir d’un ouvrage universitaire avec la représentation précise du clitoris. Quand j’ai découvert qu’aucun des autres manuels n’avait représenté le clitoris, j’ai douté de moi. Peut-être que le manuel ne va pas être commandé parce que c’est trop osé ? C’est l’inverse qui s’est produit. »

En effet, les manuels Magnard qui arrivaient en cinquième ou sixième position les années précédentes ont atteint la deuxième place des ventes pour cette rentrée.

25 % des jeunes filles ignorent l’existence du clitoris

« Au moins 25 % des jeunes filles ignore l’existence du clitoris ! s’émeut Béatrice Salviat, directrice de la collection chez Magnard. Une proportion qui pourrait baisser cette année…

« Pourquoi à notre époque, avec des moyens exceptionnels d’observation, on serait ignorant sur un organe qui concerne la moitié de la population ?, s’interroge-t-elle. On ne voulait pas seulement être des représentants du féminisme, mais surtout respecter une démarche de rigueur scientifique. »

Une révolution en SVT

Que vont découvrir les collégiens ? « Le clitoris est beaucoup plus grand que ce qu’on imagine, reprend Julie. Mais il est surtout interne : seuls 5 à 10 % est visible. Et il englobe l’ensemble de l’appareil reproducteur de la femme. On voit aussi les similitudes avec le pénis. »

Longtemps absent des manuels d'anatomie, un clitoris vient d'être conçu en taille réelle et en 3D, l'objectif étant d'enseigner l'organe du plaisir féminin aux adolescents.
Longtemps absent des manuels d'anatomie, un clitoris vient d'être conçu en taille réelle et en 3D, l'objectif étant d'enseigner l'organe du plaisir féminin aux adolescents. - Vimeo/Marie Docher

 

« Comme la représentation change, les professeurs vont être obligés d’adapter leur façon d’enseigner pour parler plus du clitoris, de plaisir », assure Rebecca Gaudenti, enseignante dans un collège parisien qui l’a testé l’an passé. Et a vu la différence. « Les questions changent et j’ai pu aller plus loin dans mes réponses pour parler d’excision, des caresses, de l’homosexualité féminine. Ces informations décomplexent les garçons : la taille du sexe masculin n’est pas si importante puisque l’organe qui concentre les terminaisons nerveuses se trouve à l’entrée du vagin. » Plutôt utile pour des adolescents qui découvrent la sexualité.

« Il faut que les enseignants soient formés à la sexualité »

Au risque d’agacer certains parents ? « Je suis convaincue que les professeurs de SVT doivent parler de plaisir, reprend Rebecca. Les parents sont très contents quand l’éducation sur la sexualité est claire et scientifique. Mais il faut que les enseignants soient formés à la sexualité. »

Et il n’y a pas que les collégiens qui vont apprendre des informations utiles sur la sexualité… « Cela a été une révolution aussi pour moi quand j’ai découvert le schéma, avoue Rebecca Gaudenti. Je ne savais pas que cet organe était aussi long ! On nous l’a jamais appris en cours, même à l’université. Alors que l’éducation à la sexualité est depuis plus d’une dizaine d’années au centre de l’enseignement SVT. »

Mais elle note quelques frémissements. « Avant notre chapitre du programme s’intitulait "Transmission de la vie chez l’homme", aujourd’hui c’est "Reproduction et sexualité". »

Et au vu du remous autour de ce manuel révolutionnaire, le sujet interroge. « Ce n’est pas un tabou scolaire, mais sociétal, déplore Julie. J’espère que ce petit schéma va faire bouger les choses. »

Petite histoire du clitoris

Pourquoi omerta sur cet organe féminin ? Un petit détour par l’histoire éclaire la question. « Dès 1558, le mot apparaît sous la plume d’un anatomiste qui décrit sa fonction érogène, souligne Jean-Claude Piquard, sexologue clinicien. En 1600, on connaît bien son anatomie et on sait que c’est l’homologue du pénis. »

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Tout change à la fin du XIXe siècle. « Jusque-là, on pensait que l’orgasme féminin était nécessaire à la procréation et qu’il était forcément clitoridien, reprend l’auteur de La fabuleuse histoire du clitoris. D’ailleurs, l’Église jusqu’à la fin du XIXe siècle recommandait l’usage du clitoris. En 1880, la médecine reconnaît que le cycle de l’ovule dépend du cycle menstruel, donc le plaisir féminin n’a plus de fonction procréative. Le problème, c’est que la masturbation réciproque est un moyen de contraception. L’idéologie nataliste a réussi à faire plier la science, qui a retiré de ses écrits son savoir. »

Deuxième étape : la psychanalyse. « Freud écrit que la petite fille connaît son clitoris, mais une fois pubère elle doit investir son seul vagin, souligne Jean Claude Piquard. Si elle reste sur son clitoris, elle n’est pas une vraie femme. C’est d’ailleurs Freud qui a inventé le terme d’orgasme vaginal ! »

« Un bon début pour la fin de l’omerta »

Mais les tenants de l’ignorance sont nombreux. « En 1960, c’est le point culminant de l’omerta clitoridienne : l’organe du plaisir a disparu de tous les dictionnaires. Dans les années 1980, dans un ou deux manuels, la vulve est apparue, souligne le sexologue. Mais des associations catholiques intégristes attaquent et gagnent. C’est seulement en 2017 que le clitoris revient dans les manuels. Il est dans un des six manuels, c’est pas gagné ! Mais c’est un bon début pour la fin de l’omerta. »