Vaccination obligatoire: «Les parents ont besoin de comprendre l’intérêt de la vaccination, pas d’y être contraints»

INTERVIEW Alors que onze vaccins infantiles seront obligatoires à compter du 1er janvier prochain, la journaliste scientifique indépendante Lise Barnéoud signe un ouvrage documenté qui permet d’éclairer le vif débat autour de la vaccination…

Propos recueillis par Anissa Boumediene

— 

Illustration d'un pédiatre en train de vacciner un bébé.
Illustration d'un pédiatre en train de vacciner un bébé. — Damian Dovarganes/AP/SIPA

Elle avait été promise au début de l’été : l’entrée en vigueur des onze vaccins obligatoires pour les enfants sera effective à partir du 1er janvier prochain, a précisé jeudi la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, pour qui « l’objectif de cette obligation est de rendre la confiance aux Français ».

Si aujourd’hui seuls trois vaccins infantiles sont obligatoires en France, contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (DTP), huit autres vont donc bientôt l’être : coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, bactérie Haemophilus influenzae, pneumocoque, méningocoque C. Une nouvelle qui ne ravit pas toute une frange de parents, dont les nombreuses questions laissées sans réponse les laissent circonspects face à la vaccination. « Des campagnes d’information seront lancées dans les semaines et mois à venir », notamment sur les réseaux sociaux, afin de communiquer avec pédagogie sur les bienfaits de ces vaccins recommandés qui vont devenir obligatoires, indique-t-on à 20 Minutes dans l’entourage de la ministre.

Les vaccins, la journaliste scientifique Lise Barnéoud n’y avait pas particulièrement réfléchi. Jusqu’à ce que la jeune femme, devenue maman, ne contracte la rougeole et ne la transmette à son bébé de deux mois. « J’ai fait comme tout le monde et cherché des informations sur Internet, se souvient-elle. Mais je n’ai pu que constater le manque d’informations complètes et fiables sur tout ce qui a trait à la vaccination ». Pour y remédier, Lise Barnéoud signe Immunisés ? Un nouveau regard sur les vaccins*.

Onze vaccins vont désormais être obligatoires pour les enfants à compter du 1er janvier prochain. Est-ce une bonne mesure ?

Là où la ministre n’a pas tort, c’est que dans les faits, la grande majorité des enfants sont déjà vaccinés contre les huit maladies dont le vaccin va devenir obligatoire. Autant de vaccins qui permettent une protection collective de la population, en empêchant la transmission de ces maladies, là où le DTP, lui, est un vaccin très « égoïste » et n’offre qu’une protection individuelle. De ce point de vue, c’est cohérent, et cela permet d’éviter que se reproduisent des épidémies de rougeole par exemple, dues à une baisse de la couverture vaccinale. En revanche, la manière de procéder n’est pas la meilleure : les parents ont besoin de comprendre l’intérêt de la vaccination de leurs enfants, pas d’y être contraints. Ce n’est pas comme cela que la confiance sera rétablie.

Les vaccins combinés pour les jeunes enfants sont-ils sûrs ? Faut-il se méfier des adjuvants et les liens entre vaccination et maladies telles que l’autisme ou la sclérose en plaques sont-ils avérés ?

Concernant les vaccins multiples, comme les vaccins hexavalents par exemple (qui protègent contre six maladies), cela mériterait des études scientifiques plus développées que celles qui ont été menées jusqu’à présent. Certains parents s’inquiètent de la dose de virus et d’adjuvants à base d’aluminium administrée via ces vaccins à de jeunes enfants. Mais en même temps, un vaccin hexavalent contient moins d’adjuvants que six vaccins séparés contre les mêmes maladies. Mais ce n’est pas tant la dose d’aluminium injectée que la taille des particules qui pose questions : plus elles sont petites et plus elles peuvent potentiellement migrer dans le corps et vers le cerveau. Ce qu’a étudié le Pr Romain Gherardi, qui envisage un lien entre adjuvant aluminique et syndrome de fatigue chronique. Ces craintes-là, les autorités devraient les entendre et favoriser les recherches scientifiques indépendantes.

Il faut toutefois rappeler que les adjuvants sont utilisés parce que les vaccins d’aujourd’hui sont purifiés et débarrassés de débris qui pouvaient auparavant causer des effets indésirables. Les adjuvants servent alors à déclencher la réponse immunitaire, c’est ce qui rend le vaccin efficace.

Les plus sceptiques face aux vaccins mettent en avant le poids de « Big Pharma ». Pour ce livre, avez-vous facilement poussé les portes des laboratoires pharmaceutiques ?

Pousser les portes n’a pas été un problème. J’ai pu sans difficulté visiter les usines de plusieurs firmes pharmaceutiques et poser mes questions. Mais j’aurais surtout voulu pouvoir consulter les «PSUR » (periodic safety update report). Ces documents compilent les données de pharmacovigilance internes recueillies par les laboratoires pharmaceutiques pour chacun de leurs médicaments et vaccins, et rassemblent et traitent tous les effets indésirables qui leur sont rapportés. Ces rapports sont chiffrés et comportent des données précises sur les ventes du produit et sur le nombre de signalements d’effets indésirables dont il a fait l’objet. Mais ces documents-là, je n’ai pas pu y accéder.

Si le manque d’information est la cause principale de la défiance, comment rectifier le tir et restaurer la confiance du grand public dans les vaccins ? Continuer à parler de la vaccination dans sa globalité est-il la solution ?

Parler de la vaccination comme si tous les vaccins présentaient les mêmes enjeux est totalement inefficace. Ce dont le grand public a besoin aujourd’hui, ce n’est pas d’un grand discours paternaliste sur la vaccination et l’héritage de Pasteur, mais d’informations précises et concrètes, vaccin par vaccin. Aujourd’hui, les gens n’acceptent plus de s’entendre dire « il faut faire ces vaccins parce que c’est comme ça et pas autrement ». Or, le moindre questionnement sur la vaccination est perçu comme une remise en question de son intérêt. Autorités, médecins et experts de la vaccination doivent changer leur manière de communiquer et mettre l’accent sur la pédagogie.

Il est légitime de se poser des questions sur les vaccins, mais le fait est que la vaccination est aujourd’hui un procédé fiable et qui comporte extrêmement peu de risques à l'échelle individuelle. Or, le manque d’informations indépendantes, claires et complètes sur les vaccins alimente les craintes. Plus les gens ont des doutes, plus ils sont enclins à la méfiance, faute de transparence. Et ce manque de transparence n’est pas normal. Composition, balance bénéfices/risques, adjuvants et effets indésirables : on devrait pouvoir accéder en trois clics à toutes les informations sur chaque vaccin.

 

* Immunisés ? Un nouveau regard sur les vaccins, éditions Premier Parallèle, en librairie le 31 août.