Vaccins: Pourquoi les adjuvants sont-ils au cœur de la polémique?

VACCINATION L’association Autisme Vaccinations pourrait lancer en septembre une action de groupe à l’encontre de quatre laboratoires pharmaceutiques, qu’elle accuse de commercialiser des vaccins contenant des adjuvants dangereux pour la santé…

A.B.

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Illustration d'un pédiatre en train de vacciner un bébé.
Illustration d'un pédiatre en train de vacciner un bébé. — Damian Dovarganes/AP/SIPA
  • L’association Autisme Vaccinations envisage de lancer une action de groupe contre quatre laboratoires pharmaceutiques.
  • Des parents membres de l’association leur reprochent de commercialiser des vaccins ayant selon eux entraîné le développement de troubles du spectre autistique chez leurs enfants.
  • Des voix s’élèvent pour réclamer des vaccins dépourvus d’adjuvants aluminiques, adjuvants qui ne seraient selon eux pas sans risques pour la santé.
  • Selon l’ancien président du Comité technique des vaccinations, organe rattaché à la Haute autorité de santé, ces craintes ne seraient pas fondées.

Ils n’ont aucun doute sur la question, si leur enfant a développé un trouble du spectre autistique, c’est à cause d’un vaccin, le ROR (rougeole, oreillons, rubéole). De nombreux parents se sont ainsi regroupés au sein de l’association Autisme Vaccinations et sont vent debout contre la proposition de la ministre de la Santé Agnès Buzyn, qui souhaite dès la rentrée 2018 rendre obligatoires onze vaccins pour les très jeunes enfants, contre les trois du DT-polio actuellement.

Sous l’égide de Martine Ferguson-André, militante et membre de la commission de santé d’Europe Ecologie-les Verts (EELV) et mère d’un enfant autiste, l’association pourrait intenter à la rentrée prochaine une action de groupe contre quatre laboratoires pharmaceutiques. Dans un climat de défiance à l’égard des vaccins qui ne cesse de prendre de l’ampleur, la crainte est-elle scientifiquement fondée ? Y a-t-il un lien entre vaccination et autisme ? L’aluminium contenu dans les vaccins est-il dangereux pour la santé ?

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Une « fraude scientifique »

Ils sont de plus en plus nombreux à ne pas faire confiance aux vaccins. Mais comment expliquer l’ancrage de ce mouvement anti-vaccins ? « La racine de la défiance remonte à 1998, avec la publication dans la prestigieuse revue scientifique The Lancet d’une étude menée par un chercheur britannique, Andrew Wakefield, qui tendait à démontrer un lien de causalité entre le ROR et l’autisme », se souvient le Pr Daniel Floret, ancien directeur du Comité technique des vaccinations, un organisme rattaché à la Haute autorité de santé (HAS).

Au coeur de la polémique : le thiormersal, un composé contenant du mercure utilisé comme conservateur dans les vaccins, et dont le retrait a été demandé dès 2000 par précaution par les autorités de santé. « Mais cette étude, menée sur un échantillon trop petit pour permettre d’en tirer des résultats concrets et tangibles, et truffée d’erreur, a été reconnue comme étant une "fraude scientifique" par la communauté scientifique », précise le professeur.

Le terme de « fraude scientifique » a ainsi été employé par The Lancet, qui a publié en 2004 un communiqué réfutant en bloc les conclusions des travaux d’Andrew Wakefield. « D’ailleurs plusieurs études menées après la publication de l’étude de Wakefield n’ont jamais réussi à prouver un lien de cause à effet entre le vaccin et l’apparition de l’autisme chez l’enfant, ajoute le Pr Floret. Sans compter les conflits d’intérêts qu’il n’a jamais déclarés, et son interdiction d’exercer en Grande-Bretagne ». En 2007, il a été révélé qu’Andrew Wakefield avait été payé environ 600.000 euros par un avocat britannique qui souhaitait poursuivre le laboratoire fabriquant le vaccin en question. « La preuve de son imposture a beau avoir été rapportée, le mal est fait et cela apporte de l’eau au moulin des anti-vaccins », déplore le Pr Floret.

Les adjuvants aluminiques en ligne de mire

Mais la question des adjuvants à base d’aluminium est aussi source de questions et d’inquiétudes. A quoi servent-ils ? Les adjuvants sont utilisés dans les vaccins pour déclencher une réaction inflammatoire dans le corps et ainsi stimuler le système immunitaire. Donc sans adjuvant, un vaccin ne peut être efficace. Et les plus utilisés dans les vaccins aujourd’hui sont les adjuvants aluminiques, en ligne de mire d’une frange de parents, de militants et d’élus, qui se sont emparés du sujet et réclament des vaccins dépourvus d’aluminium. Selon eux, l’aluminium contenu dans les vaccins est responsable de maladies telles que l’autisme d’une part, mais aussi de la myofasciite à macrophages, comme l’avance le Pr Romain Gherardi, auteur de Toxic Story (éd. Actes Sud), qui pointe les dangers des sels d’aluminium contenus dans les vaccins.

Des travaux qui ont trouvé un écho dans la pétition lancée par le professeur Henri Joyeux, qui plaide pour un vaccin DTP sans aluminium. Une pétition qui à ce jour dépasse 1,1 million de signatures. « L’aluminium n’est pas sans impact sur la santé, en particulier pour un bébé, dont le système immunitaire n’est pas formé », déclare le Pr Joyeux. « L’aluminium est utilisé depuis plus de 70 ans comme adjuvant dans les vaccins, répond le Pr Floret. S’il y avait un véritable danger en termes de santé publique, il aurait été démontré depuis bien longtemps à présent », poursuit-il, estimant que « cette crainte infondée des adjuvants aluminiques est un problème très français ».