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VIHSoins funéraires aux séropositifs: «C'est une avancée contre la sérophobie»

Soins funéraires aux séropositifs: «C'est une avancée contre la sérophobie», estime Jean-Luc Romero

VIHL’interdiction des soins funéraires aux personnes séropositives sera levée à partir du 1er janvier prochain…
Jean-Luc Roméro est une figure de la lutte contre le sida.
Jean-Luc Roméro est une figure de la lutte contre le sida. - SOLAL/SIPA
Propos recueillis par Martin Guimier

Propos recueillis par Martin Guimier

Ils leur étaient interdits depuis 1986. L’interdiction des soins funéraires aux personnes séropositives vient d’être levée. 20 Minutes a interrogé le conseiller régional d’Ile-de-France, auteur de Survivant ! Mes 30 ans avec le sida, pour avoir sa réaction sur cette mesure réclamée de longue date par les associations, ainsi que pour connaître son avis sur l’évolution de la lutte contre le VIH.

Comment avez-vous réagi en apprenant la nouvelle ?

C’est une victoire symbolique pour nous. C’est un combat que je menais depuis longtemps, et qui me tenait bien sûr à cœur personnellement. Après, cela fait très longtemps que nous attendions la levée de cette interdiction, qui arrive enfin. C’est une avancée contre la sérophobie : on ne peut pas dire aux personnes porteuses du VIH « ne soyez pas honteux », et dans le même temps continuer à tolérer ces discriminations. Nous étions d’ailleurs en France parmi les derniers pays à maintenir cette interdiction.

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Pourquoi cela a-t-il pris autant de temps ?

C’est une barrière qu’il fallait faire tomber, cela a mis du temps, soi-disant par précaution, mais pour un risque qui n’a en fait jamais été avéré. Il n’y a jamais eu de cas référencé de thanatopracteur qui aurait été contaminé en administrant le produit qui permet de conserver les corps en l’état.

Comment les mentalités ont-elles évolué depuis l’apparition de la maladie ?

J’ai appris en 1987 que j’étais séropositif. A l’époque, la maladie faisait des ravages, et les gens témoignaient de la compassion envers les personnes contaminées. Aujourd’hui, la maladie est beaucoup mieux prise en charge, les personnes séropositives peuvent presque vivre normalement, mais on est souvent dans le reproche, dans l’accusation, et ce même dans la communauté gay. En ce sens, les progrès médicaux n’ont pas toujours été suivis par un progrès au niveau des mentalités.

Le problème est-il suffisamment pris en charge par les politiques aujourd’hui ?

C’est très dur d’en parler aujourd’hui. C’est la première élection depuis 30 ans où la question du sida n’a même pas été abordée. L’espoir d’éradiquer la maladie n’a jamais été aussi grand, mais le sida intéresse moins. En France, la plupart des personnes porteuses du VIH sont prises en charge comme il le faut alors que dans des pays comme la Russie, des gens meurent aussi vite que dans les années 80. Mais cette banalisation du sida, les progrès, le fait que les gens puissent vivre avec presque normalement, tout ça a fait que l’on a remis le sujet sous le tapis. Il va y avoir dans trois jours, à Paris, la 9e conférence internationale de recherche sur le sida. Je dis souvent que le sida se soigne aussi par la politique. J’espère qu’il va y avoir une prise de conscience à nouveau.

La lutte contre le sida continue d’avancer ?

On avance clairement, mais la volonté politique justement n’est pas toujours à la hauteur. Sur le plan international, il manque 7 milliards de dollars chaque année pour les soins et la prévention. Aujourd’hui, nous sommes en mesure d’espérer que les générations qui naîtront en 2030 connaissent un monde sans sida. On pourrait en parler au passé, au même titre que les grandes pandémies qui ont frappé l’humanité. Paradoxalement, il y a un recul des connaissances sur la maladie, et encore une fois une banalisation qui fait que le problème est parfois sous-estimé. Il reste de nombreux combats à mener, même si c’est parfois épuisant pour un vieux militant comme moi.

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