VIDEO. L'envol, une colonie qui permet aux enfants de partir en vacances loin de la maladie

REPORTAGE Cette semaine, L'Envol invite des enfants malades à se changer les idées pendant un séjour gratuit à Sourdun (Seine-et-Marne)...

Oihana Gabriel

— 

Des adolescents atteints de maladies chroniques ou de cancers peuvent partir une semaine en colonie découvrir l'art, la cuisine, l'équitation.. Lancer le diaporama
Des adolescents atteints de maladies chroniques ou de cancers peuvent partir une semaine en colonie découvrir l'art, la cuisine, l'équitation.. — O. Gabriel / 20 Minutes

« Ici, j’oublie la maladie », assure Morison, 15 ans. Cet adolescent, atteint d’une maladie génétique, profite d’une semaine riche de rencontres, d’activités variées et de rires grâce à l’Envol, une association qui offre à des enfants gravement malades des séjours gratuits. Cette semaine, c’est à Sourdun, en Seine-et-Marne, que 46 adolescents mettent entre parenthèses sida, maladies rares et cancers. Pour apprendre à monter à cheval, caresser des chiens, faire un journal télé… et même de l’accrobranche.

 

>> A lire aussi : Drépanocytose: Des avancées prometteuses pour soigner cette maladie répandue et méconnue

Cuisine, sculpture et journal télévisé

Mardi matin, les adolescents s’activent en cuisine au premier étage de l’Institut d’excellence de Sourdun, où cette colonie pas comme les autres a pris ses quartiers. « On devrait monter une équipe pour « Masterchef » ! », s’amuse une animatrice. Au menu : feuilletés saumon-crème-ciboulette qu’ados et animateurs s’empressent de déguster.

Après l'effort, la régalade. Une délicieuse entrée que chacun a le droit de goûter.
Après l'effort, la régalade. Une délicieuse entrée que chacun a le droit de goûter. - O. Gabriel / 20 Minutes

 

Quelques salles plus loin, des artistes en herbe admirent la création de Morison : un sphynx à barbichette en argile.

Morison (à g.) tente de réaliser un sphinx lors de l'atelier arts créatifs.
Morison (à g.) tente de réaliser un sphinx lors de l'atelier arts créatifs. - O. Gabriel / 20 Minutes

Tandis que le groupe « Journal télévisé » fait exploser de rire l’ensemble de la colonie avec leurs parodies de publicités et autres interviews en live.

« Un enfant, qu’il ait un cancer ou des troubles de l’équilibre, peut toujours progresser », assure Axelle, infirmière coordinatrice. Mais pour pouvoir faire grimper un enfant fragilisé sur un canasson ou un arbre sans risque, Axelle fait le lien avec les médecins référents qui donnent leur accord pour que ces adolescents prennent leur envol…

>> A lire aussi : «Et les mistrals gagnants»: Comment les enfants traversent la maladie avec optimisme et courage

Des précautions

Si les animateurs bénévoles, quasiment aussi nombreux que les enfants, sont bien conscients et avertis des précautions à prendre, ils ignorent leur pathologie. Mais les animateurs, formés pendant deux jours, savent quel enfant risque de faire un malaise ou doit boire beaucoup d’eau. « C’est important pour ne pas les catégoriser », justifie Euthman, animateur depuis cinq ans à l’Envol.

Et se retrouver entre pairs soulage. « Avec ces séjours, je me suis rendu compte que je ne suis pas le seul enfant malade, explique Morison, 15 ans. Je rencontre des copains qui sont parfois plus mal que moi, et qui peuvent tout de même partir en vacances ici. Moi je devais aller aux Etats-Unis cet été, mais je suis tombé malade. »

C’est la troisième année qu’Aurane, 17 ans, participe à un séjour… et elle compte bien revenir. « Ici, je suis plus à l’aise qu’au lycée, raconte l’adolescente atteinte d’une maladie rare qui a provoqué un gros kyste sur son visage. Les regards des autres m’ont rendu timide. Mais le premier séjour à l’Envol m’a appris à m’ouvrir aux autres. »

Une thérapie récréative

Mais le but de ces séjours n’est pas seulement de les sortir du quotidien lourd fait d’hospitalisations et de parents inquiets. Mais aussi de leur apprendre à se dépasser. « Notre travail, c’est de connaître leurs zones de confort et de panique et de les guider vers des défis, les encourager et revenir sur leurs victoires », reprend Axelle, infirmière. Ainsi, chaque soir, lors d’un débrief, chacun va partager son ressenti et mettre un smiley sur une affiche.

« La thérapie récréative, c’est une expression qu’on emploie peu en France, mais beaucoup aux Etats-Unis, souligne Olivier, directeur du séjour. On passe par le jeu et le défi pour faire en sorte que l’enfant reprenne confiance en lui. »

Une méthode qui semble porter ses fruits. « Il y a trois ans, j’ai aidé un enfant terrorisé à l’idée de monter un mur d’escalade, se remémore Euthman, animateur. J’ai joué la comédie en lui expliquant que j’avais trop peur. Il m’a alors aidé et a eu un choc en se rendant compte qu’il était capable de monter jusqu’en haut ! Parfois, il se passe quelque chose d’incroyable, qu’on lit dans leurs yeux. C’est une ancre dans l’enfance, s’ils sont capables de se surpasser, ils arriveront à battre la maladie et à s’adapter à une société qui ne leur laisse pas de place. »

Preuve supplémentaire que cette colonie pas comme les autres est souvent une révélation pour ces enfants au destin accidenté : certains reviennent… en tant qu’animateurs. C’est l’ambition de Morison, qui plus tard, espère devenir infirmier.