Eté: Quels sont les risques de l'épilation intégrale... Et quelles précautions prendre?

SEXE Avant la piscine et la mer, beaucoup de femmes optent pour l’épilation intégrale du maillot….

Oihana Gabriel

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Photo d'illustration d'une épilation en institut de beauté.
Photo d'illustration d'une épilation en institut de beauté. — DURAND FLORENCE/SIPA
  • Avant d’aller se prélasser sur une plage ou la piscine, beaucoup de femmes passent par la case épilation, chez soi, chez l’esthéticienne ou le dermatologue, au rasoir, à la cire ou au laser…
  • De plus en plus de femmes optent pour l’option radicale : épilation intégrale du maillot.
  • Certains médecins alertent sur les risques pour la santé de cette chasse au poil, qui pourrait augmenter les risques de développer une infection cutanée ou d’attraper une MST.

Avant le réconfort de la plage, l’effort de l’épilation. Beaucoup de femmes déclarent la guerre aux poils à l’arrivée des beaux jours, histoire de pouvoir s’exhiber tranquille. Une étude d’Ipsos dévoile que cet été, environ 22 % des Françaises s’adonneront à la chasse totale au poil pubien contre 12 % au printemps.

Si cette mode évite tout accident pileux, l’épilation intégrale du sexe ne serait pas sans danger.

Des liens suggérés entre épilation intégrale et MST

Si le lien entre épilation intégrale et MST fait débat au sein de la profession médicale, une poignée d'études commencent à s'interrroger sur la question. En décembre dernier, une étude américaine publiée dans Sexually transmitted infections dévoile que les personnes qui pratiquent une épilation intégrale du pubis contractaient davantage de maladies sexuellement transmissibles (MST), notamment l’herpès, la syphilis, la chlamydia ou encore la blennoragie. Mais les liens ne sont pas évidents entre cette technique d’épilation et ces pathologies, car les Américains interviewés n’étaient pas interrogés sur leur mode de vie, nombre de partenaires et surtout s’ils se protégeaient… « Si vous laissez des petites plaies saignotantes après un rasage, attention à toutes les maladies qui se transmettent par le sang : VIH, hépatites… », rappelle Isabelle Gallay, dermatologue.

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En 2013, le dermatologue niçois François Desruelles publie une petite étude : sur 30 patients atteints d’une infection virale à molluscum contagiosum, 93 % d’entre eux avaient un sexe épilé. « Certes, si on se fait des micro-traumatistes et de petites coupures quand on se rase, on risque de transporter un virus déjà présent vers d’autres zones du pubis, notamment pour le molluscum contagiosum ou le staphylocoque doré », souligne Jean-Romain Manciet, dermatologue. D’autant plus si on se gratte la zone irritée…

Mais le dermatologue nuance : « ce qui est dangereux, ce n’est pas de s’épiler intégralement, mais de ne pas se protéger lors des rapports sexuels ! ». Et Isabelle Gallay rassure : « Si l’épilation à la cire, au rasoir ou au laser est faite dans les règles de l’art, il n’y a pas de raison qu’elle augmente le risque d’attraper une infection sexuellement transmissible. » Un constat partagé par Marie-Claude Benattar: «Non, les poils ne vous protègent pas des infections à chlamidia!»

Des problèmes cutanés

Mais plus largement, cette épilation intégrale si prisée chez les jeunes, accroît surtout les risques d’avoir des problèmes de peau. Une étude, cette fois dans une revue de gynécologie américaine, prouve que sur 333 femmes, 60 % ont connu des problèmes de santé liés à cette épilation, surtout une abrasion de la peau et des poils incarnés.

« Je n’ai fait aucune étude scientifique sur la question, mais je suis persuadée que l’épilation intégrale fragilise le sexe et ces femmes sont plus susceptibles d’attraper des virus, bactéries ou MST », assure Marie-Claude Benattar, gynécologue. Je vois à longueur de journée des jeunes femmes qui ont le sexe totalement à nu, rouge vif, enflammé. La peau est particulièrement fine sur le pubis, comme sur les seins. Si vous n’avez plus la protection, le petit coussin des poils, les frottements avec la culotte ou le pantalon peuvent créer des irritations. »

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Comment éviter ces problèmes de santé ?

Côté infection, en respectant une hygiène irréprochable quand on s’épile. Si on se rase chez soi, « on désinfecte la zone et le matériel avant et après chaque rasage avec un antiseptique sans alcool pour éviter qu’il pique, souligne Isabelle Gallay, vice-présidente du Syndicat nationale des dermatologues et vénérologues. Mais surtout, on utilise des rasoirs jetables, car prêter ou réutiliser un rasoir peut être dangereux. »

Pour éviter les poils incarnés, qui peuvent s’infecter, mieux vaut éviter de se raser trop souvent. « Deux fois par semaine, c’est trop, tranche Isabelle Gallay. Pour le pubis, où les poils repoussent lentement, mieux vaut attendre deux semaines. Et enlever les quelques poils précoces à la pince à épiler. » Et ne pas oublier le gommage de la peau quand ils apparaissent. Autre astuce : raser dans le sens du poil et humidifier la zone avec de l’eau tiède.

Quand à la toilette, Isabelle Gallay rappelle qu’il faut choisir des savons dermatologiques sans parfum et sans allergisant. Mais le plus gros risque, c’est en réalité l’excès d’hygiène. « Quand on astique son sexe sans poil, on le décape, on l’abîme en supprimant tout l’écosystème, avertit Marie-Claude Benattar, auteur de Petit manuel de soins intimes pour les femmes. Une barrière bien utile pour lutter contre l’attaque des bactéries et autres virus…

« Le drame, c’est que ces patientes croient qu’elles ont une infection alors que leur sexe, trop à vif, ne supporte plus aucun frottement, reprend la gynécologue. Et on tombe dans un cercle vicieux : elles pensent qu’il leur faut un traitement contre une mycose, qui va agir comme du citron et cuire encore plus les tissus… Certaines ne supportent plus les rapports sexuels tant leur sexe est traumatisé… »

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Quelques précautions à prendre

Alors que faire contre ces conséquences aussi douloureuses qu’inquiétantes si on tient à avoir un sexe totalement épilé? « D’abord, on ne se savonne pas directement un sexe sans poil, reprend Marie-Claude Benattar. On lave son ventre et on laisse couler l’eau sans quoi on supprime le film protecteur. » Pour protéger la peau et l’écosystème vaginal, la gynécologue prescrit également des crèmes réparatrices et des probiotiques vulvaires et vaginaux, petits ovules à mettre dans le vagin.

Et Marie-Claude Benattar de conseiller également de mettre à la poubelle les pantalons trop serrés, également à la mode, mais qui compriment tellement que parfois certaines patientes présentent des écorchures au clitoris. « Et éviter de mettre en permanence un protège-slips, car sans poil il fait un bouillon de culture et risque d’irriter ».

Infections, coupures, herpès... L'épilation intégrale du maillot ne serait pas sans risques pour la santé